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[Théâtre] : Le courage de ma mère

Culture par Christophe Chiclet, L’Info Militante

Une pièce de théâtre sur la shoah jouée par Roland Timsit d’après un texte de Georges Tabori. L’action se situe entre la Hongrie et la Pologne en 1944.

Georges Tabori, de son vrai nom György Tabori, est né en 1914 dans une famille juive de Budapest. Il est mort en 2007 à Berlin. Sa vie est une épopée extraordinaire. En 1933, il est un jeune journaliste et traducteur à Berlin et assiste à la prise du pouvoir par les nazis. Sentant le mauvais vent, il quitte l’Allemagne en 1935, rejoint la Grande Bretagne où il travaille à la BBC. Il s’engage dans l’armée anglaise et obtient en 1941 la nationalité britannique. Il est versé dans la 8° armée d’Égypte et est envoyé en poste à Jérusalem, participant avec les Français Libres à la reprise du Liban et de la Syrie alors aux mains des Vichystes. Après-guerre, il voyage aux États-Unis où il écrit nombre de scénarios pour Hollywood, mais aussi pour Alfred Hitchcock et Joseph Losey. En 1968, il écrit Les Cannibales sur la mort de son père à Auschwitz. Il rentre en Europe l’année suivante et s’installe en Allemagne, non sans courage en 1971, où il travaille à la télé et la radio. Mais homme de théâtre avant tout, il dirige le théâtre de Brême en 1975. Il sera directeur de plusieurs théâtres à Vienne de 1986 à 1990.

Le courage de ma mère

Tabori a écrit : ma seule patrie est le théâtre. Son théâtre utilise toutes les facettes du comique pour dénoncer, démystifier le nazisme, un peu comme dans le film Le dictateur de Chaplin. Il écrit Le courage de ma mère en 1979, adapté au cinéma en 1995. C’est désormais une pièce de théâtre.

Roland Timsit, seul sur scène joue le rôle de Tabori qui enregistre ses souvenirs devant un micro de radio. Il parle de son enfance, de son adolescence et bien sûr de la guerre quand en 1944, un changement de régime à Budapest a fait basculer la communauté juive dans l’horreur (80% des Juifs hongrois sont morts entre 1944 et 1945).

Alors qu’elle sort de chez elle pour aller jouer au rami chez sa sœur, la mère de Tabori est arrêtée par la police hongroise. Aussitôt mise dans des wagons à bestiaux, direction le camp d’extermination d’Auschwitz. Mais à la frontière polonaise, un officier allemand qui n’aime pas les Hongrois la libère et la renvoie à Budapest dans un train civil.

C’est une histoire du génocide au quotidien. Les voisins deviennent des ennemis, l’État un danger, les hommes sont traités comme des bêtes et en prime, il y a la culpabilité des survivants et l’incrédulité des autres. Pour Tabori, il s’agit d’abord d’un devoir de mémoire, une mémoire vive.

Roland Timsit incarne tout à la fois Tabori, mais aussi sa mère et esquisse la multitude des autres personnages de la pièce. Mais cela ne fait pas peur à cet acteur qui est aussi un militant de FO de la FASAP (fédération des Arts, des Spectacles, de l’Audiovisuel et de la Presse) depuis le début des années 1980. Il s’est toujours battu pour les intermittents du spectacle.

 

Le courage ma mère, Théâtre La Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, Paris 75018, mercredi, jeudi, samedi à 19 heures, durée 1h15 ; tarif de 15 à 25 €. Jusqu’au 16 avril.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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