La Rochelle (Charente-Maritime)

FO Métaux : la loi Travail s’invite au congrès

, Valérie Forgeront

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Ouvert ce 25 mai à La Rochelle (Charente-Maritime) et placé sous la présidence du secrétaire général de la Confédération FO, Jean-Claude Mailly, le XXIIe congrès de la fédération FO Métaux accueille jusqu’au 27 mai près de 900 délégués des différents secteurs professionnels représentés au sein de la fédération. Le projet de loi Travail est au cœur des débats.

Ce congrès au cours duquel une soixantaine de délégués FO doivent intervenir à la tribune se situe en une période particulièrement tendue socialement du fait du maintien par le gouvernement du projet de loi Travail ont d’ores et déjà souligné les militants. Quelques congressistes ont d’ailleurs participé ce jeudi matin, 26 mai, à la manifestation pour le retrait du projet de loi organisée dans le quartier de la Palice à la Rochelle.

Dès l’ouverture du congrès le 25 mai, les militants de la fédération FO n’ont pas manqué de fustigé ce projet de loi.

Pour Jean-Louis Dupain, secrétaire de l’Union syndicale FO de la métallurgie de Charente-Maritime, le texte de ce projet est « infecte et socialement régressif ». Comme partout sur le territoire, les salariés du département sont mobilisés contre ce projet depuis plus de deux mois. « A chaque mobilisation, il y a un petit recul au niveau du texte » se réjouit Jean-Louis Dupain pour qui « il est hors de question de se retrouver bientôt, par une telle loi, au temps des serfs ».

L’entêtement du gouvernement

Pour le secrétaire de l’Union départementale FO, accueillant les congressistes, la symbolique de la présentation du projet de loi est forte…. « 80 ans quasiment jour pour jour après les grèves sociales de mai/juin 1936 ».

Au cours de son intervention dressant le bilan des activités de la fédération depuis le précédent congrès en 2012- notamment le gain de plus de 4 000 adhérents- Le secrétaire général de la Fédération, Frédéric Homez a lui-même largement évoqué la mobilisation de l’ensemble des salariés et particulièrement des militants FO contre le projet de loi Travail.

« Le Code du travail doit rester l’outil de défense des salariés » a t-il insisté se disant choqué par certaines attitudes. « Les arrangements au niveau de l’Etat (entre le gouvernement et la CFDT, Ndlr) pour casser l’ADN de Force Ouvrière me révoltent ! »

Haro sur les règles communes aux salariés

Pour le secrétaire général de FO Métaux le projet présente à l’évidence « une menace d’une inversion de la hiérarchie des normes en matière de négociations et d’accords ». Le projet donne ainsi la faveur aux accords d’entreprises et non plus aux accords de branches et interprofessionnels.

« Le problème ne se situe pas dans une position consistant à être contre les accords d’entreprises. Le problème est l’on assisterait par une telle loi à une généralisation des dérogations et que cela favoriserait la tentation de dumping social » à travers la course à la concurrence qui s’organise entre les entreprises.

Jusqu’à présent rappelle de son côté Jean-Claude Mailly « plus de 90% des salariés français sont couverts par une convention collective ou un statut public. La France est le 1er pays au monde pour le taux de couverture des salariés ». Si elle était activée, la loi Travail mettrait cela en péril. Or, souligne le secrétaire général de la Confédération FO, « l’égalité de droits entre travailleurs passe par les accords interprofessionnels et les accords de branches, c’est-à-dire des règles communes à tous ».

FO à l’origine de l’appel à la manifestation du 14 juin

En acceptant un renversement de cette hiérarchie des normes à la faveur des accords d’entreprises (article 2 du projet), « c’est accepter l’idée d’un probable dumping social », cela par le jeu de la concurrence commerciale entre les entreprises. Et cette inversion de hiérarchie des normes qui concerne le temps de travail « n’est qu’une première étape » s’irrite le secrétaire général.

« Cela fait un an que l’on dit au gouvernement que c’est inacceptable » insiste Jean-Claude Mailly fustigeant « la logique marketing et d’entreprise de la CFDT » et rappelant que « c’est FO qui est à l’origine de l’appel à la manifestation nationale du 14 juin prochain ». Par ailleurs « on ne fait pas grève par plaisir. Les salariés perdent de l’argent » rappelle-t-il.

Pour nombre de militants de FO Métaux -une des trois plus grandes fédérations de la Confédération FO a rappelé Jean-Claude Mailly- ce projet de loi travail traduit le poids de « l’économie face à l’humain ».

On est « dans une situation exceptionnelle et le gouvernement persiste à maintenir le projet de loi » lançait un militant du Maine-et-Loire, Christian Mérot appelant les salariés à organiser des assemblées générales. Pour lui « la mobilisation interprofessionnelle est une nécessité absolue pour mettre arrêt à la politique d’austérité ».

De son côté, un salarié d’Arcelor Mittal fustige « la dictature légale du 49.3 », évoquant l’absence de débat sur le projet lors de la première lecture du projet de loi à l’Assemblée. Pour Dany Devaux (secteur aéronautique) « les seuls défenseurs » des salariés et du code du Travail « ce sont les militants FO ». Quant à la CFDT, stigmatisée dans son attitude par de nombreux militants intervenant à la tribune, « elle négocie la grosseur de la corde avec laquelle on pourrait pendre le monde du travail ! »

Des reculs sociaux concrets

La hiérarchie des normes en matière d’accords est « protectrice et égalitaire pour les salariés. Cela doit rester incontournable » insiste une salariée du groupe Valéo, pestant contre le gouvernement qui veut « passer son projet en force malgré la mobilisation et l’opposition massive des salariés et de l’opinion publique ». Un salarié de l’usine SPA de Sochaux souligne la dureté du conflit actuel. « Sept journées de grèves, ça commence à être très lourd financièrement pour les salariés ». Un militant, retraité, s’indigne face à la possibilité qu’apporterait cette loi de « créer dans chaque entreprise une grille spécifique de salaires. » Un militant d’un site du groupe Volvo fait part de ses inquiétudes. « Pour nous, c’est la loi licenciement car il serait plus facile de licencier même quand tout va bien ! »

Certains militants comme ceux des chantiers navals STX de Saint-Nazaire ont cherché à chiffrer les dégâts que la loi travail induirait. A la tribune, Nathalie Durand-Prinborgne donne quelques exemples. Parmi eux, le cas d’Adrien. « Finie la majoration de 25% pour Adrien, charpentier-métaux, avec un taux horaire de 12euros/heure. Avec la loi Travail, Adrien perdrait 38 euros nets, soit 60% de moins sur ses majorations pour heures supplémentaires sur un mois ».

La militante liste d’autres menaces de reculs sociaux. Pour François, soudeur, qui travaille en quart sur le chantier, il n’y aurait plus de ½ heure de pause payée. Alors que son taux horaire est actuellement de 11 euros bruts avec la loi travail « un accord pourrait permettre facilement de supprimer la rémunération de cette ½ de pause. François perdrait 91 euros/mois ».

Pour Marie, technicienne en bureau d’études et percevant un salaire net de 1820 euros pour 35 heures de travail par semaine, la durée du travail limitée à 42 heures/semaine serait pour le moins menacée explique encore Nathalie Durand-Prinborgne.

Si ses heures supplémentaires lui rapportaient 84 euros nets de plus par mois sur sa paye, avec la loi Travail la direction pourrait lui imposer un forfait jour (218 jours/an) avec le même salaire. Difficile de refuser pour cette salariée car par cette loi, l’entreprise pourrait alors la licencier « pour motif personnel ».

Pour tenir ses objectifs de travail, Marie serait contrainte de travailler dix heures par jour, soit 50 heures/semaine. Bilan ? Au plan de son salaire, Marie aurait un manque à gagner de 264 euros nets/mois.

Comme de nombreux autres congressistes à la tribune, un militant se félicite de la prochaine action, la manifestation nationale organisée à Paris le 14 juin. « Il était temps que l’on organise une manifestation sur Paris. Alors allons-y ! » lance-t-il sous des applaudissements nourris.



Jean-Claude Mailly

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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