Portrait - FO Hebdo

Helmi Mamlouk (FO-CAPA-VTC) : « Nous sommes des salariés déguisés en faux patrons »

, Nadia Djabali

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Photographie : M. Lapprand (CC BY-NC 2.0)

Pour Helmi Mamlouk, l’uberisation ne concerne pas que les chauffeurs de voiture de tourisme avec chauffeur (VTC) mais toute la société. À 38 ans, ce chauffeur de VTC est devenu le tout premier secrétaire général du tout nouveau syndicat FO-CAPA-VTC.

Helmi Mamlouk a toujours beaucoup conduit. Pour financer ses études, il était chauffeur pour des enfants handicapés. Puis, devenu commercial, il a continué d’accumuler les kilomètres. En 2013, il entame une carrière de chauffeur de VTC et se rend peu à peu compte que les médias ne sollicitaient que très rarement les conducteurs, préférant s’adresser aux plateformes.

Pourtant, les chauffeurs de VTC se plaignent de plus en plus des horaires quasi illimités pour des rémunérations qui elles sont très limitées. Parmi leurs griefs : Uber décide des tarifs, de l’activation des chauffeurs, prélève 25% du montant de la course et ne verse aucune cotisation sociale.

Réseaux sociaux en première ligne

Les réseaux sociaux et notamment Facebook ont été un moyen de faire remonter toutes les difficultés de ces salariés déguisés en faux patrons, comme le compte VTC 75 (Officiel), qui est le plus ancien groupe au sein duquel les chauffeurs partagent leurs problèmes. Il fallait créer une organisation de défense des chauffeurs, se souvient Helmi Mamlouk. C’est chose faite en 2015, lorsque les statuts de l’association CAPA-VTC sont déposés en préfecture. Elle fait appel à un cabinet d’avocat pour l’assister.

Mais comment un chauffeur de VTC passe le pas du syndicalisme ? Ma mère était déléguée syndicale à FO Santé. À chaque fois que je lui parlais de mes problèmes, elle me disait : Défendez-vous. Il confie également s’être engagé dans sa jeunesse au sein d’une association envoyant des médicaments à l’étranger.

Une manifestation, une déconnexion

Le 18 décembre 2015, CAPA-VTC a organisé sa première manifestation. Le même jour, j’ai été déconnecté de la plate-forme Uber, poursuit Helmi Mamlouk. C’est la méthode d’Uber quand elle se sépare d’un de ses chauffeurs.

CAPA-VTC a par la suite participé à des tables rondes organisées par les pouvoirs publics. L’association a même été sollicitée lors de l’élaboration de la loi Grand Guillaume. C’était un peu compliqué au niveau timing entre les clients et les rencontres ministérielles, admet-il. Mais le fait d’être reconnu par les pouvoirs publics comme interlocuteur a changé la donne avec Uber. Car durant de long mois la porte des responsables de la plate-forme leur est restée fermée. Et bientôt CAPA-VTC commence à avoir une visibilité auprès des chauffeurs. L’association a été la seule organisation à obtenir auprès d’Uber une négociation sur la réactivation des chauffeurs après une manifestation.

Un arrêt de la Cour de justice de l’UE très attendu

Helmi Mamlouk lorgne désormais du côté de l’Europe et plus particulièrement vers la Cour de justice de l’union européenne. L’avocat général général de la CJUE est allé dans le sens de ce qu’on dit depuis deux : Les chauffeurs d’Uber n’exercent pas une activité propre qui existerait indépendamment de la plateforme. Cela change tout. Et la plate-forme californienne devra respecter la législation de chaque État membre en matière d’entreprises de transport. Mais il faudra attendre plusieurs mois pour que l’arrêt soit rendu.

Depuis le 22 mai, CAPA-VTC est devenue FO-CAPA-VTC. La création de ce nouveau syndicat permettra à cette profession de bénéficier de l’expérience historique de FO en matière de défense des droits des travailleurs. Cela nous donnera également une visibilité nationale », se réjouit Helmi Mamlouk dont l’une des devises est « Défendre nos confrères, partout où ils se trouvent en France.