Travailler durant ses études peut nuire à la réussite aux examens

Statistiques par Clarisse Josselin

© Cecilia GARRONI-PARISI / REA

Près de la moitié des étudiants qui travaillent ont un emploi totalement déconnecté de leur cursus, ce qui réduit leurs chances de passer au niveau supérieur, selon la Dares. Les enfants d’ouvriers seraient particulièrement pénalisés.

La seule fois où j’ai eu mon année du premier coup, sans passer par le rattrapage de septembre, c’est l’année où je n’ai pas travaillé, se souvient cette ancienne étudiante en relations internationales, surveillante dans un collège 30 heures par semaine.

Son expérience illustre un article publié le 25 juin dans la revue Travail et Emploi de la Dares, service statistique du ministère du Travail, et intitulé L’activité rémunérée des étudiants et ses liens avec la réussite des études.

On compte 2,4 millions d’étudiants âgés de 18 à 29 ans en France métropolitaine, cinq fois plus que dans les années 1960. La démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur a conduit à de nouveaux besoins de financement des études, constate la Dares dans une note de juillet 2017. Près d’un quart (23 %) des étudiants sont actifs au sens du Bureau international du travail [1]. Ils travaillent avant tout pour l’argent, mais aussi pour gagner en autonomie ou acquérir une expérience professionnelle.

Pour un peu plus de la moitié d’entre eux, l’activité a un lien avec les études. Ils sont en apprentissage (29 %), en stage (9 %), salariés étudiants (11 % – internes en médecine…). En revanche, 44 % ont une activité totalement déconnectée des études. Pour les travailleurs réguliers (27 %), il s’agit souvent d’emplois peu qualifiés et à temps partiel – caissiers, manutentionnaires – avec une lourde charge de travail : en moyenne 23 heures par semaine pour 73 % d’entre eux.

Des formations construites pour des étudiants à temps plein

Or, en France, les formations sont construites pour des étudiants à temps plein et ceux qui exercent une activité rémunérée parallèle à leurs études ont généralement droit à peu d’aménagement, rappelle l’article. Et de conclure, travailler durant la semaine réduit significativement la probabilité de passer au niveau supérieur, le temps de travail entrant en concurrence avec les heures de cours et de révision. Cela augmente aussi le risque d’échec et de décrochage. L’auteur situe le seuil d’impact sur la réussite des études à une activité occasionnelle d’au moins 10 heures par semaine, ou une activité régulière d’au moins 18 heures par semaine. En revanche, travailler le week-end n’a que peu d’effet.

Sociologiquement, la Dares rappelle aussi que les enfants de cadres sont surreprésentés dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières les plus élitistes, ainsi que dans les activités intégrées aux études, qui peuvent alors être facteur de réussite. À l’inverse, les enfants d’ouvriers, sous-représentés dans tous les types d’études, ont aussi une plus grande probabilité d’exercer une activité éloignée des études. Or leur réussite dans l’enseignement supérieur est souvent présentée comme fragile. Ils seraient ainsi particulièrement pénalisés.

 

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Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

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