Portrait

Sylvain Guerrini lutte contre la terrible dégradation de l’ingénierie au sein de l’État

, Nadia Djabali

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Militant depuis quinze ans à Force Ouvrière, Sylvain Guerrini est aujourd’hui secrétaire national du SNITPECT-FO, le syndicat des ingénieurs des travaux publics de l’État et des collectivité territoriales. Il se bat pour la survie de son établissement et plus largement contre une série de réformes au sein de l’État qui dévalorisent les carrières, les métiers et les missions des agents.

Ingénieur des travaux publics de l’État (ITPE), Sylvain Guerrini est également représentant du personnel au conseil d’administration du centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). L’Établissement propose des expertises en appui des politiques publiques. Lui est spécialiste des politiques du logement, ce qui nous anime, c’est l’expertise et la technique, précise-t-il. Il y a une dimension de réalisation concrète très intéressante.

Il a rejoint FO parce qu’il souhaitait mieux connaître la vie de son ministère mais également s’engager à la vie du principal syndicat de son corps. Il faut dire qu’avec un score de 80 % aux dernières élections, le Snitpect-FO a raflé tous les sièges de la commission mixte paritaire des ITPE. Une instance essentielle car c’est là où se traduisent les ambitions d’un syndicat notamment sur la mobilité et la promotion des agents. C’est le lieu où nous vérifions que les dossiers de mobilité et de promotion sont traités avec équité, ajoute Sylvain Guerrini. Problème : le gouvernement a remis en cause le rôle de ces commissions, envisage d’y supprimer le paritarisme, voire même de les faire purement et simplement disparaître.

Pouvoir d’achat à la traîne

Quant au Cerema, lui aussi est dans la tourmente et les rumeurs de son démantèlement se font de plus en plus pressantes. Depuis sa création en 2014, ses effectifs et la dotation de l’État ont largement été amputés. Le ministère a connu une dégradation de son ingénierie assez terrible, proteste-t-il. Citant en exemple l’assistance à la maîtrise d’ouvrage, il raconte : Nous en faisions sur des bâtiments publics et sur des bâtiments privés. Puis on nous a enlevé le privé, puis le public. » Du coup cette mission est de plus en plus confiée à des cabinets privés. Quand plus personne chez nous n’aura fait de la maîtrise d’ouvrage, l’État aura de plus en plus de mal à contrôler le travail des cabinets privés.

S’agissant des rémunérations, le militant FO déplore l’effritement du point d’indice et les grilles salariales poussives. Les ingénieurs qui débutent ont un pouvoir d’achat plus faible que lorsque j’ai commencé, regrette-t-il avant de remarquer que même les ingénieurs et cadres de catégorie A ont du mal à se loger à Paris et à proximité et dans certaines villes telle qu’Aix-en-Provence. Et pour les ingénieurs ayant plus de bouteille, leur progression se heurte à un plafond de verre. Les postes de direction étant trustés par les énarques ou les ingénieurs des ponts et chaussées ou des eaux et forêts. D’où un sentiment global de déclassement issu également de la réduction du périmètre de l’État. Tout cela n’est pas très gai, convient -t-il, sans pour autant rendre les armes. Nous avons obtenu que l’administration renonce à des fermetures de sites grâce à des grèves et des manifestations. Comme quoi, l’action paye.