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Représentativité : FO Cheminots se renforce dans l’adversité

, Evelyne Salamero

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Travaux maintenance sur les voies. © Pierre GLEIZES/REA

Loi sur la représentativité de 2008, ostracisme de la direction, discriminations, éclatement de l’entreprise… Dans un contexte particulièrement hostile, les cheminots FO restent déterminés à développer l’organisation. Dans ce domaine non plus, ils ne lâchent rien. Et leur obstination paye déjà. Un signal de bon augure pour les élections professionnelles de 2018.

Comme dans les autres secteurs, la loi sur la représentativité de 2008 a imposé aux organisations syndicales de cheminots de recueillir 10% des voix pour être représentatives. Dans le cas contraire, elles perdent des moyens en termes de droit syndical et notamment la capacité de participer aux négociations avec la direction, ce qui, cercle vicieux, leur complique encore plus la tâche pour se développer et devenir un jour représentatives.

En 2014, FO Cheminots a obtenu 9,40% de représentativité nationale, son meilleur score depuis des décennies, mais qui ne lui a donc pas permis de devenir représentative, au sens de la loi de 2008.

FO représentative dans près de 50% des CE de SNCF Mobilités

De nouvelles élections ont dû avoir lieu en 2015, du fait du découpage de la SNCF en trois Epic, en application de la réforme ferroviaire de 2014. Malgré les complications supplémentaires dues à cette dislocation de l’entreprise, FO s’est globalement maintenue au niveau national (trois Epic confondus) avec 9,16% des voix. Elle a même vu augmenter, par rapport à 2014, le nombre de CE régionaux (Epic SNCF Mobilités) dans lesquels elle passe la barre des 10%.

De fait, FO est représentative dans 10 des 22 CE régionaux de l’Epic SNCF Mobilités, contre 8 sur 23 en 2014 du temps où la SNCF ne formait qu’un seul Epic. Cette progression se révèle d’autant plus significative que l’Epic SNCF Mobilités emploie environ 95 000 cheminots, soit les deux tiers des effectifs du groupe. Dans certaines régions, FO cheminots dépasse largement la barre des 10%, comme en Picardie (21, 27%) ou encore sur Paris Nord (28,30%).

« Ceux qui avaient prédit notre disparition en sont pour leurs frais »

FO a également remporté 13,56% des voix aux élections de l’unique CE de l’Epic de tête, qui chapeaute les deux autres Epic.

Avec des moyens bien inférieurs à ceux des autres fédérations, avec des directions qui ne nous transmettent pas les informations, nos camarades ont su aller chercher les voix une par une et nous avons frôlé cette barre des 10% si importante pour la vie de notre organisation, a commenté François Grasa, secrétaire général de FO Cheminots le 3 octobre, au congrès de la fédération.

Ceux qui avaient prédit notre disparition, et qui y travaillent encore, en sont pour leurs frais, a- t-il souligné.

Les délégués au congrès ont en effet condamné l’attitude de la SNCF qui, souvent avec la complicité des quatre organisations dites représentatives (CGT, CFDT, UNSA et SUD), va au-delà de la loi de 2008, en refusant de transmettre aux syndicalistes FO les informations auxquelles ils ont droit pour la défense des dossiers collectifs mais aussi individuels.

Ils ont mandaté la fédération pour reconquérir auprès des directions et des établissements ce droit à l’information par tous les moyens, y compris juridiques.

L’ostracisme de la direction à l’encontre des cheminots FO existe y compris là où FO est représentative. Pourquoi ?

Le témoignage de Philippe Paris, conducteur, secrétaire du syndicat du Gard, de la région SNCF Languedoc Roussillon, délégué au congrès, indique ce qui nourrit l’hostilité de la direction et d’autres organisations syndicales à l’égard de FO :

Alors que FO représente plus de 11% chez nous, elle a été la seule organisation syndicale à ne pas être conviée à une réunion destinée à mettre en place un groupe de travail sur la question des remplaçants. En réalité, ma direction locale n’a pas digéré le mouvement de grève que FO a lancé cet été pour justement revendiquer l’ouverture d’une négociation sur cette question, de façon à obtenir des roulements (planning prévisionnel des jours et nuits de travail et de repos) moins durs. Aujourd’hui des congés sont refusés par manque d’agents de conduite. Un collègue s’est entendu dire à son retour d’arrêt maladie : si tu veux travailler ici, oublie la réglementation ! . En plus, ma direction, saisie par la CFDT, m’a reproché d’avoir envoyé un mail via la messagerie professionnelle à tous les agents de conduite de la région leur indiquant le lien vers le site du gouvernement et l’ordonnance n°2 sur la réforme des IRP qui stipule explicitement qu’elle s’applique aussi aux Epic. Tous les syndicats utilisent cette messagerie. En réalité le problème est ailleurs : la direction et la CFDT passent leurs temps à dire aux cheminots que les ordonnances ne les concernent pas.

Visiblement plus motivés que découragés par ce contexte, les cheminots FO ont non seulement l’intention de se développer davantage là où ils sont déjà bien implantés et représentatifs, mais ils se montrent également déterminés à partir à la conquête des périmètres où ils le sont faiblement et où la barre des 10% n’est donc pas encore atteinte.

Lyon, Chambéry, Clermont : Unis, à la conquête des « déserts »

Thomas Thery , 29 ans, contrôleur, est responsable FO de la région de Lyon (Rhône, Loire et Drôme Ardèche). Sébastien Baguet, 39 ans, travaille à la maintenance du matériel, au Technicentre de Grenoble. Il est responsable FO de la région de Chambéry, (Isère, Savoie, Haute-Savoie, Ain). Avec leurs prédécesseurs respectifs à leurs mandats, aujourd’hui retraités, Yves Jeanin et Henri Rochas, ils ont entrepris d’unir les forces FO de trois périmètres d’intervention syndicale : les leurs et celui de la « région » Auvergne, dans lesquels FO n’a pas passé la barre des 10% lors des dernières élections professionnelles.

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De gauche à droite : Thomas Thery, Henri Rochas, Sébastien Baguet et Yves Jeanin, responsables FO des régions de Lyon et Chambéry, où FO n’a pas passé la barre des 10% aux dernières élections professionnelles. Ils ont décidé d’unir les forces FO de ces deux périmètres, sans oublier l’Auvergne, pour « essaimer », car « là où FO est implantée, elle progresse aux élections ».

Leur constat est simple : là où FO est implantée, elle progresse aux élections, il faut donc « essaimer ».

Nous sommes dans des déserts. Nous ne pouvons donc pas nous contenter de fonctionner chacun dans notre coin. Si le responsable de Lyon a un contact à Chambéry avec un adhérent potentiel, il le fait immédiatement savoir au responsable régional de Chambéry et vice versa. Nous ne pouvons plus être dans la logique de celui qui fait un adhérent le garde pour lui, explique Thomas.

Sébastien souligne : Notre objectif est d’essaimer nos forces, de nous implanter là où nous ne sommes pas encore. En travaillant en commun nous pouvons multiplier les tournées dans les établissements. Nous nous réunissons maintenant régulièrement. Et en échangeant entre nous, nous avançons beaucoup plus vite. Nous nous sommes par exemple rendu-compte que des adhérents de Chambéry travaillaient avant à Lyon, on les a fait venir avec nous dans une tournée sur Lyon et cela nous a ouvert des portes dans plusieurs établissements.

« Nous nous sommes organisés »

En fait, nous nous sommes organisés, c’est cela le plus important, explique Thomas. Nous étions dispersés, nous prenions des initiatives séparées. Maintenant, nous planifions ensemble nos tournées, avec des objectifs précis fixés ensemble. Nous regroupons aussi nos informations et nous les échangeons. Cela nous a permis de constater qu’il y avait des forces militantes disponibles qu’on ignorait.

Les deux jeunes militants, mais aussi les anciens, toujours sur le pont, Yves et Henri, se félicitent de l’aide que leur a apportée dans cette démarche un stage de formation syndicale confédéral et soulignent aussi le rôle de la fédération et des unions départementales : Nous ne sommes pas seuls, résume Thierry.

Résultat : des premières adhésions sont en cours de concrétisation. C’est un début. Nous restons humbles. Pour l’instant nous nous concentrons sur les Technicentres. Ensuite, nous attaquerons la vente voyageurs, explique Sébastien. Humbles mais déterminés.

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Evelyne Salamero

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