Variant anglais de la Covid : chez XPO, les routiers veulent pouvoir exercer leur droit de retrait

InFO militante par Clarisse Josselin

Article publié dans le Dossier Coronavirus / Covid19
José Zydower
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Avec la propagation d’un nouveau variant de la Covid-19 beaucoup plus contagieux outre-Manche, les conducteurs routiers se posent légitimement des questions pour se rendre en Grande-Bretagne. Chez XPO à Calais, la direction fait la sourde oreille. Elle a l’aval de l’inspection du travail qui a estimé le 8 janvier que le droit de retrait n’était pas recevable. Pour le syndicat FO, il y a mise en danger de la vie des conducteurs.

On est jetés comme de la chair à canon sur le territoire britannique, dénonce José Zydower, conducteur routier employé chez XPO depuis 2007 et délégué central FO. La propagation d’un nouveau variant de la Covid-19 inquiète les routiers français chargés du trafic transmanche. Certains ont peur de se rendre en Grande-Bretagne, où ce virus provoque une explosion des contaminations et fait plus de 1000 morts par jour. Et les prochaines semaines pourraient être les pires semaines de la pandémie, redoute le médecin-chef de l’Angleterre. Le gouvernement français a décidé de fermer la frontière avec la Grande-Bretagne jusqu’à nouvel ordre, sauf pour certaines catégories de personnes. Et la présentation d’un test PCR négatif est obligatoire pour rentrer sur le territoire national.

Le transporteur XPO Calais emploie 90 chauffeurs, dont une vingtaine sont susceptibles de se rendre outre-Manche. Parmi ces derniers, une bonne moitié s’y oppose. Le syndicat FO demande qu’ils aient la possibilité de travailler en France. Comme la moitié du fret France de la société est sous-traité et que le trafic avec la Grande-Bretagne ne représente que 20% de notre activité, il y a largement assez de travail pour eux, estime José Zydower.

Atteinte à la santé physique et mentale des conducteurs

Selon FO, la direction a accédé à ces demandes début janvier pour les deux premiers salariés concernés. Le syndicat FO a souhaité la convocation d’un CSE extraordinaire pour généraliser ce principe. Il s’est tenu le 8 janvier, en présence de l’inspection du travail et de la médecine du travail. Là, je suis tombé des nues, poursuit le coordinateur FO chez XPO, également membre du bureau fédéral à la fédération nationale des transports et de la logistique UNCP-FO. La médecine du travail semble prétendre que le virus anglais n’était pas plus dangereux qu’en France indique le militant. Quant à l’inspection du travail, elle a indiqué refuser aux chauffeurs la possibilité d’exercer leur droit de retrait et leur droit d’alerte, prétendant que la direction de XPO allait au-delà de ses obligations en matière de protection des salariés, avec notamment la mise à disposition de masques FFP2. Pour moi c’est une atteinte à la santé physique et mentale des conducteurs. La direction dit qu’elle fait tout pour nous surprotéger. Mais c’est normal de désinfecter le camion. S’il venait à se passer quelque chose, nous estimons que ce serait la faute de l’employeur. Les chauffeurs qui ne veulent pas se rendre en Grande-Bretagne sont donc obligés de poser des congés payés ou des congés sans solde.

Ça va être le chaos dans quelques semaines

La situation est similaire dans les autres entreprises de transport, où des chauffeurs ne veulent plus se rendre en Grande-Bretagne. On n’est pas entendus par la direction, déplore Julien, conducteur et délégué FO chez Paprec. On a eu plusieurs réunions extraordinaires. Quand j’ai montré à la direction les photos des conducteurs serrés dans la navette de l’Eurotunnel, elle m’a répondu que ce n’était pas pire que le métro.

Il dresse un témoignage édifiant de ses conditions de travail depuis l’Angleterre. Chez les clients, personne ne porte le masque, beaucoup de douaniers non plus, explique-t-il. Les distanciations ne sont pas respectées. Lors d’un contrôle, on m’a même fait enlever mon masque pour vérifier que c’était bien moi. Quant aux sanitaires, c’est pire qu’avant, il n’y a personne pour les nettoyer dans les stations-service. La circulation est encore faible. Mais elle va monter en puissance et ça va être le chaos dans les prochaines semaines.

Les conducteurs vivent dans la peur constante d’attraper le virus. On passe le maximum de temps en cabine, la situation est assez pesante, ajoute-t-il. D’autant qu’un confinement est en vigueur outre-Manche.

Il redoute le test PCR, obligatoire pour traverser la frontière et rentrer chez lui. Je ne veux pas me retrouver coincé ici en quarantaine, ajoute-t-il. C’est aux chauffeurs de se faire le test eux-mêmes. Pour lui, ça s’est passé sur un parking extérieur, où des militaires lui ont remis un kit de test.

Rentrer chez soi ?

Autre difficulté, les conducteurs doivent désormais remplir en ligne une attestation en anglais pour traverser le Kent, au Sud de l’Angleterre, avant d’embarquer pour la France. Si les papiers ne sont pas bien remplis, c’est 300 livres d’amende et le camion est immobilisé tant qu’elle n’est pas payée. On a eu une note de service qui précise que les amendes ne seraient plus tolérées après fin janvier, ajoute Julien. Il y a également de nouveaux documents à remplir pour passer la douane, depuis l’entrée en vigueur du Brexit le 1er janvier. Ça ajoute une tension supplémentaire, on a toujours la crainte de savoir si on va pouvoir rentrer chez nous ou pas, ajoute José Zydower.

Pour sortir de l’impasse, le délégué central FO chez XPO propose que les conducteurs français transportent le fret jusque dans le bateau pour l’Angleterre. Et qu’à l’arrivée de l’autre côté de la Manche, un conducteur anglais vienne récupérer la remorque. C’est d’autant plus simple que nous sommes un groupe international, avec une implantation en Angleterre, poursuit-il. Mais pour la direction, c’est une question de coût, et la finance prime sur la santé. L’activité en Angleterre paye mieux qu’en France, elle permet donc de réaliser une marge confortable avec des conducteurs français. Pour la France, elle préfère faire appel à la sous-traitance, moins chère.

FO-Transports revendique la vaccination des chauffeurs



Patrice Clos, secrétaire général de la fédération des transports UNCP-FO a rendez-vous le 14 janvier avec le ministère des Transports pour parler de la situation des routiers et de la logistique. Au menu des discussions, les conditions de travail, la restauration, les déplacements et passages de frontières, ou encore la vaccination contre la Covid-19. On est la deuxième ligne indispensable au pays, mais pas en ce qui concerne le vaccin, là on ne parle pas de nous dénonce Patrice Clos. En intersyndicale, il revendique la vaccination des conducteurs en logistique et des ambulanciers. En effet dans le privé, ces derniers ne relèvent pas du secteur de la santé mais du transport. Ce sont les grands oubliés à chaque fois, poursuit-il.

En matière de conditions de travail, la fédération FO demande la réouverture de tous les restaurants routiers, les seuls à avoir une dérogation pour continuer à servir malgré la pandémie. Et pour éviter aux chauffeurs de passer les frontières, elle propose aussi la mise en place d’un système d’échange de remorques entre deux chauffeurs au niveau de ces zones frontalières.

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

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