Travailler plus longtemps ? La situation des seniors prouve l’ineptie du concept

Retraite par Valérie Forgeront

© Marta NASCIMENTO/REA

C ertes, remarque la Cour des comptes dans une récente enquête portant sur les fins de carrière, le taux d’emploi des seniors, les salariés âgés de 55 à 64 ans, est passé de 36,4 % en 2003 à 52,3 % au premier trimestre 2019. Reste que le retrait précoce du monde du travail correspond souvent a un phénomène de basculement dans l’inactivité en fin de carrière, après une phase de chômage et avant l’ouverture des droits à la retraite. Le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a ainsi été multiplié par deux depuis 2008 et le nombre moyen de ces demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A (aucune activité) a triplé depuis 2008. Toutes les études de Pôle emploi mettent en lumière que le critère d’âge est discriminant pour le retour à l’emploi, assène la Cour, rappelant que la durée de chômage est deux fois plus longue pour les seniors que pour l’ensemble des demandeurs d’emploi.

Une trappe à pauvreté

En résumé, notent les magistrats – constatant que les politiques en faveur de l’emploi des seniors ont été délaissées par les pouvoirs publics –, les seniors touchés par le chômage, qui représentent une part croissante des bénéficiaires d’allocations et de minima sociaux, éprouvent de grandes difficultés à retrouver un emploi, avec un risque réel et préoccupant de précarité. Pour les plus de 60 ans, ni en emploi ni en retraite (désormais appelés les NER), la situation ouvre même sur une trappe à pauvreté faite d’un niveau de vie mensuel médian de 882 euros. En 2018, indique encore la Cour, la Drees (ministère des Solidarités et de la Santé) constatait que 56 % des ménages composés de seniors NER percevaient des minima sociaux, contre seulement 12 % pour l’ensemble des ménages de seniors. Illustration :  Le poids des allocataires âgés de 60 à 64 ans dans leur classe d’âge a ainsi augmenté de 111 % en dix ans depuis 2009 pour le RSA socle, et de 192 % depuis 2010 pour l’AAH. Dès lors et tenant compte de toutes ces constatations, le travailler plus longtemps, comme le prône l’actuel projet sur les retraites, aurait-il un sens ? Pour FO, qui conteste une approche comptable des retraites, cette exclusion croissante des seniors de l’emploi est à elle seule un argument légitime pour contrer le bien-fondé des injonctions gouvernementales et des employeurs à travailler plus longtemps.

Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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