Concurrence déloyale

Forte mobilisation des taxis pour défendre leur profession face à Uber

, Clarisse Josselin

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Place Denfert-Rochereau à Paris, le 25 juin 2015. © F. Blanc / FO Hebdo

Tous les syndicats de taxis ont lancé un appel à la grève nationale illimitée à partir du 25 juin. Ils dénoncent la concurrence déloyale des applications mobiles illégales comme UberPOP, qui mettent en relation des passagers et des conducteurs non professionnels pour des courses à prix cassé. Ils exigent leur désactivation et l’application des lois en vigueur.

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© Frédéric Blanc - FO Hebdo

« Ça fait six mois que les applications du type UberPOP sont illégales, mais une loi ne sert à rien si elle n’est pas appliquée, dénonce Stéphane, militant FO et artisan-taxi depuis quatre ans. Sur le terrain, rien ne change, on n’a plus de boulot. »

Dans plusieurs villes de France, des rassemblements ont été mis en place pour bloquer des lieux stratégiques, notamment des gares et des aéroports, dans une ambiance parfois électrique. Dénonçant du travail dissimulé et la mort de l’emploi, les taxis exigent la désactivation des applications mobiles de transports entre particuliers et l’application de la loi.

Stéphane a rejoint dès l’aube un barrage d’une dizaine de voitures place Denfert-Rochereau à Paris. « Je travaille 70 heures par semaine pour gagner 500 euros à la fin du mois, lâche-t-il. Pour m’en sortir, j’ai été obligé de demander l’étalement de mes cotisations sociales. »

Les artisans s’endettent lourdement pour acheter leur licence, dont le prix tourne autour de 200 000 euros. À la retraite, ils espèrent la revendre pour améliorer leur pension qui tourne souvent autour de 700 euros par mois.

D’autres chauffeurs sans licence louent un véhicule entre 900 et 1300 euros par semaine. « Je démarre ma journée avec moins 110 euros au compteur, sans compter le coût du carburant, explique un collègue. Pour rembourser, je suis obligé de travailler sept jours sur sept. »

Tous ces grévistes ne décollèrent pas contre la société américaine Uber, qui revendique 400 000 utilisateurs en France de son application mobile UberPOP. Ses chauffeurs sont des particuliers qui utilisent leur voiture personnelle et ne paient ni cotisations sociales, ni impôts. Ils n’ont pas suivi les 250 heures de formation nécessaires pour obtenir un agrément et ne sont pas assurés professionnellement. Et ils pratiquent des prix cassés.

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Stéphane, militant FO et artisan-taxi. © Frédéric Blanc - FO Hebdo

Uberpop interdit à Paris, mais pas désactivé

« Pour eux, c’est un complément de salaire, mais nous, c’est notre revenu, et on va vers la précarisation générale », souligne Stéphane, en constatant que les véhicules Mercedes se font de plus en plus rares dans les rangs des taxis.

« La grandeur du pays, c’est son système social, tout le monde y participe, ajoute Sami, taxi depuis 9 ans. Le manque à gagner est collectif. Entre les frais de mutation et de stationnement, l’État touche 4,5 millions d’euros grâce aux taxis, et il faut rajouter les cotisations sociales. »

En application de la loi Thévenoud d’octobre 2014 sur les véhicules de tourisme avec chauffeurs (VTC), proposer une prestation de transport à titre onéreux sans être enregistré comme taxi ou VTC est illégal depuis le 1er janvier 2015. Les chauffeurs encourent jusqu’à un an de prison, 15 000 euros d’amende, la suspension du permis et la confiscation du véhicule.

Plusieurs centaines de procédures judiciaires ont été lancées depuis janvier contre des chauffeurs utilisant ce genre de services.

Quant au groupe Uber, il a été condamné à 100.000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris fin 2014. La société a fait appel. Elle a aussi contesté la constitutionnalité de la loi. Poursuivant son développement, elle a annoncé le 8 juin l’élargissant de son service à Marseille, Nantes et Strasbourg.

Plusieurs préfets (Gironde, Bas-Rhin, Nord, Bouches-du-Rhône, Loire-Atlantique, Rhône) ont récemment interdit ces applications pour « concurrence déloyale ». À Paris, l’arrêté d’interdiction a été pris le 25 juin, à la demande du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. Mais les syndicats revendiquent une désactivation.

Le ministre a également, selon l’AFP, saisi le 25 juin le procureur de la République de Paris contre le service UberPOP, dénonçant un « délit d’organisation d’activités illicites de transports de personnes », passible de deux ans de prison et de 300 000 euros d’amende.

Matignon avait proposé à l’intersyndicale de la recevoir dans l’après-midi. Mais en l’absence du Premier ministre, en déplacement en Colombie, les syndicats de salariés ont refusé de s’y rendre.

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