Yves Veyrier, Secrétaire général de FO : Le taux d’emploi ne dit pas la qualité de l’emploi !

BFM Business le 17 mars 2022 par Yves Veyrier, Secrétaire général de Force Ouvrière

Yves Veyrier, Secrétaire général de Force Ouvrière, était l’invité d’Hedwige Chevrillon jeudi 17 mars sur BFM Business pour réagir aux annonces du programme présidentiel du candidat Macron.

Hedwige Chevrillon : Yves Veyrier, vous avez écouté le président de la République, enfin le candidat Macron, il y avait des annonces sur le RSA, il y avait des annonces sur les retraites, ça on le savait, la retraite à 65 ans. Est-ce que vous avez été convaincu, peut-être, par ces arguments pour expliquer pourquoi cette retraite était importante à ses yeux ?

Yves Veyrier : Ce qui me frappe, c’est qu’en matière de travail, puisque c’est un argument qui est souvent mis en avant, par d’autres candidats d’ailleurs – la question de la valeur, de la revalorisation du travail, ou du travail au centre de la relance de l’économie, de la production de richesses etc – la seule manière dont j’ai entendu parler de revalorisation du travail de façon un peu précise, c’est en fait la revalorisation de la durée du travail avec le recul de l’âge de la retraite !
Je le redis, ce qu’il faut absolument résoudre, c’est la qualité de l’emploi, de l’entrée dans la vie active pour les jeunes jusqu’au moment de la retraite, et résoudre le problème du chômage des seniors.
C’est quand même assez étonnant, frappant, on nous en parle quand on nous dit qu’on va commencer par reculer l’âge de la retraite ! Là, on nous dit, il va falloir résoudre le problème de l’emploi des seniors. Si on commence par là et si on résout le problème de l’emploi et de la qualité de l’emploi, la question de l’équilibre financier des régimes des retraites sera très largement résolue.

HC : Est-ce que lorsqu’il parle du taux d’emploi, en disant, c’est ça qu’il faut regarder en fait comme critère, ce n’est pas le taux de chômage, c’est le taux de l’emploi. Est-ce que vous êtes d’accord avec lui sur ce plan-là ?

YV : C’est le taux de l’emploi mais quid de la qualité de l’emploi ? Souvenez-vous des deuxièmes lignes, des emplois essentiels dont on a tant parlé, qui sont des emplois confinés au bas salaire, souvent à temps partiel, en contrats très souvent précaires. Ceux-là n’arriveront même pas au 1 100€ de pension minimale s’ils n’ont pas une carrière complète jusqu’à 65 ans.

HC : Oui, mais justement, il a pris des engagements là-dessus en disant, il faut une retraite minimale qui sera de 1 100€. Et puis, en plus, on va simplifier tous les dispositifs…

YV : Non, non, non ! La retraite à 1100€, qui n’est même plus 85% du Smic au passage, ce qui était une promesse qui date de bien en amont, c’était Fillon à l’époque, les 1 100€ sont pour une carrière complète, à temps plein, au Smic. Celui ou celle, aujourd’hui, qui travaillerait 43 ans, parce que bientôt c’est 43 ans la retraite complète, ou avec ce que propose le président de la République, jusqu’à 65 ans, à taux plein au Smic, il les a déjà les 1 100€. Donc, ce n’est pas du tout un progrès !

HC : Il va poursuivre la réforme de l’assurance chômage parce qu’il dit qu’il faut absolument atteindre le plein emploi, c’est ce qu’a expliqué le candidat Macron.

YV : Non, non ! Il a dit qu’elle faisait réaliser des économies. Le seul changement du salaire de référence, c’est-à-dire du niveau de l’allocation chômage, avec la réforme qui a été imposée par ce gouvernement, c’est un milliard d’euros d’économies chaque année sur le dos des demandeurs d’emploi.

HC : Mais il cherche quand même à atteindre le taux de plein emploi et il dit en fonction de ce qu’on a fait déjà lors de ce quinquennat, on va sans doute l’atteindre à la fin de ce prochain quinquennat si jamais les Français m’élisent.

YV  : Puisqu’on parle de réforme de l’assurance chômage, le gros problème aujourd’hui, justement, ce sont les abus de contrats courts. La très grande majorité des emplois aujourd’hui créés, ce sont des emplois très courts, de moins d’un mois, de quelques jours. C’est cela qu’il faut résoudre ! Le taux d’emploi ne dit pas la qualité de l’emploi ! C’est un vrai problème ! Nous avions revendiqué, en particulier, qu’on revalorise justement tous les emplois de la 2e ligne, tous ces emplois qui sont au Smic sans espoir d’évoluer au cours de leur carrière. C’est cela qu’il faut résoudre aujourd’hui et prioritairement, et on verra qu’on aura résolu les problèmes d’équilibre financier des régimes de protection sociale dont celui des retraites sans avoir à reculer encore l’âge de la retraite.

HC : Sur Pôle emploi, qui deviendrait justement peut-être pour mobiliser plus les chômeurs, pour les inciter à trouver un travail, les aider en tous les cas, Pôle emploi deviendrait « France travail », c’est juste une question sémantique ?

YV : Vous savez depuis le début des années quatre-vingt, ça a commencé avec les PTT qu’on a transformés en France Télécom. Tout ce qu’on appelle « France quelque chose », en général, jusqu’à France compétences il n’y a pas si longtemps en matière de formation professionnelle, n’a pas été bénéficiaire à ceux qui en sont les destinataires. C’est souvent la déréglementation. On fusionne des partenariats public-privé, on privatise, on déréglemente et à l’arrivée ça ne bénéficie pas à ceux qui sont assujettis, soit les consommateurs ou les usagers. Je suis très méfiant de ce que cela recouvre. Et encore une fois, vous venez de dire le mot lui-même : il faut « inciter » les salariés à reprendre du travail quand ils ont perdu leur emploi. Mais la très grande majorité des salariés qui sont au chômage, la seule chose qu’ils cherchent, c’est à trouver un emploi, et un emploi de qualité, à temps plein. Pourquoi on a les catégories B et C ? Ce sont des demandeurs d’emploi qui ont une activité réduite et qui sont à la recherche d’un emploi. Il faut arrêter de stigmatiser les demandeurs d’emploi !

HC : Un mot rapide parce qu’il y a beaucoup de débats autour de ça, il ne veut pas de RSA jeune enfin ça ce n’est pas nouveau dans sa dialectique. Emmanuel Macron veut un RSA qui impose 15h de travail aux allocataires. Est-ce que là aussi, il est toujours dans sa logique de dire : il faut reprendre une activité ?

YV : Encore une fois, il y a de plus en plus de confusion entre activité, formation, emploi… et on voit bien d’ailleurs que les dispositifs, aujourd’hui, qui fonctionnent, ce sont des dispositifs financés par les finances publiques en matière d’alternance, d’apprentissage, d’aide à l’embauche des jeunes… Alors tant mieux évidemment pour celles et ceux qui bénéficient d’une formation ou d’une embauche aidée par l’état plutôt que de se retrouver sur le carreau. Mais il faut faire très attention à ce qu’on ne génère pas de sous-emploi permanent au bénéfice des entreprises qui n’en demandent pas tant d’ailleurs !

Yves Veyrier Secrétaire général de Force Ouvrière

Secrétaire général de Force Ouvrière

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