À lire - FO Hebdo

Au commencement était le… mot

, Corinne Kefes

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Bernard Pivot, homme de lettres, est avant tout un homme des mots. Et ce livre en est une nouvelle illustration : le mot y est au centre de tout, du sujet de la narration à la nature du personnage, substance du livre même car le mot est créateur de réalité.

C’est un livre à déguster. La relation entre nourriture et écrit n’est pas nouvelle : on a dévoré des livres bien avant que Bernard Pivot n’invente ce titre. Néanmoins, cela n’enlève rien à la vérité de cette fréquentation : pour les amoureux des mots, ces derniers ont une saveur, une consistance, quand on les prononce, quand on les écrit, quand on les écoute, quand on les comprend. Quand on aime les mots, on veut les avoir en nous.

C’est un livre sur le processus d’écriture et la façon dont les mots apparaissent, échappent, s’imposent à l’écrivain.

C’est un livre sur l’amour de la langue, sur le délice de découvrir des mots nouveaux, sur l’absence de solitude quand on a les mots pour compagnie.

C’est un livre destiné à être entendu car c’est un texte mis en scène.

C’est un livre plein d’humour et de malice, de culture et d’intelligence. Dire qu’il est bien écrit est un euphémisme ! Et comment en parler ? Peu de pages mais tellement de matière…

Coluche aurait pu dire que c’est le livre d’un écrivain qui raconte l’histoire d’un écrivain qui se raconte, faisant la rétrospective de sa vie et de son rapport aux mots avant de passer chez Pivot. Histoire ou mise en abîme ?

Au secours ! les mots m’ont mangé de Bernard Pivot. Editeur : Allary, 110 pages, 18,90€.