Yves Veyrier : « Retraites : ne pas se tromper de cause »

Éditoriaux de FO par Yves Veyrier

Article publié dans le cadre de la campagne Réforme des retraites, FO dit stop !
Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Notre système de retraite et ses régimes méritent d’être défendus et améliorés et non pas détruits : ces derniers jours j’ai éprouvé à plusieurs reprises la nécessité d’exprimer, parfois de façon solennelle, cette conviction qui porte l’opposition de FO au projet d’un régime unique par points.

J’ai notamment été invité à réagir aux propos du président de la République qui semblait vanter les mérites du système de retraite en Andorre, un système par points instauré avec un âge de départ, selon ses dires, à 65 ans. Au passage, il confirme lui-même ce que le Premier ministre nous a dit : au-delà du débat sur un âge pivot collectif ou la durée de cotisation, il faudra travailler plus longtemps. Et si, initialement, le Haut-commissaire avait évoqué l’âge de 63 ans, on est passé ensuite à 64 ans, et pour le président cela semble donc être 65 ans désormais !

Il faut aussi rappeler des vérités pour contrer encore une fois les artifices de communication.

Nous avons en France un système de retraite qui assure de fait un droit universel à la retraite. Certes, tout n’est pas parfait et il peut être amélioré. Mais il ne faut pas se tromper de cause.

Oui, il faut s’assurer que celles et ceux, plus souvent celles, qui n’ont pas pu bénéficier d’une carrière complète, qui ont subi du travail à temps partiel, des CDD et des interruptions d’activité, des petits salaires, ne se trouvent pas démunis au moment de la retraite. Mais ce n’est pas le système actuel qui est en cause. Un système par points, avec l’obligation d’acheter des points tout au long de sa vie active, quels qu’en soient les aléas, n’y changerait rien et aggraverait plutôt la situation. Là où il faut agir, c’est sur l’emploi et la qualité de l’emploi. C’est-à-dire sur les politiques économiques et non mettre en cause le système de retraite. Sans aucun doute, il faut renforcer les dispositifs de solidarité nationale, mis en œuvre par le Fonds de solidarité vieillesse. Cela demande d’en trouver les financements. Mais encore une fois, quid de l’efficacité des 140 milliards annuels d’aides publiques aux entreprises au titre des politiques de l’emploi ?

Notre système n’est pas complexe. On agite à nouveau les régimes spéciaux pour opposer les uns aux autres et pour masquer que c’est l’ensemble du système, le régime de base de la Sécurité sociale, son régime complémentaire Agirc-Arrco, qui concerne une très large majorité de la population active et retraitée, qui disparaîtrait avec à la fois le mode de calcul (les vingt-cinq meilleures années) et la part résultant de la négociation collective portant sur la part de richesse redistribuée à la protection sociale.

Une étude récente de la Drees vient de montrer que près d’un tiers des retraités ne font pas valoir l’intégralité de leurs droits à pension, méconnaissant ceux qui proviennent de leur passage temporaire dans un régime au hasard de parcours professionnels diversifiés. Le manque à gagner s’élèverait à 40 euros brut mensuels en moyenne.

Mais la même étude démontre aussi que depuis la mise en place de procédures unifiées et simplifiées de liquidation de la retraite, ces non-recours devraient être réduits voire disparaître. Ce sera le cas avec la mise en place du répertoire de gestion des carrières unique, développé par le groupe Union retraite qui fédère trente-cinq régimes de retraite.

Alors oui, nous entendons défendre nos retraites. Oui, nous nous opposons au régime unique par points ; oui, nous le dirons haut et fort le 21 septembre !

Yves Veyrier Ex-Secrétaire général de Force Ouvrière

Tous les articles de la campagne

Réforme des retraites : Les annonces du Premier Ministre

Retraite par Secteur Retraites

Suite aux annonces d’Édouard Philippe, le calendrier et la méthode se précisent.
La réforme des retraites fera l’objet de « consultations citoyennes » de fin septembre « jusqu’à la fin de l’année », devant aboutir à un projet de loi voté « d’ici la fin de la session parlementaire de l’été prochain », a annoncé ce jeudi 12 septembre le Premier ministre, Édouard Philippe, devant le Conseil économique social et environnemental (CESE).

FO dit non, un point c’est tout

Retraite par points par Evelyne Salamero

La loi instaurant un système universel de retraite par points devra être votée en juillet 2020, a annoncé le Premier ministre le 12 septembre, soulignant qu’il faudra travailler plus longtemps ou subir une baisse des pensions. La confédération FO a immédiatement confirmé sa mobilisation du 21 septembre, une première étape pour défendre « le système actuel et ses régimes qui assurent déjà un droit universel à la retraite ». Au Premier ministre qui a appelé les syndicats à « co-construire » le nouveau système, Philippe Pihet, secrétaire confédéral chargé des retraites, a répondu par voie de presse : « Nous n’avons jamais été des co-législateurs. » Le 20 juillet déjà, Yves Veyrier avait prévenu : « Nous n’irons pas négocier les réglages d’un système qui supprime les régimes existants. »