Emploi et Salaires

Opéra de Toulon : les artistes combattent les fausses notes de la direction

, Valérie Forgeront

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Vue de l’opéra de Toulon. Photographie de Baptiste Rossi — Travail personnel, Domaine public.

Depuis le mois d’avril, la colère gronde dans la fosse d’orchestre et parmi les artistes du chœur de l’Opéra de Toulon. En cause, les conditions salariales, la crainte pour l’avenir des emplois et les conditions de travail. Après quatre grèves, ces artistes qui peinent à se faire entendre de leur direction annoncent une nouvelle action pour le 13 octobre et commencent à constituer des dossiers pour porter le litige salarial devant la juridiction des prud’hommes.

Las de la partition jouée par la direction de l’Opéra de Toulon, les salariés de l’orchestre (trente musiciens) ainsi que ceux du chœur (26 personnes) ont fait grève le 5 avril dernier à l’appel de trois syndicats dont le SGAAS-FO (le syndicat général FO des artistes et agents du spectacle du Var). En conséquence, la répétition générale du spectacle l’Enlèvement au Sérail de Mozart a été l’annulée.

Cette action massivement suivie (à 92% par les choristes et à 100% par les musiciens) constituait une première semonce à l’intention de la direction de l’Opéra, lequel est financé à 80% par la Communauté d’agglomération et à 20% par le Conseil départemental.

Les artistes contestent en effet le fait que leur convention collective ne soit pas respectée au plan salarial, ils s’inquiètent aussi des postes manquants, craignent pour l’avenir des emplois… la coupe est pleine explique Nathalie Marinolli, comptable dans le service administratif (25 personnes) de l’Opéra et secrétaire générale du syndicat SGAAS-FO.

Dangereux concert d’économies

Alors que le corps de ballet a été supprimé il y 3 ans et que les quelques danseurs restants ont été reclassés dans le service administratif, les musiciens et choristes sont inquiets pour leur avenir. Ils se sentent très mal traités indique-t-elle. Ainsi Au nom de mesures d’économies, le nombre des répétitions de l’orchestre se réduit si bien que les musiciens abordent les soirées de spectacles en étant très tendus, craignant de ne pas être au point.

Le remplacement de postes vacants fait aussi défaut. Le poste de l’ancien contrebassiste —qui plus est soliste— n’a toujours pas été pourvu depuis 2004. Pour l’anecdote, c’est l’ancien poste de l’actuel directeur adjoint de l’Opéra lequel était aussi délégué CGT. A ce problème il faut ajouter celui des salariés en longue maladie (trois choristes et un musicien) et non remplacés. La direction fait appel à des intermittents, moins rémunérés bien sûr !

A ces dysfonctionnements il faut ajouter encore les craintes des artistes du chœur. Ils ne font plus de prestations/spectacles en extérieur et craignent que cet ensemble soit supprimé à l’instar du ballet explique Nathalie Marinolli.

Une nouvelle grève le 13 octobre

Enfin point d’orgue du mécontentement des artistes, le dossier salarial. Musiciens et choristes contestent leurs salaires inférieurs de 15% à 20% aux minima conventionnels. Pour tenter de masquer cela et allant à l’encontre du texte de la Convention collective dont elle dit ne pas avoir la même interprétation que les syndicats, la direction a décidé d’intégrer la prime d’ancienneté spécifique à l’Opéra de Toulon dans le salaire de base des artistes. Par l’addition du salaire et de cette prime la direction entend prétendre que les rémunérations des artistes sont à niveau.

Après une première grève des artistes en avril, la direction de l’Opéra a choisi de ne pas entendre musiciens et choristes. Au mois de mai, enfin, elle s’est décidée à recevoir les syndicats. Cette rencontre n’a toutefois débouché sur aucune solution regrette Nathalie Marinolli.

Les trois syndicats dont FO ont alors décidé d’appeler à un nouveau mouvement de grève. Trois soirées de spectacle de l’opéra Roméo et Juliette de Gounot ont ainsi été annulées les 4, 6 et 9 juin. Cette grève a été encore massivement suivie par les salariés de l’Opéra.

Les artistes iront donc devant les prud’hommes…

L’annulation de trois jours de spectacle représente une perte financière de 110 000 euros environ relève Nathalie Marinolli notant que la direction semble préférer toutefois perdre ces recettes plutôt que de régler la question des salaires, cela alors que les artistes accepteraient même qu’il n’y ait pas de rétroactivité d’une mesure de règlement.

Les syndicats ont écrit au Président de l’agglomération et maire de Toulon, M. Hubert Falco… Ils n’ont pas reçu de réponse.

Alors que la saison lyrique se termine, les artistes ont suspendu leur mouvement. Ils annoncent une prochaine grève le vendredi 13 octobre. La représentation de l’opérette Mam’zelle Nitouche pourrait donc être menacée.

Cette action ne sera pas la seule. Les artistes-salariés de l’Opéra de Toulon se tournent en effet vers la juridiction prud’homale. Nous constituons actuellement les dossiers indique Nathalie Marinolli précisant qu’elle s’occupe d’ores et déjà des dossiers d’une dizaine d’artistes qui comptent bien porter l’affaire salariale devant les prud’hommes.

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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