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Accès à l’autonomie

, FO Jeunes

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Tout travail mérite un salaire. Et le salaire ne doit pas tenir compte de la seule valeur du travail, mais aussi de l’économie dans laquelle il s’intègre, autrement dit le pouvoir d’achat qui permet l’autonomie individuelle. Pour garantir un minimum de pouvoir d’achat, au-delà du salaire minimum indexé sur la croissance, les interlocuteurs sociaux ont construit tout au long du XXe siècle un ensemble de garanties solidaires et collectives, pour la protection sociale, la formation, les retraites et l’accès au logement.

"Frein périphérique"

Parce que les difficultés à se loger empêchent l’accès aux études, à la formation et à l’emploi, la politique du logement est intimement liée à celle de l’emploi.

Les difficultés de logement commencent avec les études. Source d’exode rural et de concentration urbaine, les études dans l’enseignement supérieur débutent par la recherche d’un logement dans des villes au marché souvent saturé par la demande étudiante. De l’autre côté, la formation professionnelle, comme l’apprentissage, oblige les jeunes étudiants à cumuler plusieurs logements, éparpillés entre employeur, centre de formation et foyer parental, parfois dans des zones rurales, qui bien que n’atteignant pas les délirants sommets du m² urbain, se caractérisent par une offre de logement quasiment exclusivement privée et une absence de transports en commun.

Une fois les garanties et cautions fournies pour être autorisé à signer un bail, il ne reste plus qu’à verser une part démente de son salaire en loyer. C’est ainsi que comme nous l’affirmions en début de document, le taux d’effort pour le logement, c’est-à-dire la part que représente le loyer sur le salaire, est deux fois plus important pour les jeunes que pour l’ensemble des autres classes d’âge, le phénomène étant exacerbé en zone urbaine « tendue », comme Paris, où 42% des jeunes dépensent plus du tiers de leur salaire en loyer (déduction faite des aides) [1]. Précisons que ce taux d’effort ne s’explique pas seulement par le niveau de salaire plus faible en début de carrière professionnelle puisque les jeunes habitent des surfaces plus petites (moins de couple et de ménages avec enfants).

Mais avant de nous précipiter sur le sujet du logement, sur lequel nous avons maintes choses à dire et revendications à porter, interrogeons-nous sur l’autonomie. Elle ne consiste pas seulement en l’indépendance financière vis-à-vis des parents (« alors seulement tu seras un adulte mon enfant »), mais de la capacité générale à être seul maître de ses décisions et de sa situation. Là où il y a trop de contraintes il n’y a pas d’espace pour l’autonomie.

Bref, "l’autonomie, c’est la liberté"

Cette capacité de choix, cette autonomie, comment mieux l’évaluer qu’avec la part de revenu disponible après déduction des frais vitaux ? N’est-ce pas cette part qui permet l’accès à la culture, aux loisirs et surtout construit un potentiel futur ?

Lorsque cette « marge à vivre » est nulle, on survit. On n’a pas le choix, le moindre dérèglement nous met à la rue. Impossible de reprendre ses études, difficile de chercher un autre emploi après une journée de labeur, difficile de se construire une vie. Et sans choix, point de liberté.

On n’a pas connu la guerre, les grosses machines des temps modernes ont été pour beaucoup remplacées par des commandes numériques et des claviers-écrans-souris, on a une sécurité sociale, on peut accéder aux études, mais le rapport de subordination existe encore, toujours aussi fort. D’autant plus fort « qu’il y a 10 chômeurs pour vous remplacer si vous n’êtes pas content ». Dans le monde de l’offre et de la demande appliquées aux humains, le rare fait respecter ses droits, le commun a déjà de la chance qu’on lui fasse la charité.

Pour garantir liberté et égalité, les droits doivent être accompagnés des moyens de leur mise en œuvre. Économiser sur les droits, c’est tendre vers l’économie des droits.

Progresserons-nous sur l’égalité entre les hommes et les femmes en demandant toujours plus de disponibilité aux travailleurs, en demandant de choisir entre carrière et vie familiale ? La répartition des tâches ne regarde personne d’autre que le couple concerné, mais qu’en est-il quand l’emploi impose un choix ? Quand l’épanouissement professionnel ne peut concerner qu’un seul membre du couple ? Le travail ne renforce-t-il pas alors les inégalités, ancrées dans notre culture ?

L’élévation du « coût du travail », aujourd’hui trop considérée comme un frein à l’économie et un extrême à éviter, ne constitue-t-elle pas plutôt un objectif à rechercher, entendue comme un nouveau pas vers le droit et l’égalité, éloignant notre société du spectre du travail forcé ?

Alors construire l’autonomie, c’est libérer les individus de toute contrainte et leur donner des perspectives. L’idée d’une vie qui progresse. C’est leur garantir un niveau de vie minimum et les moyens de l’améliorer. C’est donner le choix, que l’on soit homme ou femme, du lieu dans lequel on vit, d’un métier qui nous plaît –et dont on puisse changer–, le choix de sa façon de vivre.

Notes

[1Insee. (2006). Enquête nationale logement.

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