Culture

[Théâtre] « Amargi » : la comédie de la dette

, Michel Pourcelot

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Traitée sur le mode humoristique, une sérieuse histoire de la monnaie, du crédit et de la dette, à l’origine de tant de tragédies. Derniers jours pour cette reprise de la pièce de Judith Bernard, présentée jusqu’au 6 juin à La Manufacture des Abbesses, à Paris.

Une angoisse monétaire, un épouvantable fardeau qui de plus est retombera sur nos enfants... Que se cache-t-il derrière cette « menace » dont le caractère anxiogène est plus qu’entretenu par les marchés et leurs représentants plus ou moins patentés ? Dette pour les citoyens, investissements pour les entreprises... Une comédie ? Anti-tragédie de la dette, la pièce Amargi ! se penche sur le sujet et va même jusqu’à en extirper les racines dans l’Antiquité. Pour ce faire, Judith Bernard, qui a écrit et mise en scène la pièce, s’est tournée entre autres vers les économistes Bernard Friot et Frédéric Lordon, avec qui elle a déjà travaillé. Également comédienne et chroniqueuse, elle s’est attachée à une vulgarisation efficace, littéralement rythmée avec des percussions, n’hésitant pas à déclarer : Je fais moi-même du théâtre à partir de ma haine du théâtre : je construis mes spectacles à partir de cette haine du théâtre chiant !.

Contre la culpabilité individuelle et collective

Pour Judith Bernard, le concept d’Amargi permet de se figurer un monde dans lequel nous ne serions pas coupables de notre endettement et de notre pauvreté. Le titre de la pièce se fonde sur « Amargi », un mot de la civilisation sumérienne en Mésopotamie, 2 000 ans avant notre ère, qui veut dire à la fois « liberté », « retour chez la mère » et « annulation de toutes les dettes ». Alexandre le Grand y eut lui aussi recours, annulant toutes les dettes de ses soldats. Le modèle économique des souverains mésopotamiens, qui fonctionnait avec crédit et dette, engendrait enrichissement des riches et appauvrissement des pauvres, mais, comme elle l’a confié au journal Le Monde, cette inégalité croissante, jadis comme aujourd’hui, est un facteur de crise sociale susceptible de produire des violences — ce que le roi évitait en annulant la totalité des dettes. Dans notre civilisation actuelle, hantée par la culpabilité individuelle et collective de la dette, on croit évident que si tu es pauvre, c’est de ta faute, que si tu es endetté, c’est que tu ne sais pas tenir ton budget. Ce pour quoi Judith Bernard s’est investie dans cette pièce. Car la parole est d’or.

 

Amargi ! Anti-tragédie de la dette et de la monnaie, pièce écrite et mise en scène par Judith Bernard, présentée jusqu’au 6 juin 2018, les dimanches à 20h et les lundis, mardis et mercredis à 21h, à La Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron 75018 Paris.
Interprétation : Judith Bernard, Benjamin Gasquet ou Jean Vocat, Antoine Jouanolou ou Iwan Lambert, Toufan Manoutcheri, David Nazarenko ou Gilbert Edelin. Et Gaston Duchez ou Fred Harranger aux percussions.
Durée : 1h30. Tarifs : de 13€ à24€

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