[Théâtre] De Pôle emploi à Staline

Culture par Christophe Chiclet, L’Info Militante

En ce mois d’octobre, le théâtre de Belleville nous propose deux pièces, deux créations : « Perikopto » et « Comme une vague ». À ne pas manquer, malgré les masques obligatoires.

« Perikopto », qui veut dire « retrancher », « réduire », « rogner » en grec moderne, est une pièce mise en scène par Héloïse Desfarges et Antoine Raimondi, avec comme acteurs Toma Roche, Audrey Mallada, Julien Prevost, Aline Vandan.

Julia Dantec est une mère de famille sans histoire. Un jour d’avril, elle bascule dans ce qui semble être de la folie et commet un acte dramatique et incompréhensible dans une agence de Pôle emploi. Philippe Dorgeval est un homme politique ambitieux qui a gravi tous les échelons jusqu’à devenir le plus jeune Premier ministre de la Vè République. Rattrapé par les différentes affaires qui ont marqué son parcours, il va tout faire pour étouffer l’affaire Julia Dantec. Les deux auteurs expliquent le sens de leur pièce : Le jeu de miroir entre ces deux personnages nous permettra de dessiner le contour d’un pays au bord de la rupture sociale et écologique, et de poser une question que nous voudrions centrale : comment en sommes-nous arrivés là ?.

La mort de Staline

« Comme une vague » est mis en scène par Jules Audry, d’après le texte d’Antonio Alamo, avec comme acteurs Victor Fradet, Thibault Fernandez, Abdel Rahym Madi, Aurélien Pinheiro et Frédéric Losseroy.

Le 28 février 1953, Staline dîne pour la dernière fois avec ses quatre généraux. On connaît la suite. Il va s’enfermer dans son bureau pour n’en sortir que les pieds devant, officiellement le 5 mars. Quand le dictateur est reclus dans ses appartements, personne n’ose le déranger, ni les autres membres du politburo, ni sa garde rapprochée et autres gardes du corps. Le tyran a tout simplement fait un AVC et a agonisé sans qu’aucun ne lui vienne en aide et le soigne. Il faut dire qu’à l’époque, il s’apprêtait à lancer une nouvelle purge au sein du sommet de l’appareil d’État. Les autres dirigeants du bureau politique n’ont donc pas pris de risque, espérant secrètement que l’ogre avait des problèmes. Entre paranoïa, manipulation, ivresse, la pièce explore les symptômes de la transformation de l’homme en tyran.

Jules Audry s’en explique : Notre projet s’apparente à une fouille. Une table comme espace de parole, de confession surtout, et une esthétique qui se détourne de l’approche historique, ceci afin de générer une proximité fulgurante avec le passé. Nous tenterons ainsi de faire théâtre des tensions intimes liées aux régimes politiques les plus radicaux. Staline est le personnage central de ce huis-clos, mais son allure devra rappeler les despotes du XXIe siècle, bienséants, cools et diplomates.

 

Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, 75011 Paris, 01 48 06 72 34, theatredebelleville.com ; tarifs de 10 à 26 €. Du 4 au 27 octobre 2020.
Perikopto : lundi et mardi à 19h00, dimanche à 17h30, durée 1h35.
Comme une vague : lundi et mardi à 21h15, dimanche à 20h00, durée 1h15.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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