L’éditorial du Secrétaire général - FO Hebdo

J.-C. Mailly : « Revendiquer, proposer, résister et nous développer »

, Jean-Claude Mailly

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Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Nombreux sont les commentaires, ici ou là, à la suite de la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine.

Longtemps donnée comme impossible, y compris dans son propre camp, elle est devenue réalité. Sans préjuger de la politique économique, sociale et diplomatique qui sera mise en œuvre, il n’en reste pas moins que ce résultat est ce que l’on pourrait appeler un résultat « anti-establishment » au sens large. Il agit comme un rejet, notamment dans ce qu’on appelle les classes moyennes, des politiques mises en place et de leurs conséquences en termes d’inégalités, de chômage, de dégradation des services publics ou de pouvoir d’achat.

C’est aussi un coup de semonce supplémentaire contre les modalités d’une mondialisation livrée aux marchés, dérégulée, où le court terme et l’appât du gain servent de boussole.

Les partisans de la pensée unique libérale qui vantent, par exemple, le faible taux de chômage aux États-Unis oublient consciemment que nombre de chômeurs ne s’inscrivent plus et qu’il y a des dizaines de millions d’Américains qui vivent sous le seuil de pauvreté !

C’est la même logique qui fut à l’œuvre au Royaume-Uni avec le Brexit. Nous verrons ce qu’il adviendra rapidement dans d’autres pays où des référendums ou élections sont programmés, tels que l’Italie, la France ou l’Allemagne.

Au risque de me répéter, les logiques d’austérité sont triplement suicidaires, socialement, économiquement et démocratiquement.

Et nous devons inlassablement, en restant à notre place, continuer à résister et à revendiquer plus de justice sociale, plus d’investissement public, des aides privées ciblées, une augmentation du pouvoir d’achat et une autre conception de l’Europe que celle, libérale et néoconservatrice, actuellement à l’œuvre. En la matière, les organisations syndicales européennes, dans le cadre de la Confédération européenne des syndicats, se sont récemment clairement exprimées.

Si les gouvernements européens ne réagissent pas et poursuivent leur logique restrictive, inégalitaire et austéritaire, c’est l’Europe qui implosera face notamment à la Russie, à la Chine et aux États-Unis, qui retrouvent leur allié anglais.

Comme le disait Gramsci : Le Vieux Monde se meurt, le Nouveau Monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent des monstres.

En tant que syndicat libre et indépendant qui, selon nos statuts, ne saurait être indifférent à la forme de l’État parce que le syndicalisme ne pourrait exister en dehors d’un régime démocratique, il nous appartient de dire les choses, de revendiquer, de proposer, de résister, de nous développer.

Militer c’est être optimiste parce que l’on peut, parce que l’on doit changer les choses. 

A propos de cet article

Sur l’auteur

Jean-Claude Mailly

Secrétaire général de FO


Marche générale de l’Organisation - Expression publique - Relations avec les Fédérations Nationales et les Unions Départementales - CSI/CES


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Site internet : https://twitter.com/jcmailly

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    Jean-Claude Mailly sera l’invité de Laurent Neumann sur BFM TV.

Éphéméride

22 octobre 1925

Mort d’Alphonse Merrheim
Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°87, daté du 28 août 1947. La classe ouvrière a donné des hommes qui se sont distingués par leur intelligence, leur intrépidité et leur volonté. Ces pionniers ont modifié la condition de vie des travailleurs par l’organisation de leurs forces (...)

Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°87, daté du 28 août 1947. 

La classe ouvrière a donné des hommes qui se sont distingués par leur intelligence, leur intrépidité et leur volonté. Ces pionniers ont modifié la condition de vie des travailleurs par l’organisation de leurs forces dispersées et en leur donnant une éducation syndicale et culturelle, Alphonse Merrhein, qui incarnait leurs aspirations, fut un de leurs guides. 

Sa vie et son activité sont inséparables de la destinée du prolétariat. Par ses qualités personnelles, Merrhein a apporté une importante contribution au développement du mouvement syndicaliste et dans l’histoire son nom est évoqué avec respect et gratitude. 

Il débuta très jeune dans la vie militante. Chaudronnier de son métier, à vingt ans il crée le syndicat de cette corporation et devient secrétaire de la Bourse du Travail à Roubaix. Très vite il se distingua par sa conscience syndicale, son ardeur et son esprit d’organisateur. Pendant quatorze ans, il se consacra au syndicalisme régional. Grâce à lui le mouvement syndicaliste du Nord fut plus fort et plus agissant.

Sa première œuvre, résultat des ses efforts, fut la fusion de la Fédération du cuivre avec celle de la Métallurgie qui constitue, en effet, une des plus belles activités de sa vie.

En 1904, devenu secrétaire de la Fédération des Métaux, Merrhein, pour servir les intérêts de la classe ouvrière, les éclairer et les guider dans leurs luttes revendicatives, publie en 1908 un essai critique sur la Métallurgie et l’organisation patronale : « Agir, dit-il, c’est vivre. Vivre, c’est lutter. Pour lutter il faut étudier et connaître les forces de l’adversaire. Cela est vrai surtout pour l’ouvrier s’il veut maintenir et augmenter son salaire, diminuer ses heures de travail. »

Ces quelques lignes démontrent à quel point Merrhein se souciait du sort des travailleurs. Il voulait rendre meilleure leur vie par des conditions matérielles plus justes et plus élevées qui leur permettraient de vivre plus dignement. 

Merrhein était aussi un pacifiste. En 1911, prévoyant le conflit mondial, il préconisa les rapports de plus en plus étroits entre les sections syndicales internationales en pensant que l’unité des travailleurs pouvait empêcher la conflagration universelle. Et lorsque la guerre éclata son humanisme pacifique ne se démentit pas. Il condamna vigoureusement la guerre avec la sincérité qui le caractérisait. Son premier soin fut de sauvegarder l’indépendance de la CGT, mais la crise apparut dans le mouvement syndicaliste, il eut cependant le courage de défendre ses opinions, ses convictions et de prendre sa responsabilité. 

En dépit des critiques véhémentes, il manifesta son opposition contre la guerre. Il écouta son cœur et sa raison et, sans égard pour lui, il mena, durant toute la guerre, une lutte acharnée pour la paix. 

Certes, la crise du syndicalisme l’avait profondément affecté, mais il ne modifia pas ses principes et ne renonça pas à son pacifisme. 

En 1917, au cours de la conférence de Clermont-Ferrand, il renouvela le principe de l’unité d’action. Et c’est au moment où la crise divise le mouvement syndicaliste que Merrhein pense de plus en plus à la reconstitution de l’unité ouvrière, dernier espoir pour la paix pour laquelle il a mené une activité enthousiaste. Bien que ses efforts pacifiques étaient jugés illusoires, il resta persuadé de l’utilité de son œuvre.

C’est au lendemain de la guerre que la classe ouvrière retrouve son unité temporaire, mais quelques années plus tard, les divergences d’idées et de méthode aboutirent à la scission du mouvement syndicaliste. Ce fut la dernière étape de sa vie militante. Malgré ces douloureux événements, il resta attaché indéfectiblement à sa foi syndicaliste. 

C’est de la révolution économique qui devait transformer le milieu social qu’il espérait le bien-être pour les travailleurs. 

Merrhein a donné quarante années de sa vie au syndicalisme français. Son mérite c’est d’avoir organisé des ouvriers sur des bases syndicales, enrayé la première crise en 1909 et lutté courageusement pour la paix, d’avoir travaillé pour une meilleure condition matérielle et sociale du prolétariat. 

Voilà la signification d’Alphonse Merrhein dans l’histoire du mouvement ouvrier. 

C’est pour servir la collectivité qu’il se perfectionna constamment et pour enrichir son savoir. 

Sensible, honnête et énergique, il est un magnifique exemple de persévérance et de foi syndicaliste.