XXVIIIe congrès de la Fédération des services publics et de santé : la grève à l’ordre du jour

Entre Militants par Françoise Lambert

Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Plus de 2000 militants ont participé au XXVIIIe congrès de la fédération des personnels des services publics et des services de santé FO (SPS-FO), réuni à Rouen du 14 au 18 janvier 2019. Pour repousser les attaques sans précédent contre les emplois, les statuts, le service public, et pour obtenir l’augmentation du point d’indice et des salaires, les délégués ont dit la nécessité, dans la résolution générale adoptée par le congrès, d’organiser des assemblées générales de salariés et « d’envisager à court terme, une action de grève de masse durable et reconductible », y compris dans un cadre interprofessionnel.

Ils sont salariés dans la fonction publique hospitalière, dans les collectivités territoriales et leurs secteurs annexes (sapeurs pompiers professionnels, logement social, services des eaux, services funéraires…), ou encore salariés de la santé privé. Ils représentent toute une diversité des métiers mais leurs préoccupations et leurs revendications se rejoignent. Plus de deux mille militantes et militants, dont mille soixante délégués porteurs de mandats, ont participé au XXVIIIe congrès de la fédération des personnels des services publics et des services de santé FO (SPS-FO), qui s’est tenu à Rouen du 14 au 18 janvier 2019.

Les représentants de la plus grosse fédération de Force Ouvrière ont dit leur détermination à se mobiliser contre la remise en cause sans précédent de leurs droits et du service public. Une remise en cause due aux « réformes » successives qui ont touché les fonctionnaires territoriaux, les fonctionnaires hospitaliers et les salariés de droit privé (RGPP, modernisation de l’action publique, loi Santé de 2016, loi Travail 2016, ordonnances Macron...) mais aussi aux attaques en cours et à venir avec notamment le programme Action publique 2022 et le plan santé 2022.

Le point d’indice bloqué depuis huit ans

Le congrès, qui a adopté à 96,80% le rapport moral et à 95,56% le rapport financier, revendique l’augmentation générale des salaires, l’augmentation de la valeur du point d’indice dans la Fonction publique, l’augmentation des pensions et des minima sociaux.

Samuel Viry, du centre hospitalier de Haguenau (Bas-Rhin), a rappelé que le point d’indice était bloqué depuis huit ans dans la Fonction publique tandis que Caroline Léger (Santé privée du Gard) décrivait une situation des salaires désastreuse dans les établissements de santé à but lucratif et non lucratif, des salariés payés au forfait, avec une prime différentielle pour arriver au niveau du Smic.

Contre les fusions d’hôpitaux et de collectivités

Confrontés à une destruction sans précédent du modèle social républicain, les représentants des 1022 syndicats FO réunis à Rouen estiment nécessaire dans leur résolution générale adoptée le 18 janvier, d’envisager à court terme, une action de grève de masse, durable et reconductible, préparée par des assemblées générales, dans l’action commune, y compris dans le cadre interprofessionnel.

Ils ont également adopté en séance plénière une déclaration en ce sens, qui rappelle leurs principales revendications, parmi lesquelles la hausse des traitements, salaires et pensions de 18% pour rattraper la perte de pouvoir d’achat, la titularisation des contractuels, le maintien des mille hôpitaux publics et des maisons de retraite publiques et l’abandon des projets de fusion des départements et des projets d’intégration des départements et des métropoles.

Grève du 3 au 10 février

Première étape de la mobilisation : les syndicats de la fédération SPS-FO participeront à l’initiative proposée le 16 janvier au congrès par le secrétaire général de l’UIAFP (interfédérale FO de la Fonction publique) et de la FGF-FO (Fédération générale des fonctionnaires FO) Christian Grolier, d’une semaine de grève du 3 au 10 février, avec en point d’orgue un rassemblement à Paris le 7 février.

La mobilisation sera accompagnée d’un périple à pied, du Havre jusqu’à Paris, pour sensibiliser gouvernement, élus et directeurs d’administration à la défense de services publics, dans les zones qui souffrent de désertification. Des haltes, notamment à Bernay, où la maternité est toujours menacée de fermeture, ponctueront le parcours.

De nombreux invités, parmi lesquels le secrétaire général de la confédération Yves Veyrier, des secrétaires confédéraux, des secrétaires de fédérations et d’unions départementales, ainsi que des invités internationaux, ont participé au congrès. Sans oublier des invités internationaux, dont Gilbert Lieben, responsable international de la centrale générale des services publics belge (CGSP) et Jan Willem Goudriaan, secrétaire général de la fédération syndicale européenne des services publics (FSESP).

Le congrès a rendu un vibrant hommage au secrétaire général de la fédération SPS-FO, Yves Kottelat, qui ne se représentera pas à cette fonction en avril, ainsi qu’à Denis Basset, secrétaire général de la branche santé, et à Luc Delrue, secrétaire fédéral, qui quitteront au même moment leurs fonctions fédérales. Catherine Rochard, secrétaire générale de l’Union nationale de la santé privée, a quant à elle passé la main à Franck Houlgatte lors d’une assemblée générale de la Santé privée, qui s’est tenue en marge du congrès, le 17 janvier. Elle reste toutefois secrétaire générale adjointe de la santé privée.

La grève pour faire aboutir les revendications

Alors que le congrès de la fédération se tenait en plein mouvement des gilets jaunes, Yves Kottelat, secrétaire général de la fédération SPS-FO, a rappelé dans son rapport devant le congrès le 14 janvier qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’un conflit éclate dans un établissement de santé ou une collectivité territoriale.

Plusieurs délégués, parmi les soixante-cinq intervenants sur le rapport d’activité, ont illustré cette affirmation. Catherine Rochard (Santé privée) a ainsi évoqué une grève de cinq jours en décembre à l’hôpital privé de l’Est lyonnais (groupe Ramsay), qui s’est soldée par la satisfaction des revendications salariales, avec 50 euros de plus par mois pour les salariés non cadres et une prime exceptionnelle de 300 euros pour tous.

Philippe Sébastian, du centre de lutte contre le cancer Paul Strauss (Strasbourg) a expliqué que la forte mobilisation des salariés en 2018 contre un projet de fusion interrégional a permis de sauver 600 emplois. FO a obtenu le maintien de tous les emplois, le maintien du statut et le maintien de la convention collective pour tous les nouveaux embauchés, s’est-il félicité. Jacques Castelli (Conseil régional Grand Est) a rappelé qu’une grève très suivie des agents territoriaux, le 24 mars 2017, a permis de gagner l’alignement par le haut des primes versées aux 5 400 agents techniques des lycées de la nouvelle grande région.

Partout le même constat : la grève permet de faire aboutir les revendications. De nombreux délégués, comme Benjamin Delrue (CHU d’Anger) ou Christian Prud’homme (CHU de Strasbourg), ont proposé — avec succès — d’élargir aux établissements de santé et aux collectivités territoriales la mobilisation en cours dans les Ehpad.

Mille assemblées générales dans les Ehpad

Mille réunions et assemblées générales de personnels sont organisées depuis le début du mois de janvier par les syndicats FO dans le secteur de l’aide et de l’hébergement des personnes âgées dépendantes. L’objectif est de faire remonter les revendications auprès du gouvernement et de construire le rapport de force pour obtenir la hausse des effectifs et des salaires. En cas d’absence de réponse de la part du gouvernement, la perspective d’une grève est posée.

Il faut dire que les Ehpad sont particulièrement touchées par la dégradation des conditions de travail et d’accueil des résidents. Samuel Viry du centre hospitalier de Haguenau (Bas-Rhin) s’est élevé contre des conditions de prise en charge inadmissibles, avec une infirmière pour 85 résidents ». On est bien loin de la revendication d’un ratio de un agent pour un résident, a-t-il constaté, on supprime des effectifs alors que la dépendance augmente.

La proposition de la ministre de la Santé d’octroyer une prime aux aides-soignants des Ehpad a provoqué une bronca. C’est une mesure catégorielle qui exclut les autres catégories de personnel, notamment les infirmières !, s’est insurgé René Neuherz (Groupement départemental santé des Bouches-du-Rhône).

Contrer la destruction de l’hôpital public

A la tribune, de nombreux délégués ont insisté sur la destruction à l’œuvre au sein de l’hôpital public. L’hôpital n’en peut plus de l’austérité budgétaire, a lancé Emmanuel Dubourg (Ehpad d’Hélianthème). 1,2 milliard d’euros d’économies sont demandés à l’hôpital alors que les conditions de travail sont déjà intenables a remarqué un délégué. Une situation qui touche tous les établissements, les hôpitaux locaux comme les services de pointe des grands établissements, a souligné Olivier Varnet, secrétaire général du Syndicat national des médecins hospitaliers FO. Le praticien hospitalier a rappelé qu’en dépit d’une lettre ouverte signée par 1500 médecins hospitaliers, alertant sur cette situation, la ministre de la santé n’a toujours pas reçu les praticiens. Dans quel monde voulons-nous vivre ? s’est-il interrogé, ajoutant que les moyens à l’hôpital c’est une question vitale pour la médecine, pour nos malades !

Pénurie de médecins

Jean-Pierre Jean-Louis (CHU Le Meynard, Martinique) a dénoncé la pénurie de médecins sur le département ultra-marin, rappelant que l’île souffre de l’éloignement, et a dit l’urgence à apporter des réponses, du matériel et du personnel pour prendre en charge les patients.

Chez les fonctionnaires territoriaux, les intervenants sur le rapport d’activité ont aussi souligné l’urgence d’une mobilisation, pour contrer les attaques à l’œuvre contre l’ensemble des fonctionnaires et contre les salariés des collectivités territoriales.

C’est aujourd’hui que nous devons sauver la Fonction publique, a lancé Karima Friga (territoriaux de Marseille), première intervenante sur le rapport d’activité. Alors que les fusions de collectivités dégradent les conditions de travail des agents, avec des déplacements de lieux de travail et des changements d’organisations du travail.

Nicolas Corneloup (sapeurs-pompiers de la Haute-Vienne) a tiré la sonnette d’alarme : même chez les pompiers, on parle de productivité, s’est-il inquiété, Le service public ne peut et ne doit pas être soumis à des statistiques de productivité.

Pour le maintien des régimes de retraites des fonctionnaires

Plusieurs délégués ont dit leur inquiétude pour l’avenir des retraites, dans le cadre de la réforme voulue par le gouvernement. Parmi eux, Francis Jolivet, des territoriaux de Livry-Gargan (93), a estimé : si la réforme passe, les collègues seront contraints de travailler très tard, ce sera le retour à la retraite des morts d’il y a un siècle. Dans sa résolution générale, le congrès exige le maintien de la CNRACL comme caisse de retraite des territoriaux et hospitaliers, ainsi que le maintien le Code des pensions civiles et militaires et celui du régime complémentaire IRCANTEC.

Elections dans la Fonction publique : une réussite

Les résultats obtenus par FO lors des élections dans la Fonction publique en décembre ont aussi fait l’objet de nombre d’interventions. Tout comme Yves Kottelat, de nombreux délégués ont évoqué les élections. Riad Boucetta (Territoriaux de Lille) a indiqué que FO, qui détient la première place à la Mairie de Lille depuis 30 ans, a consolidé sa place en creusant l’écart avec les autres syndicats.

Dans le secteur de la santé, Audrey Jolibois (Hôpitaux de Marseille) a salué une victoire historique, avec plus de 54% des votes pour FO, soit + 8 points par rapport à 2014, et un recul de 4 points de la CGT à 24%. C’est le résultat d’un travail en équipe quotidien, a-t-elle souligné. Yves Kottelat s’est félicité des résultats obtenus par FO aux élections, et il a mis le développement au premier rang des priorités de la fédération (lire interview). Nous avons l’obligation de nous développer pour protéger notre modèle de syndicalisme, a-t-il rappelé. Un syndicalisme libre et indépendant plus que jamais indispensable dans le paysage social français.

 

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Françoise Lambert Journaliste à L’inFO militante - Santé - Retraite

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