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#TDF2017 - 100 kilomètres un 14 juillet, le pari spectaculaire du Tour

, Baptiste Bouthier

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© ASO

La 13e étape de cette édition 2017 propose trois cols difficiles des Pyrénées en cent bornes tout rond. Un format inhabituel, destiné à dynamiser la course. Explications et détails.

Celle qui revient tout de suite en mémoire, c’est l’étape de Sestrières, en 1996, 46 kilomètres seulement depuis Le Monêtier-les-Bains. Il n’en avait pas fallu plus pour que Bjarne Riis fasse une démonstration et s’empare d’un maillot jaune qu’il n’allait plus lâcher. Mais la distance avait été réduite par les conditions météo, faisant sauter le Galibier et l’Izoard, rien que ça… Pour retrouver dans l’histoire du Tour de France des étapes en ligne très courtes (exception faite des contre-la-montre, donc), il faut remonter plus loin en arrière, dans les années 1970 surtout : même pas 20 kilomètres entre Luchon et Superbagnères en 1971, 28 entre Aix-les-Bains et Le Revard l’année d’après, 51 entre Briançon et le Galibier la même année, mais aussi 38 entre Tarbes et Pau en 1988. Mais là aussi, il y a des explications. À l’époque, les demi-étapes sont à la mode : les coureurs font deux étapes le même jour, souvent une première en ligne et la seconde en chrono, ou l’inverse. D’où ces formats courts, répétitifs, qui conduiront d’ailleurs à une grève du peloton qui en a marre et à leur disparition progressive.

Un condensé de difficultés

Non, on a beau chercher, cette 13e étape du Tour de France 2017 est une anomalie dans l’histoire de la Grande Boucle, une nouveauté. Sport d’endurance par excellence, le cyclisme a l’habitude des distances records : 483 kilomètres entre Bayonne et Les Sables-d’Olonne (arpentés dans les deux sens à plusieurs reprises dans les années 1920), encore 301 bornes entre Avranches et Rouen en 1990. Cette fois, c’est l’inverse. Cent kilomètres tout rond, pas un de plus, pour célébrer un 14 Juillet. En ce jour de fête nationale, c’est sur un condensé de difficultés plutôt qu’une recherche de l’épuisement que les organisateurs du Tour misent pour assister à un feu d’artifice.

Tout a été pensé pour offrir du spectacle

Ce n’est pas la première fois qu’ASO s’essaie à ce genre de format. En 2011 il n’y avait que 110 kilomètres sur la 19e étape, entre Modane et l’Alpe d’Huez. La journée avait été dantesque, avec une attaque des principaux favoris dès le premier col, le Télégraphe (Contador, Schleck, Evans, Voeckler), et une victoire de Pierre Rolland. Cette journée a sans doute trotté dans la tête de l’organisation et de son dessinateur en chef, l’ancien pro Thierry Gouvenou, au moment de dessiner la 13e étape de l’édition 2017. Sauf que cette fois, plutôt que d’emprunter les routes légendaires de la Grande Boucle (Télégraphe, Galibier et Alpe d’Huez en 2011), le Tour a adjoint à la distance réduite de l’étape des cols méconnus des coureurs et des suiveurs. En clair, le parcours est court pour donner une course nerveuse, rapide et débridée ; les routes empruntées sont peu communes, peu connues, parfois étroites et sinueuses, pour sortir les coureurs de leurs habitudes et donc de leurs schémas classiques ; bref, tout a été pensé pour offrir du spectacle. Reste à passer de la théorie à la pratique, car comme le dit le plus célèbre des proverbes cyclistes, ce sont les coureurs qui font la course.

Celle-ci se déroulera à 100 % en Ariège, où la boucle de 100 kilomètres est tracée au départ de Saint-Girons. La journée démarrera tranquillement avec une grosse vingtaine de bornes de plat avant la première des trois ascensions du jour, qui ont la particularité d’être classées par ordre de difficulté. Ainsi, ce col de Latrape, premier du triptyque, s’annonce moins difficile que le suivant, le col d’Agnes, lui-même moins corsé que l’ultime mur de Péguère. L’ensemble, ramassé en si peu de temps, a de quoi coller la frousse.

10 kilomètres à 8,2 %

Il faudra donc d’abord passer à Latrape, col plutôt court (5,6 kilomètres) mais déjà pentu (7,3 % de moyenne avec des pointes à 9-10 %), gravi sur une petite route étroite où le goudron rend plutôt mal. Au sommet : 30 kilomètres de parcourus, encore 70 à faire. À commencer par une courte descente technique, 5 kilomètres à peine, pour rallier Aulus-les-Bains où aussitôt l’ascension suivante s’enchaîne : le col d’Agnès, le plus connu du jour puisqu’il s’agit de sa sixième apparition sur le Tour depuis 1988. Ceux qui l’ont déjà gravi en 2009 et 2011 savent à quoi s’en tenir : 10 kilomètres à 8,2 %, cette ascension est une cochonnerie, comme on dit dans le peloton. Le pied et le sommet sont particulièrement difficiles, avec de longs passages (plusieurs kilomètres au début) à plus de 10 % ; et la partie intermédiaire n’est guère plus paisible… Là-haut, à 1 570 mètres d’altitude, 45,5 bornes auront été parcourues et il n’en restera déjà plus que 54,5 !

Le bien nommé mur de Péguère

En forme d’abord de long toboggan sans réelle difficulté jusqu’à Massat où, sans transition par le plat, démarrera l’ultime ascension de la journée, celle du col, ou mur, de Péguère. Une appellation qui ne doit rien au hasard : il ne faut pas se fier à la carte d’identité du lieu qui indique 9,3 km à 7,9 % de moyenne – ce qui est déjà pas mal. Car cette difficulté est en réalité divisée en deux parties bien distinctes. D’abord six premiers kilomètres presque faciles, à tout juste 6 % de moyenne et même avec un replat au milieu. Mais une fois franchie cette première partie, qui mène en fait au col des Caougnous, la route bifurque sur la gauche vers Péguère et c’est là que tout change : les 3,3 bornes qui restent pointent à 13 % de moyenne, dont plusieurs passages à 15, 16, 18 % même. Tracée sous les arbres, la route est minuscule, inhospitalière, sans pitié. Au sommet de ce supplice c’est le kilomètre 73. Et la fin des malheurs : le reste est une lente descente jusqu’à Foix, presque un peu longue, ces 27 derniers kilomètres pouvant être propices à des regroupements après l’éparpillement de Péguère.

Les conditions sont donc réunies pour assister à un spectacle de haute volée. Outre la difficulté du parcours et ce format réduit, les routes empruntées, notamment ces derniers kilomètres du mur de Péguère, devraient conduire à une sélection naturelle – l’étroitesse même de ce dernier passage pouvant suffire. Si on y ajoute la chaleur étouffante de juillet, les routes qui adhèrent mal, le goudron qui fond sous le soleil… cela peut donner une journée dantesque. En tout cas, on ne pourra pas reprocher aux organisateurs de ne pas avoir essayé.

 

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