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La jeunesse a bon dos !

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On ne peut pas tout dire. On ne peut pas dire tout et son contraire. On ne peut pas utiliser un mot pour un autre. On peut jouer avec mais pas sur les mots. Car ce qui est vrai pour les mots l’est pour les idées. A trop manier l’hypocrisie et la langue de bois, les responsables politiques perdent les électeurs qui, désorientés, sont tentés par le populisme d’extrême droite et ses simplismes qui brillent comme un phare.

Et il n’y a rien de plus méprisable aujourd’hui que « l’élément de langage », cet artifice de communication qui dans sa version bas de gamme actuelle nous donne l’impression d’être pris pour de sombres crétins. C’est la rigueur plutôt que l’austérité, c’est le « si si, on va faire vachement mieux avec vachement moins », c’est la retraite plus tard parce qu’on vit plus vieux, ce sont les créateurs d’emploi d’un côté et les charges sociales de l’autre ou c’est le coût du travail parce qu’il existe des pays où les gosses bossent pour 1$. C’est vrai que l’élément de langage n’engage que celui qui l’avale comme dirait l’autre.

La jeunesse est un sacré élément de langage aujourd’hui. C’est bien simple, ce mot c’est comme le coup de baguette « cendrillon », la moindre idée-souillon devient une princesse : on reporte l’âge pour sauvegarder notre système de retraite pour les jeunes, on fait de l’austérité parce qu’il ne faut pas léguer de la dette aux jeunes, on facilite le licenciement des vieux pour faciliter l’embauche des jeunes. La jeunesse a bon dos, mais attention au tic-tac de minuit.

Que l’on se comprenne bien ! La jeunesse – en tout cas celle de Force Ouvrière – ne veut pas qu’on lui facilite l’entrée dans le monde du travail en le rendant tellement pourri que personne ne voudra plus y rentrer. Si d’autres organisations veulent participer à ce démantèlement, qu’elles en assument la responsabilité.

Le président a – entre autre – été élu sur son engagement à améliorer la situation des jeunes. Seulement incapable de trouver une solution, son gouvernement qui se rêvait le héros d’une génération se retrouve désormais, incapable de la « sauver », vexé et amer, à la fustiger, tentant de la rendre responsable de ses propres turpitudes.

Il en va ainsi des chômeurs en général, jeunes et moins jeunes. Et presque personne ne s’insurgera lorsqu’un ministre de l’économie déclarera « si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre », laissant entendre ni plus ni moins que les chômeurs sont des feignants, des profiteurs, et qu’ils n’ont finalement que ce qu’ils méritent.

Et le gouvernement et les politiques en général d’en remettre une couche avec ces « 400 000 emplois vacants », sous-entendant par là qu’il faut vraiment le vouloir pour ne pas travailler de nos jours. Nous ne discutons pas ce chiffre – discutable au demeurant –, mais la prééminence et la fréquence de cet argument dans le débat public. Ce rabâchage médiatique, qui sonne d’autant plus fort qu’aucune solution au chômage n’est par ailleurs évoquée, laisse croire que le problème est résolu, à la condition, bien sûr, que les chômeurs acceptent de se « bouger un peu ». Rappelons simplement qu’il y a aujourd’hui en France 4 000 000 de chômeurs, soit 10 fois plus, et qu’une correspondance parfaite entre les emplois et les qualifications, là où elles sont lorsqu’elles existent, est impossible . Rappelons aussi que les chômeurs ne sont pas tous de jeunes célibataires libres comme l’air, que beaucoup d’entre eux ont un conjoint(e) et des responsabilités familiales, ou d’autres types d’attaches, non moins valables.

Voyez-vous, minimiser ces « petites phrases » serait une grave erreur. Au-delà de ce qu’elles traduisent sur l’opinion – ou la non-opinion – majoritaire, elles relèvent, si ce n’est d’une stratégie, d’un mouvement général dans notre pays, qui par de petits pas, à l’usure, formate les esprits. Un mensonge, partagé par une majorité et répété à l’envie, qui finit par ressembler à une vérité.

C’est en cela que le débat politique français a perdu tout son sens moral. Comment s’imaginer que le chômage puisse être un choix ? Comment dans une société où il faut être « utile », où ne pas participer signifie profiter des autres, comment être cet « assisté » tellement honni plutôt qu’un travailleur convenablement rémunéré ? Et quand bien même il existerait de pareils cas, ils relèvent sans doute plus d’un abandon, d’un découragement, que d’un choix.

Quel que soient les raisons et la logique de telles déclarations, guidées par le cynisme, l’amertume, le mépris ou la stupidité, elles font de la défiance vis-à-vis du pouvoir politique – entendue comme une exigence absolue de respect des valeurs qui fondent notre République – un devoir.

Cette défiance, vécue et caricaturée comme l’irresponsabilité, l’infantilisme, l’inconséquence, le conservatisme, l’aveuglement, l’insouciance, l’entêtement, l’immobilisme, l’incompréhension, résumons, la bêtise d’une population qu’il faut – à en juger par leur façon de faire – gouverner pour elle malgré elle, n’est autre qu’une alerte. Un appel à changer une politique inefficace. Un appel à rompre avec l’austérité et à bâtir une croissance inclusive , car sans cet épithète, la croissance ne vaut rien.

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