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Seb/Tefal : grève victorieuse sur les salaires et l’emploi

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

© UD FO 74

Une augmentation salariale et des embauches : après une semaine de blocages, les salariés du fleuron français du petit électroménager ont obtenu que l’entreprise réponde aux revendications en y consacrant une part des bénéfices réalisés depuis la crise Covid.

Six jours et six nuits, week-end compris : c’est le temps qu’il aura fallu aux salariés de l’usine Tefal de Rumilly (Haute-Savoie) pour faire plier la direction du groupe Seb, auquel appartient la marque. A la clé en ce début d’année, de nombreux acquis. En décembre, les négociations annuelles obligatoires (NAO) s’annonçaient décevantes, avec une augmentation des salaires que la direction entendait limiter à 1,6%. Tout le monde était en colère, raconte Jean-Claude Petit, coordinateur syndical FO pour le groupe Seb et délégué syndical central FO chez Tefal, où avec 39% des suffrages, le syndicat est majoritaire. Ces NAO ont constitué la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et cela en soulignant un profond mal-être au travail : on n’a jamais connu autant de démissions et de burn-out. Si le Covid a bien sûr accentué le malaise, celui-ci ne date pas d’aujourd’hui.

Au piquet de grève, qu’il pleuve ou qu’il neige

À la veille des fêtes de fin d’année, des blocages stratégiques ont donc été menés par près d’un tiers des salariés : des blocages impactant le bâtiment des expéditions, et le magasin de matières premières qui alimente toute l’usine. Un combat ardu, jour et nuit sur un rond-point, devant le poste central de sécurité. On a eu de la pluie, de la neige, du verglas, c’était assez folklorique, se remémore Jean-Claude Petit. Manquait plus que les sauterelles ! Au bout de deux jours, la direction a envoyé les huissiers pour débloquer le site. Peine perdue : juste après leur passage, les palettes et les bancs étaient de retour.

Tefal a perdu 800 000 euros de produits fabriqués qui ne partaient pas du site, souligne Jean-Claude Petit, alors qu’au départ on demandait 20 euros d’augmentation par personne ! Ce n’était pas la mer à boire. D’autant plus qu’à la faveur des confinements, qui ont ravivé l’intérêt des Français pour la cuisine, le secteur du petit électroménager a surfé sur la vague Covid en faisant des bénéfices records, appuie Éric Keller, secrétaire fédéral de la fédération FO Métaux. On va simplement chercher ce qu’on nous doit, à commencer par le respect.

Les acquis, fruits de la grève

À la clé, par leur action, les salariés ont obtenu une augmentation salariale de 2,1% en janvier et 0,2% de plus en septembre, le doublement du nombre de bénéficiaires d’augmentations individuelles (400 salariés en 2022 contre 240 en 2021), et le retour du choix du salarié quant au dépôt des dates de la cinquième semaine de congés payés jusqu’alors imposées par la direction. En outre, quinze embauches ont été promises en plus des 50 qui avaient déjà été obtenues, avec priorité aux intérimaires ayant plus de 18 mois d’ancienneté. Ils vont également faire des estimations salariales pour voir si les maintenanciers sont correctement payés par rapport au département, l’un des plus chers de France, ajoute Jean-Claude Petit. Les salaires de la Suisse voisine ont déjà entraîné plus d’un employé hors de Haute-Savoie.

Pour le délégué syndical, l’issue victorieuse de ce combat mené par les salariés est à mettre au compte de la solidarité dont ils ont fait preuve. Même ceux qui ne faisaient pas grève passaient faire coucou, ramenaient des gâteaux, des boissons. Dans notre société tellement individualisée, ça m’a agréablement surpris. Les gens nous remercient encore pour l’organisation du mouvement ! Eric Keller, de son côté, déplore qu’il faille en arriver à ce genre de mouvement, dur, pour obtenir satisfaction. Au mois de décembre et ce début d’année, on a été obligé d’engager des actions syndicales comme celle-là. C’est une victoire pour nous, mais pour l’entreprise, ça signifie que le dialogue social fonctionne mal, souligne le secrétaire fédéral. Et ce dialogue est d’autant plus compliqué par le turn over chez Tefal : On en est à notre troisième DRH en cinq ans, indique Jean-Claude Petit.

Lutter contre la désindustrialisation silencieuse

Plus largement, une telle victoire est d’autant plus importante que ce secteur connaît une désindustrialisation silencieuse, indique le secrétaire fédéral Éric Keller. En effet, de 2 500 postes en CDI à la fin du siècle dernier, Tefal est passé à 1 650 salariés aujourd’hui – en même temps que Seb rachetait des usines en Asie. Quand le groupe Seb a acquis une usine chinoise en 2007, on est allé au tribunal, se souvient Jean-Claude Petit. La direction nous a dit que les produits fabriqués là-bas ne seraient destinés qu’au marché chinois, mais la Chine a ensuite commencé à fabriquer pour le Royaume-Uni, les États-Unis, la France. Deux ans plus tard, en 2009, on passait sous la barre des 2 000 salariés en France. Et l’hémorragie sur l’emploi se fait insidieusement, sans plan de départs bruyant : Année après année, ceux qui partent ne sont pas remplacés, déplore Éric Keller, alors que ce sont des groupes comme Seb, qui sont en très bonne santé, qui devraient montrer l’exemple sur les relocalisations. Recréer quelques emplois, ça ne va pas mettre en danger l’entreprise !

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