Toutes les raisons de manifester le 19 janvier et après !

InFO militante par  Valérie Forgeront, Ariane Dupré, Clarisse Josselin, L’Info Militante

Paris le 19 janvier 2023. © F. BLANC

Le projet de recul de l’âge légal de départ à 64 ans ne passe pas. Ce 19 janvier marquait le coup d’envoi de la mobilisation contre la réforme des retraites. Quels que soient leurs secteurs professionnels, salariés du public ou du privé, tous avaient de bonnes raisons de manifester et sont prêts à le refaire. Rencontres au fil du cortège parisien.

Marilyne, agent RATP : Je pense à mes collègues

Marilyne, 48 ans, est magasinière à la RATP. Non syndiquée, elle manifeste pour la première fois. Dans la réforme, tout l’énerve. Il faudrait peut-être commencer par faire le plein emploi, avec de bonnes conditions de travail, estime-t-elle. Grâce au régime spécial des agents de la RATP, elle devrait partir en retraite à 57 ans et demi. Avec la réforme, j’aurais peut-être deux ans de plus à travailler, explique-t-elle. Et même si ce n’est pas le cas, je pense aux collègues. Les nouveaux embauchés sont en CDI, ils ne bénéficient pas des avantages du statut. C. J.


Anis, technicien : A 46 ans, j’ai déjà dû me reconvertir

Anis, 46 ans, est technicien de maintenance en exploitation chez Dalkia. Avec la réforme, il estime que son âge de départ en retraite serait repoussé de 65 à 67 ans. J’ai travaillé 15 ans dans l’installation mais il y a deux ans, j’ai déjà dû me reconvertir parce que physiquement, je n’y arrivais plus, explique-t-il. Travailler encore 20 ans dans le bruit et la chaleur, je ne sais pas si je pourrais tenir. Ce militant FO manifeste aussi pour ses enfants. Cette réforme est inadmissible, quel avenir on leur propose ? interroge-t-il. C. J.


David, Égoutier : Notre espérance de vie est de 62 ans

David, 49 ans, est égoutier, métier insalubre pour lequel l’espérance de vie est de... 62 ans. On peut partir à 52 ans à condition d’avoir 32 ans de service dont au moins 22 dans les égouts, explique cet agent territorial de la Ville de Paris. Pas lui, qui a commencé ce métier à 30 ans. Il ne connaît pas réellement ses droits à la retraite en raison de simulations fausses. C’est seulement une fois la retraite posée que la Ville monte le dossier, explique-t-il. Pour sa part, il évoque une pension de 850 euros bruts s’il partait à 58 ans. Avec la décote on ne s’en sort plus, souffle-t-il. C. J.


Hafid, technicien : Je partirai quand-même à 60 ans, même avec moins d’argent

Hafid, 55 ans, est technicien d’exploitation chez Dalkia France et secrétaire du CSEC. Avec la réforme, il devrait partir à 62 ans au lieu de 60 pour une retraite à taux plein. Je partirai quand-même à 60 ans, même avec moins d’argent, je ne veux plus travailler, explique-t-il. Il raconte ses conditions de travail difficiles, avec des ports de charges lourdes, un roulement en 3x8... et désormais la pression liée à ses responsabilités syndicales. Il dénonce l’incohérence de la réforme, qui vise à travailler plus longtemps alors qu’à 50 ans, on fait partir les gens. C. J.


Aurélien, salarié de la restauration collective : 64 ans ? Impossible dans nos métiers

A 32 ans, Aurélien, militant FO, est responsable de vente à Levallois-Perret, chez Compass Group, secteur de la restauration collective. Il a commencé à travailler à 17 ans et demi. Allez jusqu’à 64 ans ? Mais dans nos métiers, physiques, fatigants, où l’on demande de plus en plus de productivité, c’est impossible ! Je manifeste pour mes droits mais aussi ceux des salariés seniors. Déjà, actuellement, la plupart ne vont pas au bout, à 62 ans ! Et on ne compte plus les problèmes de dos, les TMS (troubles musculo-squelettiques). V. F.


Jérôme, opérateur, industrie chimique : On bosse en 3/8, ça attaque la santé

Jérôme, 31 ans est opérateur dans l’industrie chimique, sur le site de Grandpuits (production de nitrate et d’ammoniac) en Seine-et-Marne, classé Seveso 3. On bosse en 3/8 or faire des nuits c’est épuisant, ça attaque la santé. Et d’ailleurs on voit des salariés seniors épuisés par ce rythme, certains s’endorment au boulot. C’est dangereux, pour eux et le site. Mais que veut le gouvernement : que l’on meure après un mois de retraite ? Jérôme est prêt à tenir bon. On ne réglera pas la suppression du projet retraite en une journée ! Alors on est prêts à perdre plusieurs journées de salaire pour l’obtenir. V. F.


Patricia, expert-auto, Stellantis Retail : il faut faire bloc

Patricia, 55 ans, salariée chez Stellantis Retail depuis 22 ans, ne mâche pas ses mots. Oui, pour défendre notre retraite, je suis prête à perdre du salaire, à ne pas partir en vacances. Il faut faire bloc !. Avant cet emploi, elle a été réceptionnaire, travaillé dans le secteur de location de voitures longue durée et auparavant encore, été militaire. Avec la réforme je me prendrais deux ans de plus dans la tronche ! Impossible. Et sans cette réforme, pour avoir ma retraite à taux plein, je sais déjà que je dois travailler jusqu’à 64 ans !. Elle insiste sur l’importance d’être tous mobilisés, dans la solidarité intergénérationnelle. Je manifeste aussi pour les jeunes. Ils ont des difficultés à trouver un emploi. Alors quel sens a cette réforme ?! A 22 ans, ma fille travaille mais a déjà dix-huit mois de chômage derrière elle ! V. F.


Valérie, assistante sociale à l’hôpital : Une annonce telle une claque de plus

Valérie, 48 ans, assistante sociale depuis 2003 à l’hôpital Lariboisière à Paris. En blouse blanche dans le cortège parisien, discutant avec des collègues, et la colère au ventre. Vu le contexte plus que dégradé de l’hôpital, l’annonce du projet de réforme est telle une claque. Une de plus alors que les personnels sont fatigués de faire face, doivent entre autres gérer encore la période post Covid... Et par manque de moyens des structures, le travail des agents dans la prise en charge des patients est toujours plus compliqué. Pour Valérie, la réforme est inconcevable. Moi, j’ai tous mes trimestres cotisés... Pour l’instant... Car la retraite à 62, c’est déjà trop ! Des collègues plus âgés que nous sont déjà partis en retraite. Et épuisés. Dans mon métier, je vois tous les jours des gens qui décèdent, et jeunes. Moi, j’ai envie de pouvoir profiter de la vie quand je serai en retraite. V. F.


Berthe, Aurone, Cathie, éducatrices : une collègue est partie à 64 ans, épuisée, rincée !

Elles sont collègues, copines et manifestent ensemble. Berthe, Aurore et Cathie sont monitrices-éducatrices près de Meaux dans le secteur médico-social. Elles ne sont pas syndiquées. Mais ce 19 janvier, elles ont voulu rejoindre les syndicats. Elles ont défilé à Paris aux côtés de FO. Je ne me vois pas courir après les enfants et faire preuve d’autant de patience à 64 ans insiste Berthe, 55 ans, 34 ans de carrière et un salaire de 2300 euros nets. Travailleur deux ans de plus ? Toutes les trois ont vu une collègue travailler jusqu’à 64 ans. Elle était rincée, épuisée appuient Aurore et Cathie rappelant combien les conditions d’exercice du métier se dégradent. Et ni les apports de revalorisation du Ségur ni la hausse, minime, des traitements/salaire, de 3,5% à l’été, ne font oublier cela. Elles disent leur colère, plus large. Aujourd’hui, on est là aussi à cause d’un ras-le-bol général. Sur les salaires, sur les prix qui augmentent. Il y a trop d’inégalités, les plus riches, les grandes entreprises..., Ils bénéficient de privilèges. Je croyais qu’ils avaient été abolis il y a longtemps ! Nous, on paye toujours plus, avec difficulté et on nous retire des droits. Alors non, ce n’est plus possible ! V. F.


David, employé libre-service, Carrefour, prêt à perdre des journées de salaires

David, 49 ans et militant FO est employé libre-service chez Carrefour dans le Val-de-Marne. Dans la lutte qui commence pour l’abandon du projet sur les retraites, il est prêt à perdre plusieurs journées de salaires s’il le faut et à convaincre de nouvelles personnes de rejoindre le mouvement. Il a déjà commencé. Marcello, 23 ans, un jeune salarié de l’enseigne l’a accompagné. Je me sens concerné insiste celui-ci, il faut protéger la retraite pour nos aînés. La retraite, ça concerne tout le monde martèle David, révolté par le projet gouvernemental. C’est compliqué d’aller jusqu’à 64 ans et notamment dans des métiers très physiques. Chez nous, à 50%, les salariés ont des problèmes de dos, d’épaules !. V. F.


Valérie, chargée de qualité-sécurité, GRTGaz : J’ai bossé 33 ans comme une malade !

Quand je suis rentrée chez GRT Gaz en 1990, avec deux enfants, selon les règles, je pouvais partir à la retraite à 58 ans explique Valérie, 54 ans, chargée de qualité-sécurité chez GRTGaz. J’ai bossé 33 ans comme une malade ! Mais l’âge de la retraite ne cesse de reculer. Logiquement, j’aurai tous mes trimestres pour partir dans trois ans et demi. Mais qu’est-ce que ça va donner si l’âge légal recule encore de deux ans ? Si cette réforme passe, je ne me vois pas continuer comme ça. Je suis placardisée depuis une très grosse réorganisation. A 54 ans, c’est ultra-fatiguant à vivre. A.D.


Céline, enseignante en maternelle : A la fin de la journée, je suis crevée !

Je trouve cette réforme injuste, surtout pour ceux qui ont des métiers pénibles. Mon père était chauffeur-livreur, il s’est usé le dos avant d’être à la retraite appuie Céline, 47 ans, enseignante en maternelle. Moi, j’aime enseigner. Là, selon les règles actuelles, je sais que je dois cotiser pendant 43 ans. Je ne serai pas à la retraite avant 67 ans. Mais déjà, à 47 ans, je suis fatiguée. En maternelle, il faut être très attentif aux enfants, on en a 25 à 30 en classe. Il y a aussi tous les gestes : faire leurs lacets, bouger les tables... A la fin de la journée je suis crevée.


Christophe, éboueur : Je ne veux pas finir avec des problèmes de santé !

Après avoir été chef de chantier, je suis devenu éboueur à la ville de Paris pour retrouver des horaires plus stables explique Christophe, éboueur de 41 ans. Je travaille de 6 heures à 13 h 45. A 41 ans, ça va. Mais s’ils repoussent l’âge de la retraite, je ne vois pas comment je vais pouvoir continuer. Je m’occupe des encombrants, je porte beaucoup de meubles lourds. Certains collègues plus âgés sont en arrêt-maladie pour des problèmes de dos. Je refuse de travailler deux ans de plus. Je ne veux pas finir avec des problèmes de santé !.


 Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

Ariane Dupré Journaliste à L’inFO militante

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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