Sirail rachète en Italie mais refuse une prime à ses salariés

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

Le groupe spécialisé dans le câblage ferroviaire s’est porté acquéreur de l’italien IGM à l’automne, signe de bonne santé financière relèvent les salariés du site de Crespin dans le Nord. Eux en revanche, n’ont toujours pas reçu la prime Macron de 1 000 euros qu’ils revendiquent et la politique salariale en vigueur est pour le moins minimaliste. Fin décembre, les salariés ont décidé de débrayages, lesquels pourraient reprendre. Traduction du mécontentement dans l’entreprise, c’est le premier conflit en dix ans.

Le début de l’année pourrait être mouvementé chez Sirail, numéro 2 du câblage ferroviaire en Europe et sous-traitant d’Alstom. Juste avant les fêtes, plus de la moitié des salariés ont débrayé deux heures par jour durant quatre journées d’affilée, menés par une intersyndicale à laquelle participe FO, syndicat qui recueille une audience de 50% sur le site. Leur revendication ? Que les salariés et notamment les opérateurs de l’atelier, qui sont payés au ras des pâquerettes malgré leur savoir-faire spécifique, touchent une prime Macron de 1 000 euros. Le P-DG a dit : c’est trop, s’indigne Patrice Pomar, délégué FO du site.

Et pour cause. Le groupe Sirail a annoncé en novembre avoir racheté la société italienne IGM. L’entreprise clame qu’elle se porte bien, mais ne souhaite pas donner quoi que ce soit à ses salariés, s’insurge Jean-Paul Delahaie, secrétaire de l’USM FO du Nord. On prévoit une rentabilité à 3,9% en 2021, avance Patrice Pomar. On produit de la richesse et on n’en profite pas ! Sur les 183 salariés, l’usine compte 104 intérimaires, et certains ont participé au mouvement. C’est peu courant, souligne Jean-Paul Delahaie, qui apprécie par ailleurs la solidarité dont ont fait preuve techniciens, agents de maîtrise et cadres. Mais près de 60% de précaires, c’est énorme voire illégal, car beaucoup occupent des postes de travail pérenne, rappelle Patrice Pomar.

On va de nouveau tracter cette semaine

La rentrée n’était pas opportune pour la reprise de la grève analyse le militant. En effet, Il y a du stock de produits finis, donc un arrêt de travail ne gênerait pas trop la Direction, au contraire cela pourrait l’arranger. Mais tandis que celle-ci a promis une reprise des négociations en ce mois de janvier, et alors que le doublement de la prime inflation de 100 euros déjà obtenu, ces négociations n’ont pour l’instant pas repris. La direction se pense sortie d’affaire, mais on va de nouveau tracter cette semaine, maintient Patrice Pomar.

Si le P-DG du site Sirail à Crespin dans le Nord a reçu les grévistes au deuxième jour du mouvement, il n’est pas parvenu à éteindre la colère, les salariés pointant les paradoxes. En effet, après l’annonce du rachat de l’entreprise italienne, les gens de l’atelier ont dit : il y a de l’argent pour racheter, mais pas pour nous, rapporte Patrice Pomar. Le P-DG a expliqué que la société s’était fortement endettée pour cela. Explication supplémentaire : fragilisé par l’absorption du constructeur canadien Bombardier, son ex-client, par Alstom, Sirail a été placé de fait en risque de dépendance et le groupe doit diversifier sa clientèle pour rester à flots.

Alstom, client principal, n’est pas tendre avec le site français de Sirail : Le P-DG nous a montré un document dans lequel Alstom demande, pour tout nouveau contrat, des gains de productivité de 10 à 15%. Alstom demande aussi un maximum de 5% de main d’œuvre française pour tout nouveau contrat, ce qui traduit donc la volonté d’une main d’œuvre à 95% low cost, délocalisée dans des pays tel le Maroc, la Tunisie, la Slovaquie, la Pologne. déplore Patrice Pomar.

Par ailleurs, l’acquisition italienne n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour l’emploi et les salaires français, s’inquiète Eric Keller, secrétaire fédéral de la Fédération FO Métaux. La vigilance s’impose. En effet, le Smic italien est bien en dessous du nôtre, ce qui peut servir à opposer les salariés du groupe entre eux, en faisant valoir que si on augmente le salaire des Français, ces derniers ne seront plus compétitifs par rapport au site italien, alerte-t-il.

Premier conflit en dix ans

Eric Keller déplore un manque de vision à long terme, au sens de l’attractivité, sur la question des salaires : Aujourd’hui, les entreprises ne voient plus les salaires comme un moyen de fidéliser, de motiver les salariés, de développer l’entreprise, pointe le secrétaire fédéral. Or, le salaire est une source importante de productivité, et les employés de Sirail sont très attachés à leur entreprise. La fidélité à l’entreprise est mise à mal en effet par cette politique salariale au rabais. A la rentrée, une bonne dizaine d’intérimaires ne sont pas revenus, indique Patrice Pomar. Ils sont allés en face, chez Alstom directement, et ils ont gagné plusieurs centaines d’euros en plus par mois au passage. Autre conséquence, ce turn-over conduit à un certain découragement chez les salariés en CDI, chargés de la formation des nouveaux venus.

Avec la création du groupe en 2016, qui a coïncidé avec le rachat d’une usine en Allemagne, bientôt suivie d’autres sites en Slovaquie et au Maroc, les primes et augmentations de salaire ont connu un coup d’arrêt selon Patrice Pomar. Avant, on percevait des primes de participation qui pouvaient représenter deux mois de salaire, se souvient-il. Cette année, rien. L’entreprise n’avait pas connu de conflit social depuis plus de dix ans, explique Jean-Paul Delahaie. Mais là, c’est le ras-le-bol.

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