Une planète coincée entre confinement et nécessité économique

InFO militante par Evelyne Salamero, L’Info Militante

La crise sanitaire n’en finit pas. Partout sur la planète les gouvernements tentent d’endiguer la pandémie et les confinements sont de nouveau à l’ordre du jour. Plus ou moins. La crainte des conséquences économiques et sociales est de plus en plus prégnante. Excepté pour quelques-uns, déjà milliardaires avant la crise, et qui profitent de la situation pour l’être encore plus.

Dimanche 8 novembre en fin de journée, plus de 50 millions de cas de Covid 19 avaient été officiellement détectés dans le monde et près de 1,252 million de décès recensés depuis le début de la pandémie, selon un comptage réalisé par l’AFP à partir des bilans fournis par les autorités. L’Europe, avec 12,6 millions de cas et un peu plus de 300 000 décès enregistrés à cette date est redevenue ces dernières semaines l’épicentre de la pandémie. Derrière le vieux continent, les régions les plus touchées sont l’Amérique latine et les Caraïbes, l’Asie, les États-Unis et le Canada.

Dans ce contexte, de nombreux pays européens ont fait une nouvelle fois le choix du confinement, mais de façon moins stricte qu’au printemps dernier. La première différence qui saute aux yeux est la décision immédiate des gouvernements de garder ouvertes cette fois les écoles maternelles et primaires, comme en France, en Angleterre, en Grèce, et même en Irlande qui a été le premier pays à confiner de nouveau sa population le 29 octobre.

Des confinements partiels

De plus, il s’agit le plus souvent de confinements partiels. Au Portugal, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire de nouveau décrété le 7 novembre le confinement concerne ainsi 121 communes sur 308, soit quelque 7,1 millions d’habitants, représentant 70 % de la population. Ces derniers sont appelés à respecter un devoir civique de confinement à domicile, mais peuvent quitter leur résidence pour aller travailler, si le télétravail leur est impossible, ou pour emmener leurs enfants à l’école. Un couvre-feu nocturne impose aux commerces de fermer au plus tard à 22 heures.

En Espagne, le gouvernement a pour l’instant écarté un confinement à domicile comme celui imposé au printemps. L’état d’alerte sanitaire a toutefois été de nouveau instauré pour deux semaines et le gouvernement a déjà indiqué souhaiter le prolonger de six mois. Un couvre-feu national a été instauré de 23 heures à 6 heures, avec la possibilité pour les 17 régions du pays d’en avancer ou d’en reculer d’une heure le début ou la fin. La Catalogne a elle activé un confinement « périmétrique ». Il est interdit d’entrer ou de sortir de la région, excepté pour travailler, se rendre à un rendez-vous médical ou s’occuper d’un tiers dépendant.

En Italie, un couvre-feu national de 22h00 à 05h00 est entré en vigueur le 6 novembre et devrait durer jusqu’au 3 décembre. Les lycées passent à l’enseignement à distance, les musées sont fermés, ainsi que les centres commerciaux durant le week-end. Seules les « zones rouges » sont soumises à un confinement total, ce qui concerne 16 millions d’Italiens (sur 60 millions).

En Grèce, où un couvre-feu était instauré de minuit à 5h depuis le 22 octobre, de nouvelles restrictions sont entrées en vigueur pour trois semaines. Les commerces non essentiels, les restaurants, cafés, salles de spectacles, musées et salles de sport sont fermés dans la capitale et dans les régions les plus peuplées du pays. Pour chaque sortie, les Grecs doivent obtenir un feu vert des autorités, par SMS. Des barrages routiers vérifient les permis spéciaux nécessaires pour se déplacer. L’amende pour ceux qui ne portent pas le masque a doublé, s’élevant désormais à 300 euros.

En Allemagne, le confinement entré en vigueur le 2 novembre est, pour l’instant, plus léger encore qu’ailleurs. Nul besoin d’attestation pour sortir de chez soi et la plupart des magasins restent ouverts. Les déplacements ne sont pas interdits à ce jour. Les citoyens sont invités à éviter les déplacements inutiles, les séjours touristiques à l’hôtel sont interdits et les restaurants, bars, installations sportives, culturelles et de loisirs seront fermées.

Transports urbains interdits… le week-end

En Algérie, où le couvre-feu de 20h00 à 05h00 a été étendu à 29 des 48 wilayas (préfectures), le gouvernement a décidé la suspension des transports urbains publics et privés sur l’ensemble du territoire, mais durant les week-ends seulement. Tous les rassemblements demeurent interdits, à l’exception de la grande prière du vendredi, désormais autorisée dans les mosquées de plus de 1 000 places, avec des inspections pour contrôler le respect des mesures sanitaires.

De son côté, la Russie a jusqu’ici exclu tout nouveau confinement d’ampleur contrairement au printemps dernier, préférant cette fois des mesures plus ciblées, comme le confinement conseillé aux plus de 65 ans, l’enseignement à distance à partir de la 6e ou l’obligation pour les entreprises d’avoir 30% du personnel en télétravail.

Autre exemple, la Slovaquie. Ce pays de 5,4 millions d’habitants vient de lancer un programme de dépistage au sein de l’ensemble de la population avec des tests antigéniques avec pour objectif d’assouplir les restrictions. Les cas positifs doivent s’isoler chez eux pendant dix jours et toute personne dépourvue de test négatif est passible d’une lourde amende si elle est contrôle hors de chez elle. Mais cette première mondiale est critiquée pour sa mauvaise préparation.

Et Outre-Atlantique ? Aussitôt déclaré élu nouveau président des États-Unis, Joe Biden, a annoncé la mise en place d’une cellule de crise, composée de scientifiques et d’experts, chargée de bâtir un plan sanitaire. Il a annoncé des dépistages massifs et d’importants investissements en faveur d’un vaccin dont il a promis la gratuité. Mais aucune de ces décisions ne pourra être concrétisée avant le 20 janvier prochain, jour de l’investiture du nouveau président, qui a également « imploré » les citoyens américains de porter un masque. En revanche, le candidat démocrate s’est toujours défendu de prévoir un nouveau confinement.

Conséquences économiques et sociales : une inquiétude de plus en plus prégnante

Partout, à des degrés divers, la question des conséquences économiques et sociales de cette crise sanitaire se pose avec une acuité croissante.

En Amérique Latine, où 50% de la population vit du travail informel, la crise sanitaire pourrait faire basculer 45 millions de personnes dans la pauvreté a estimé l’ONU. L’un des pays les plus touchés serait le Mexique du fait de la quasi-absence d’aides publiques, indique une étude de l’économiste argentine Nora Lustig, citée le 25 octobre par The Economist. Dans les pays où les aides sont plus conséquentes, leur niveau reste tout de même trop faible pour permettre aux familles de faire face durablement. De plus, les classes moyennes inférieures n’en bénéficient pas. Le gouvernement brésilien verse ainsi depuis cinq mois une allocation d’urgence de 107 dollars par mois à 53 millions de personnes, sur une population totale d’environ 210 millions d’habitants.

Au Chili, l’un des pays au monde les plus touchés par la pandémie, des mesures locales de confinement et de restriction des déplacements ont été adoptées, qui peuvent varier en fonction de la situation des communes concernées. Le PIB s’est effondré de 14,1% au premier trimestre et plus de 1,8 millions d’emplois ont été détruits, l’équivalent de ce que nous avions généré ces dix dernières années, a indiqué le président Sebastian Piñera lors de la présentation du budget 2021 en septembre. En juillet, un vote historique au Parlement a autorisé les Chiliens à retirer jusqu’à 10% de leur fonds de retraite privé. Une mesure d’urgence qui grève l’avenir des futurs retraités. De plus les aides mises en place consistent avant tout à faciliter l’accès au crédit. Résultat, le taux d’endettement des familles n’a jamais été aussi élevé et quelque 5 millions de personnes n’arrivent plus à honorer leurs remboursements.

En Argentine, dont la capitale et sa grande banlieue ont connu le confinement le plus long de la planète, les restrictions ont été assouplies, mais les déplacements d’une région à l’autre restent interdits et les établissements scolaires restent en très grande majorité fermés. Ce qui se passe est honteux, on ne teste pas assez, on ne cerne pas assez les cas contacts des personnes infectées dénonce une infectiologue à l’université de La Plate, Silvia Gonzalez Ayala (Les Échos, 27 octobre). Les premières semaines du confinement ont servi à équiper les hôpitaux, mais ce sont maintenant les moyens humains qui manquent et on ne peut pas rattraper ce qui n’a pas été fait pendant des décennies, déplore-t-elle.

Dans les pays développés aussi

Si les pays en développement et/ou ceux, comme les États-Unis, n’ayant pas de véritable système de protection sociale pour jouer le rôle d’amortisseur social, sont les plus exposés à la crise sanitaire, les autres ne sont pas non plus à l’abri. Signe des temps, en Espagne, la confédération syndicale UGT vient de réclamer que l’interdiction des coupures d’eau, d’électricité et de gaz soit indéfiniment prolongée pour les particuliers…

Cet été, les économistes d’Allianz estimaient que, parmi les 45 millions de personnes passées par le chômage partiel au printemps au sein des cinq plus grands pays européens, 9 millions pourraient perdre leur emploi l’an prochain. De son côté, la Commission européenne juge que le taux de chômage devrait grimper à 9,4 % en zone euro en 2021, et à 10,7 % en France.

La Confédération européenne des syndicats appelle à prolonger les mesures de chômage partiel

Alors que le deuxième plan de relance européen tarde à voir le jour, une étude publiée fin octobre par la Confédération européenne des syndicats (CES) révèle que, sans une extension des mesures d’urgence de soutien à l’emploi prises au niveau européen et national, le chômage pourrait pratiquement doubler dans l’Union Européenne et affecter 30 millions de personnes.

L’Union européenne compte d’ores et déjà 15,9 millions de chômeurs, soit deux millions de plus qu’en mars dernier. La situation serait bien pire encore sans les mesures nationales de chômage partiel qui protègent actuellement l’emploi et le salaire d’au moins 39,6 millions de travailleurs. Un arrêt soudain de ces mesures mettrait directement en danger au moins 14 millions d’emplois tandis que d’autres travailleurs verraient leurs revenus chuter souligne la CES qui a tiré la sonnette d’alarme auprès des ministres des Finances et de l’Emploi de tous les États membres. En effet, si la plupart d’entre eux les ont déjà prolongées pour 2021, d’autres les réduisent ou prévoient toujours d’y mettre fin dans les prochains mois, alerte-telle.

Mais la question de la soutenabilité des finances publiques resurgit déjà. Évoquant un rebond de l’économie en 2022 ou 2023, le FMI avertit : Un effort d’assainissement en dépenses sera (alors) nécessaire pour placer la dette sur une trajectoire descendante, (dernier rapport du FMI sur la France, 2 novembre)

Une pandémie d’inégalités

Nous reconnaissons que les pertes d’emplois, la réduction du nombre d’heures de travail, l’interruption des relations de travail et les pertes de revenus risquent de rendre davantage de personnes vulnérables à la pauvreté, à l’informalité et à différentes formes d’exploitations, peut-on lire dans la déclaration des ministres du Travail et de l’emploi du G20 réunis le 10 septembre dernier. Cela a au moins le mérite de la clarté.

De fait, selon les estimations de l’OIT, les heures de travail perdues depuis le début de la pandémie équivalent d’ores et déjà à plus de 495 millions d’emplois et les pertes de revenus qui en ont découlé se chiffrent par milliards de dollars.

Pendant ce temps, dénonce la CSI (Confédération syndicale internationale), la richesse des 25 plus grands milliardaires a augmenté de 255 milliards de dollars entre la mi-mars et la fin mai. La plupart des gagnants, souligne-t-elle, sont les entreprises qui opèrent dans les données numériques et le commerce en ligne, accélérant la numérisation de l’économie. On assiste ainsi à une pandémie d’inégalités, résume l’organisation syndicale internationale.

La CSI appelle à un nouveau contrat social

La CSI relève également que les dépenses militaires n’ont jamais autant augmenté depuis 2010, atteignant 1900 milliards de dollars en 2019. Cette affectation des ressources est extrêmement mal choisie à un moment où plusieurs crises mondiales s’entrecroisent au niveau de la santé, du climat, de l’emploi, des inégalités et de la pauvreté, s’ajoutant aux risques d’une numérisation débridée, commente-t-elle.

Pour elle, un nouveau contrat social est indispensable pour garantir la reprise et la résilience, avec notamment pour composantes fondamentales un socle de protection du travail, une protection sociale universelle, et de nouveaux emplois de qualité. Et cela, conclut-elle, exige que les travailleurs et les employeurs engagent ensemble le dialogue social avec les gouvernements, dans le respect des droits fondamentaux des travailleurs et des travailleuses, afin de construire un avenir où les défauts du passé n’auront pas droit de cité.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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