Rétrospective - FO Hebdo

L’année sociale en France et dans le monde du 4 octobre au 23 novembre 2016

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4 octobre

Alstom Belfort : la mobilisation a payé

Le groupe ferroviaire Alstom et l’État (actionnaire à 20 %) annoncent des investissements et des commandes pour sauver l’usine de Belfort. Le 7 septembre, Alstom avait annoncé la fermeture du site en 2018. Ce projet menaçait 400 des 480 emplois de l’usine de Belfort et plus de 1000 dans la sous-traitance. « Pour que ce projet soit abandonné, il a fallu la mobilisation massive et immédiate des salariés pour réveiller les pouvoirs publics en sursaut et les contraindre à réagir ! », commentait le syndicat FO d’Alstom.


8 novembre

Succès de la grève nationale dans la fonction publique hospitalière

Les personnels hospitaliers ont répondu en masse à l’appel à la grève nationale et à des manifestations, lancé par FO, CGT et SUD. Cette mobilisation visait à dénoncer la loi Santé et ses Groupements hospitaliers de territoire, et les plans d’économies entraînant suppressions de postes, fermetures de services et de lits. Avec une dégradation inégalée des conditions de travail et des conditions d’accueil des patients et la précarisation des emplois, le malaise n’a jamais été aussi fort à l’hôpital.


9 novembre

Dans l’Eure, les syndicats refusent leur expulsion

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© DR

Huit organisations syndicales de l’Eure, dont FO, sont menacées d’expulsion
des locaux de la Bourse du travail et laissés sans solution de relogement.
Le 9 novembre, en présence du secrétaire général de la confédération, ce sont près de 2 000 salariés qui manifestent à Évreux pour défendre la liberté de l’activité syndicale, fondamentale en démocratie. Jean-Claude Mailly y appelle « la mairie et le conseil départemental à retomber sur terre et à sortir de l’antisyndicalisme primaire ».


10 novembre

L’OIT interpelle le gouvernement chinois

Le comité de la liberté syndicale de l’OIT, saisi par la CSI, interpelle le gouvernement chinois au sujet de la condamnation de plusieurs militants pour « trouble à l’ordre social », alors que leur activité consiste à dispenser aux travailleurs des conseils, des formations juridiques et une assistance en matière de négociation lors de conflits et de grèves. Les militants ayant été condamnés avec sursis, l’OIT demande au gouvernement chinois de « veiller à ce qu’ils puissent continuer sans entrave à fournir des conseils aux ouvriers ».


15 novembre

Grève nationale des agents des finances publiques

Alors que leur secteur est impacté chaque année par les suppressions d’emplois (36 000 perdus depuis 2002) servies par des restructurations sous contraintes budgétaires, les agents des finances publiques (DGFIP) font grève à l’appel de trois syndicats dont FO. Ce mouvement national assorti de rassemblements est suivi par plus d’un tiers des personnels. Désormais les agents peinent à assurer « les missions d’accueil, la gestion des dossiers, tels ceux relevant de la lutte contre la fraude fiscale », indique FO.


16 novembre

Faillite de l’autocariste Megabus

La libéralisation du transport longue distance par autocar, mise en œuvre par la loi Macron, fait une nouvelle victime avec la faillite et la cessation d’activité de l’autocariste Megabus, qui employait plus de 170 salariés. Aucune compagnie n’a réussi, à ce jour, à trouver un modèle économique viable et les promesses de désenclavement des territoires font long feu devant l’absence de rentabilité des dessertes. Sur les 22 000 emplois promis, hors fermeture de certains opérateurs, seuls 1 350 postes ont été créés...


Décembre

Turquie : la répression doit cesser

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© Ivor PRICKETT / PANOS-REA

Huit organisations syndicales françaises dont FO envoient une déclaration commune au ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, ainsi qu’un courrier de protestation à l’ambassadeur de Turquie en France. Les syndicats dénoncent notamment le musellement de l’opposition en cours en Turquie, ainsi que les purges et les licenciements massifs qui concernent déjà plus de 110 000 personnes. « L’État de droit est en train de disparaître au profit de l’instauration de ce qu’il faut appeler par son nom, une dictature. »

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En complément

Éphéméride

23 février 1903

Mort de Jean-Baptiste Clément
Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°379 le 23 avril 1953. L’une des plus belles figures de la classe ouvrière, Jean-Baptiste Clément vit aujourd’hui dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu et de tous ceux qui ont appris à admirer son sublime désintéressement, son héroïsme (...)

Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°379 le 23 avril 1953.

L’une des plus belles figures de la classe ouvrière, Jean-Baptiste Clément vit aujourd’hui dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu et de tous ceux qui ont appris à admirer son sublime désintéressement, son héroïsme indomptable, et à aimer sa poésie tour à tour tendre, âpre et exaspérée. Il est devenu célèbre par sa romance Le temps des cerises, écrit, il y a près de quatre-vingt dix ans, qui n’a pas encore perdu ni son charme mélancolique, ni sa signification humaine.

J.-B. Clément ne pouvait relire ou entendre sans émotion et sans larmes ses propres vers :

« J’aimerai toujours le temps des cerise - C’est de ce temps-là que je garde au cœur Une plaie ouverte... »

Il a, en effet condensé dans ces lignes toute la misère de sa jeunesse, la souffrance de ses années de luttes, son chagrin et ses déceptions. Et par ce qu’il a conservé le douloureux. souvenir au fond de son coeur viril, et sentimental à la fois, qu’il est devenu un combattant intrépide du prolétariat, un exemple émouvant de noblesse d’âme et de générosité.

J.-B. Clément était né pour la lutte sociale ; sa détresse et les injustices qu’il a endurées, avaient mûri et formé sa conscience révolutionnaire. Sa vie, très mouvementée, fut entièrement mise au service de l’idéal de la classe ouvrière, comme sa poésie bouillonnante, nerveuse qui se confondait avec la révolte intérieure et l’espoir des hommes humiliés et opprimés.

On ne peut évoquer cette existence ardente et tumultueuse, qui se passionna jusqu’à sa mort pour la cause socialiste, et sa poésie qui vibrait et s’exaltait pour un meilleur avenir de tous ceux qui souffraient et qui voulaient être heureux parce qu’ils aimaient la vie.

Jean-Baptiste Clément, avant d’être le poète-chansonnier célèbre du prolétariat, a fait toutes sortes de métiers : tourneur en cuivre, employé chez un architecte, chez un négociant en vin, puis manœuvre à la construction du viaduc de Nogent. A vingt et un ans, il s’insurge contre la tyrannie et l’exploitation patronales ; compose des poèmes avec une spontanéité naturelle et prend conscience de sa véritable vocation. En même temps, sa soif de culture s’éveille, que des lectures médiocres ne peuvent plus satisfaire. Il se rend compte de son ignorance et Clément travaille le jour, étudie la nuit, éclairé par une lampe à huile. « Autodidacte, écrivait-il, je devais passer par trente-six métiers et bien plus de misères pour m’instruire ! » II lit les œuvres de Balzac, de Flaubert, de Musset et la poésie de l’infortuné Hégésippe Moreau et de Béranger. Mais, c’est les vers enflammés de Pierre Dupont qui exercent sur lui une profonde attraction. A cette époque, il écrit des couplets nostalgiques et délicieux que seuls ses amis intimes connaissent, et il vit à la Butte Montmartre, dans une misère lamentable. Puis, vient le jour heureux... lorsqu’il a vendu à l’éditeur sa première chanson pour cent sous. II n’a jamais oublié l’étrange émotion qu’il avait ressentie alors. Encouragé par ce début de succès, il composa les Chansons du morceau de pain, jugées par lui « sans importance », mais qui révèlent un authentique poéte chansonnier du peuple. Dans les couplets rythmiques, tantôt satiriques, tantôt révolutionnaires : La chanson du Fou, Folie de Mai, Fournaise, Les Souris, L’Empereur se dégomme, Paysan, Quatre-Vingt-Neuf, il évoque la misère noire, le régime haï et détesté de Napoléon III, le souvenir frémissant de 89, la colère et l’inquiétude du peuple, que la censure impériale avait interdit et pour lesquels il fut emprisonné à Sainte-Pélagie.

Lorsqu’en 1867, la chanson du Temps des .Cerises, sur la musique de Renard, fut éditée à Bruxelles, le nom de Clément devint rapidement populaire en France. Et c’est dans une nouvelle édition de 1885 que Clément l’a dédiée : « à Louise Michel, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871. » Dans le mouvement d’émancipation de la Commune, J.-B. Clément prend une part active et se bat courageusement sur les barricades. C’est dans sa cachette quai de Bercy qu’il écrivit, pendant les jours tragiques de la répression, les strophes déchirantes de La semaine sanglante : « Paris suinte la misère - Les heureux mêmes sont tremblants - La mode est aux conseils de guerre - Et les pavés sont tous sanglants... »

Après la défaite de la Commune, il est contraint de s’exiler en Angleterre, où il végète, en donnant des leçons de français. En pensant aux trente-cinq mille communards massacrés, à ses amis fusillés et déportés à la Nouvelle-Calédonie, Clément met « la chanson au service, de la cause des vaincus et veut peindre dans un style simple et direct, les souffrances et les revendications des ouvriers ». Les événements de 1871 m’ont convaincu -écrivait-il - qu’il fallait par les paroles et les chansons, forcer le peuple à voir sa misère, à hâter ainsi l’heure de la solution du grand problème social. C’était, le but immédiat de ses chansons et de sa poésie. Et c’est ainsi qu’est né de l’inspiration socialiste : Les Traîne-Misére, à Mon Marteau, Le Diable. A son retour en France il compose Les Gueux, aux Loups, Jean Rat, Liberté-Egalité, poèmes émouvants par la sincérité de l’émotion et de l’accent, par la force de l’expression et par la sensibilité humanitaire. Dans ses chansons sociales : Le Trimardeur, La Grève, Crève-Coeur, Chômage, En avant paysan, Le Premier mai, il apparaît de plus en plus le poète engagé, en lutte contre la résignation, l’ignorance et la pauvreté, en exhortant les travailleurs aux combats pour une société régénérée. J.-B. Clément était redouté aussi comme pamphlétaire sous le règne de Napoléon III. Il a écrit avec une verve mordante, le Casse-Tête, le Pavé, Le club de la Redoute, La Lanterne Impériale, La Lanterne du Peuple, où il a fustigé avec une plume incisive et gouailleuse, les institutions réactionnaires de l’Empire libéral et eut le courage de dire en 1868 :
« Place à ceux qui ont l’amour de la liberté ! Il nous faut des hommes nouveaux et des idées nouvelles. » Les deux volumes de Questions sociales, contiennent la doctrine démocratique de cet admirable poète-militant qui dénonçait les maux organiques et les vices internes de la société bourgeoise, et annonçait avec ferveur, la société socialiste où « il n’y aura plus d’inégalités, où le travailleur ne sera plus esclave du capitalisme et l’homme ne sera plus exploité ». Cette conception élevée de la société future, lui a donné une raison de vivre et une raison d’espérance.