Interview - FO Hebdo

Indonésie : le salaire minimum au cœur du combat syndical

, Marjorie Alexandre

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Bismo Sanyoto, responsable de la centrale indonésienne KSBSI, photographié aux côtés d’une militante. © DR

Bismo Sanyoto, responsable de la centrale syndicale indonésienne KSBSI, explique ici les raisons qui poussent des centaines de milliers d’Indonésiens à descendre régulièrement dans la rue depuis deux ans.

Pourquoi la question du salaire minimum est-elle si conflictuelle en Indonésie ?

Bismo Sanyoto : Depuis 1998, le salaire minimum résultait de la négociation tripartite. Son mode de calcul était négocié au niveau national et son montant au niveau de chaque province. Un décret présidentiel a remplacé ce système basé sur la négociation par un ajustement automatique des salaires minima en fonction de l’inflation et de la croissance. Chaque région ayant sa propre croissance économique et sa propre inflation, les entreprises relocalisent à tour de bras dans celles où l’on paye le moins.

Pouvez-vous nous donner des exemples de ces disparités ?

Bismo Sanyoto : À Jakarta, le salaire minimum a été fixé à 3 500 000 roupies [environ 250 euros par mois – NDLR]. À Java, il n’est que de 1 200 000 roupies [environ 80 euros – NDLR], c’est le plus bas du pays.

Que revendiquez-vous ?

Bismo Sanyoto : Nous exigeons la suppression du décret présidentiel. Nous ne demandons pas un salaire minimum mais un « living wage » [salaire décent – NDLR] : les salariés et leurs familles doivent pouvoir vivre décemment de leur salaire. Les syndicats ont appelé à manifester plusieurs fois, mais la répression est forte et vingt-six dirigeants syndicaux ont été interpellés. Nous envisageons de saisir les mécanismes de contrôle et de supervision des normes de l’Organisation internationale du travail, car en excluant les syndicats de la négociation collective le gouvernement contrevient à la convention 144 sur la consultation tripartite.

 

Propos recueillis par Marjorie Alexandre