Yves Veyrier, Secrétaire général de FO : Le meilleur moyen de rétablir les choses en termes d’égalité, c’est la question des salaires

RMC le 10 février 2022 par Yves Veyrier, Secrétaire général de Force Ouvrière

Yves Veyrier, Secrétaire général de Force Ouvrière, était l’invité d’Apolline de Malherbe, jeudi 10 février sur RMC pour évoquer l’annonce de Total et les salaires.

Apolline de Malherbe : Bonjour Yves Veyrier, j’ai voulu vous donner la parole ce matin après les annonces de Total, qui, hier dit qu’ils offriront cinq euros de réduction dès 50 litres dans une station sur trois, c’est-à-dire dans les stations rurales. Mon invité hier matin était François Ruffin qui a dit que c’était de l’aumône, est-ce que vous vous estimez que malgré tout c’est un coup de pouce ?

Yves Veyrier : Tout dépend de quel point de vue on se place. Pour ceux qui vont en bénéficier, évidemment, c’est bon à prendre. Mais encore une fois, c’est la même chose que les dispositifs du type : indemnité inflation, chèque énergie, prime d’activité… Ce sont des mesures ponctuelles, des pansements de pouvoir d’achat mais qui ne répondent pas à ce sur quoi nous sommes mobilisés depuis la fin de l’été, à savoir, la nécessité d’augmenter de manière plus pérenne, générale, les salaires. Certains vont en bénéficier mais c’est ponctuel alors que l’inflation perdure. Nous étions à 2.9% sur les douze derniers mois. L’Insee s’attend à ce qu’on atteigne les 3 à 3.5% sur douze mois au mois de juin. Le coup de pouce va être sur les 50 litres pour ceux qui pourront en bénéficier…

 

AM : Oui mais pardon Yves Veyrier ! Mais vous comparez à la question de la prime inflation, le chèque énergie… Sauf que tout ça c’était l’état. Là, c’est l’entreprise !

YV : Oui, c’est l’entreprise, mais tout le monde a compris que dans le même temps on nous annonce aujourd’hui des profits records de Total. C’est pour cela que je vous disais que cela dépend de quel point de vue on se place. Il y a une partie de communication dans cette affaire. Il ne faut pas oublier qu’au-delà des bénéfices qui vont être annoncés, Total est aussi une des entreprises concurrentes d’EDF qui va bénéficier de ce qui est contesté d’ailleurs par les agents d’EDF aujourd’hui, l’obligation d’EDF de vendre à bas coût, en dessous du marché, son électricité. Or, avec Direct Energie, Total est un de ceux qui va en bénéficier très largement et je ne suis pas sûr que cela se répercutera sur la facture d’électricité des consommateurs.

 

AM : Vous n’êtes donc pas dupe de ces annonces de Total. En même temps, vous le disiez, ça sera des bénéfices records qui devraient être annoncés aux alentours de 7h30-8h ce matin avant l’ouverture des marchés. Pour Total, on parle de 15 milliards d’euros, c’est-à-dire du jamais vu. Dans le même temps, il y a eu hier les chiffres de BNP Paribas, 9.5 milliards de bénéfices en 2021. Là encore, c’est du jamais vu pour l’entreprise. 4.6 milliards de bénéfices pour l’entreprise l’Oréal. Les entreprises du CAC 40 globalement, ne se sont jamais aussi bien portées. Qu’est-ce que vous, vous demandez, Yves Veyrier ce matin ?

YV : Il y a un vrai souci. Les dispositions qui ont été mises en place par le gouvernement, par exemple, ce qu’on appelle le prélèvement forfaitaire unique ou la flat tax sur, justement, les revenus provenant des dividendes ou des placements financiers ; ce sont des dispositifs qui favorisent bien plus encore cela. On l’a bien vu. Cela a été dit. Les inégalités se sont accrues, les plus riches sont de plus en plus riches. Nous avions bagarré pendant toute la période de la crise sanitaire, mais c’est une revendication qui date depuis plus longtemps, pour que l’on soumette les profits boursiers, les dividendes à une réglementation, à une taxe plus forte. Il faut qu’on rétablisse un impôt progressif qui permette de taxer les revenus financiers, les hauts revenus. La réforme de l’ISF, contrairement à ce qui avait été annoncé, personne n’a pu démontrer qu’elle avait favorisé le réinvestissement et l’emploi.

 

AM : Le ruissellement n’a pas vraiment été démontré !

YV : Pas du tout ! Le meilleur moyen de rétablir les choses en termes d’égalité, c’est la question des salaires. Il ne faut pas l’oublier ! Le salaire c’est le pouvoir d’achat au quotidien, ce sont les fins de mois. Le salaire c’est le moyen de financer la sécurité sociale, les retraites. On a réussi à empêcher le système universel de retraite par points mais on entend revenir la musique de l’âge de la retraite.

 

AM : Yves Veyrier, je voudrais qu’on élargisse à la question de la participation dans les entreprises. L’ancien patron du Medef, Thibault Lanxade, qui est chargé de mission pour le gouvernement aujourd’hui, propose de rendre obligatoire la participation dans les entreprises. Est-ce que là, vous suivez ?

YV : Encore une fois, sur ces dispositifs, nous avons toujours mis en garde sur le fait qu’ils conduisent, dans pas mal de secteurs, à substituer la participation à l’augmentation des salaires. Nous avons toujours plaidé, nous revendiquons, nous négocions dans ce sens, pour que l’on commence par les salaires encore une fois. Et, une fois que nous avons éventuellement trouvé un accord dans les entreprises sur les salaires, dans les branches en particulier également, que l’on puisse évoquer la participation. Mais, qu’on ne fasse pas l’inverse. C’est ça le risque avec ces dispositifs-là.

 

AM : En fait c’est une manière de faire semblant d’aider sans augmenter les salaires, sans créer une vraie augmentation pérenne du revenu des Français.

YV : Voilà ! Ce sont des dispositifs qui se substituent aux augmentations de salaires. Or, vous savez, FO est mobilisée en ce moment. Il y a des secteurs comme Pôle emploi, la RATP le 18 février, la sécurité sociale, la prévention sécurité… Ce sont des secteurs où les syndicats appellent à des mobilisations en ce moment. Vous parliez de BNP Paribas, par exemple, nous ne sommes pas du tout satisfaits de la situation du point de vue des salaires dans le secteur de la banque, là aussi, où les profits sont importants aujourd’hui. C’est quand même frappant de constater qu’au terme de cette situation de pandémie qui a impacté les salariés, les ménages, de manière forte, eh bien, ce soient des dividendes records qui atteignent, voire, dépassent la situation de 2019, avant la pandémie, de profits réalisés sur les places financières, sur les marchés boursiers.

 

AM : Et vous soutenez ces appels à la mobilisation. Merci Yves Veyrier, cela dit, attendez, une question quand même sur Marseille, parce que oui les grèves des poubelles se sont arrêtées mais la ville était arrivée dans un état épouvantable, est-ce que vous n’avez pas quand même un peu honte d’avoir laissé la ville, parce que c’est quand même Force Ouvrière qui était à l’origine de cette grève, se mettre dans un état pareil ?

YV : Il y a un vrai problème de dialogue social. Ce n’est pas normal qu’on se retrouve dans une situation où, à la suite d’un premier conflit, on se retrouve à nouveau dans une situation où manifestement il y a des dispositions qui n’ont pas été respectées. C’est ce que j’ai cru comprendre. C’est révélateur de difficultés d’un vrai dialogue social, d’une vraie négociation collective qui débouche sur un compromis qui fait que les parties en sortent satisfaites et qu’on n’en revient pas en arrière ensuite.

Yves Veyrier Ex-Secrétaire général de Force Ouvrière

Secrétaire général de Force Ouvrière

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