Syndicalisme et féminisme

Histoire par Christophe Chiclet, L’Info Militante

La lutte des femmes pour l’égalité est un long combat qui est loin d’être fini. Un combat dans la société, le monde du travail, mais aussi au sein des syndicats.

L’émergence du féminisme dans le mouvement ouvrier s’exprime pour la première fois lors du troisième congrès socialiste ouvrier de Marseille, en octobre 1879. À la tribune, Hubertine Auclert demande l’égalité des sexes, le droit au travail, l’ouverture de toutes les professions aux femmes et le droit de vote.

Ce n’est qu’en 1892 que le travail de nuit est interdit pour les femmes et les enfants, et six ans plus tard la journée de dix heures est décrétée pour les femmes. Le 13 juillet 1907, les femmes mariées disposent de la libre possession de leur salaire, qui auparavant allait aux maris ! Deux ans plus tard, elles obtiennent un congé maternité de huit semaines, mais non rémunéré. Au début du XXe siècle, et surtout pendant la Première Guerre mondiale, les femmes entrent en masse dans le monde du travail : institutrices, secrétaires et « demoiselles des postes et du téléphone ». Mais il y a une forte résistance des hommes. Entre 1890 et 1908 il y a cinquante-quatre grèves d’hommes pour interdire l’entrée des femmes dans les ateliers car ces dernières feraient baisser les salaires.

Les femmes entrent massivement à la jeune CGT dans les syndicats des fleuristes-plumassières, dactylos, caissières-comptables, sages-femmes et femmes typographes, où elles se heurtent au machisme du syndicat du Livre.

La loi de 1920

Le 12 mars 1920, une loi est promulguée, publiée au Journal officiel le 14. Les femmes mariées exerçant une profession ou un métier peuvent, sans l’autorisation de leur mari, adhérer aux syndicats professionnels et participer à leur administration et à leur direction. La loi du 18 février 1938 permet désormais aux femmes de travailler sans l’autorisation de leurs époux et abroge le droit d’obéissance. Le 11 octobre 1940, sous le régime de Vichy, les femmes sont interdites de travail dans les services publics. Mais en septembre 1942, machine arrière, les femmes peuvent travailler dans les professions commerciales sans l’aval de leurs maris. Et pour cause, ces derniers sont prisonniers en Allemagne !

Il faudra attendre 1965 pour que les femmes aient enfin le droit d’ouvrir un compte bancaire sans l’aval de leurs hommes.

Au niveau syndical, c’est la CFTC, fondée en novembre 1919, qui a été la première à créer une commission féminine car elle recrutait massivement chez les ouvrières du textile du Nord, de l’Est et de la Gironde. Mais elle n’hésitera pas à dissoudre ses syndicats féminins à la Libération ! En ce XXIe siècle, il reste encore un long chemin à parcourir pour arriver à la parité.

 

Hubertine Auclert (1848-1914)
Journaliste, première militante socialiste se réclamant ouvertement du féminisme. Membre de la Ligue française pour les droits de la femme en 1877, dont le président d’honneur est Victor Hugo. Elle travaille en Algérie de 1888 à 1892 où, anticolonialiste, elle milite pour la liberté de la femme musulmane soumise au double patriarcat français et arabe.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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