Entre Militants

La FEETS-FO en congrès : la parole est aux militants

, Valérie Forgeront

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Trois-cents militants étaient réunis du 30 janvier au 2 février à Bussang dans les Vosges pour le XIe congrès de la Fédération FO de l’Équipement, de l’Environnement, des Transports et des Services (FEETS-FO). Fonctionnaires ou salariés du privé, ils ont notamment construit à travers sept résolutions les revendications qu’ils porteront ces trois prochaines années. Les délégués ont aussi évoqué la situation de l’emploi, des salaires et des conditions de travail dans les différents secteurs couverts par la fédération. Paroles.

Aérien : un monde sens dessus dessous



Quelle est l’humeur des salariés du transport aérien ? Plutôt maussade. Et pour cause. Les personnels commerciaux (PNC) navigants subissent des turbulences dans leurs conditions de travail. Cela est du notamment à une concurrence effrénée entre compagnies aériennes, cela avec en toile de fond la philosophie low cost qui pour abaisser les coûts de transports cherche à diminuer au maximum les conditions d’emploi des salariés.

Les PNC sont épuisés par les cadences de travail imposées par certaines compagnies explique Jean-François David pour le syndicat national FO des PNC. Le SNPNC-FO est le premier syndicat chez les navigants commerciaux. Il est présent dans dix-huit compagnies. Le taux de syndicalisation chez les hôtesses et stewards s’élève à 60%. Créé en 1954, le syndicat des PNC est affilié à FO depuis 2009. Ce n’est pas un syndicat corporatiste. Le SNPNC-FO s’inscrit dans une lutte plus vaste explique le délégué.

Les combats menés par les PNC rejoignent en effet ceux de beaucoup de salariés. Jean-François David décrit un nivellement par le bas et généralisé des conditions de travail. On subit une concurrence violente et mondiale des compagnies low cost et de celles du Golfe. Sur les aéroports de province indique Michel Trémori les statistiques montrent que le poids du low cost est passé de 28% en 2009 à 40% en 2015. Les employeurs prennent ce prétexte de contexte hyper concurrentiel pour abaisser les conditions de travail des salariés.

Dumping social



Et le militant de souligner avec regret le mouvement actuel de vente des aéroports de province. Chez les navigants commerciaux, indique Jean-François David le nivellement par le bas des conditions de travail pourrait être endigué par une convention collective nationale… Mais elle n’existe pas encore ! Les personnels PNC qui doivent combattre le dumping social pratiqué par leur employeurs, des compagnies aériennes qui n’hésitent pas à user de l’optimisation fiscale pour diminuer le montant de leurs impôts, exercent un travail aux caractéristiques « pénibles » (rotations, toxicité de l’air en cabines…) mais non reconnues.

Au plan des conditions d’emploi les PNC peuvent parfois connaître le sort de travailleurs détachés. Le salarié signe par exemple son contrat PNC dans une agence d’intérim à Barcelone puis est envoyé travailler à Paris s’irrite le militant soulignant que les PNC ont eu bien du mal à obtenir la définition de la notion de base d’affectation.

L’EurECCA européen



Pour mieux défendre leurs droits au plan Européen, le SNPNC-FO et huit autres syndicats européens de huit pays ont créé une nouvelle structure EurECCA (european cabin crew association). Le SNPNC-FO avec deux autres syndicats, l’un allemand et l’autre néerlandais, est à l’origine de la création d’EurECCA en 2014. La structure compte déjà 40 000 adhérents. Pour Xavier Gautier, vice-président d’EurECCA, la création de la structure européenne de défense des PNC était pour le moins nécessaire puisque ETF, la fédération européenne des travailleurs du transport ne souhaitait plus alors contester les modalités du règlement européen des temps de vols alors en pleine élaboration. On a donc décidé de quitter ETF.

L’humeur est tout aussi maussade pour les personnels au sol d’Air France. Florent Gomier rappelle ainsi qu’une action en justice est toujours en cours dans le cadre de l’affaire de la « chemise arrachée ». Le 5 octobre 2015, date d’un comité central d’entreprise, plus d’un millier de salariés d’Air France avaient manifesté devant le siège de la compagnie. La Direction avait livré les détails de son plan de restructuration comportant notamment la suppression de 2 900 postes dont 1 900 postes au sol.

Créer le rapport de force



Cette annonce avait donné lieu à une contestation animée de la part des salariés. Il s’agissait juste d’exprimer notre ras le bol. Or, ils ont été nombreux ceux qui nous ont traités de voyous rappelle Florent Gomier en remerciant les militants de la FEETS-FO d’avoir apporté leur soutien aux salariés d’Air France. Malgré l’abandon de ce plan de suppression d’emplois et la présentation d’un nouveau plan « Trust together » qui invite les salariés à avoir confiance dans l’avenir, ces derniers ne sont pas vraiment rassurés sur l’avenir des emplois.

La filialisation de la maintenance à Air France est encore à craindre indique Didier Dague, notant que cela a été réalisé déjà dans la compagnie allemande Lufthansa. Comment oublier les 15 000 suppressions d’emplois qui ont eu lieu en dix années au sein d’Air France rappelle le secrétaire général du syndicat FO d’Air France Christophe Mallogi. Chez ADP (aéroports de Paris), entreprise structurée depuis 2005 en société anonyme cotée en bourse, la direction a consacré un budget de communication de 13 millions d’euros pour transformer le nom d’ADP en Paris Aéroports fulmine Christelle Martin.

Mais alors que 60% du bénéfice net va dans la poche des actionnaires indique la déléguée la direction explique aux salariés qu’ils doivent se serrer la ceinture et être solidaires avec les salariés des compagnies. Et voilà comment ADP a organisé deux plan sociaux et un plan de départs volontaires en cinq ans s’irrite Christelle Martin. Un départ en retraite sur deux n’est pas remplacé, les droits des nouveaux embauchés sont retreints, le cadre salarial de l’ensemble des personnels est restreint avec seulement 0,5% de hausse des salaires en juillet prochain et cela après des années de 0%... Pour la jeune militante la seule manière de combattre tout ce moins-disant social, est de créer le rapport de force. Par la grève certes mais aussi en développant la syndicalisation insiste Christelle Martin.

Nettoyage-propreté : un combat contre la précarité

Elle les appelle les « travailleurs de l’ombre » qui travaillent le soir, la nuit dans les entreprises (bureaux, commerces, immeubles…). Jocelyne Martin, est déléguée FO du secteur du nettoyage dans les Côtes-d’Armor. Elle ne mâche pas ses mots. C’est un secteur où il est très difficile pour les salariés de se syndiquer. Dans ce département breton, Jocelyne Martin se félicite que FO affiche une représentativité de 55% à 71% dans certaines entreprises.

Les salariés (500 000 personnes en France réparties dans 36 000 entreprises) travaillent souvent à temps partiel. Ils exercent des travaux très physiques avec beaucoup de manutention et en devant assurer des cadences importantes. Dans le secteur du nettoyage la sous-traitance règne en maître explique encore la militante ce qui isole davantage encore les salariés.

Les salaires sont souvent inférieurs à 700 euros. Les salariés, dont beaucoup sont issus de la population immigrée, vivent dans la peur du lendemain explique Abdenaji Manchtahi. Dans ce secteur où FO fait tout pour améliorer la convention collective, les salariés subissent une exploitation à outrance. Malgré leurs difficultés, les salariés se syndiquent. En Ile de France par exemple FO est représenté dans toutes les entreprises se réjouit Abdenaji Manchtahi.

Militer c’est faire de adhérents

J’ai vu souvent beaucoup de salariés qui avaient du mal à être payés explique de son côté Hélène Azevedo. Les salariés sont transférés de sites en sites, changent aussi d’employeurs. Leurs horaires peuvent être réduits. Dans ce secteur indique la militante, les conflits avec les employeurs sont nombreux. Actuellement je m’occupe de plusieurs affaires dont quatre font l’objet d’un contentieux. Le nettoyage des trains, confié au secteur privé, n’est pas non-plus une activité de tout repos pour les salariés qui doivent combattre des employeurs cherchant en permanence à détériorer les conditions de travail et d’emploi des salariés explique Nouredine Joumi.

Le donneur d’ordres, la SNCF, n’arrête pas de tirer sur les prix. Le secteur a connu des grandes grèves, longues. Des conflits allant parfois jusqu’à sept mois pour se faire entendre. Du côté des salaires, les négociations sont tout aussi difficiles. Depuis deux ans, nous n’avons pas signé d’accord sur les salaires car les propositions patronales étaient inférieurs à 1%. Mujo Okovic est lui militant depuis 35 ans. Il travaille dans la région parisienne dans une entreprise de nettoyage de 6 000 salariés répartis sur quinze établissements en France. Le syndicat est au charbon, à Nanterre, de 6h à 21h cela afin d’expliquer aux salariés pourquoi il faut voter aux élections professionnelles. Les explications ont été entendues. Lors des dernières élections, FO a progressé de 8% dans l’entreprise. Le syndicat a emporté 29.05% des suffrages dans l’établissement et 33.12% au niveau national indique Mujo Okovic. Militer c’est faire des adhérents. C’est faire que la confiance existe entre les salariés et leur syndicat. Standing ovation dans la salle pour ce militant chevronné dont c’était le premier congrès.

Autoroutes : très chère privatisation…



Depuis la privatisation du réseau autoroutier en 2006, les sociétés concessionnaires et leurs actionnaires s’enrichissent. Les sociétés réalisent 25% de marges nettes en moyenne indique Patrick Levasseur. Parallèlement souligne le militant les moyens mis à disposition par ces entreprises pour l’entretien du réseau laisse de plus en plus à désirer. Il y a quelques années encore, on comptait deux patrouilleurs par secteurs. Il n’y en a plus qu’un. Les véhicules de maintenance et d’entretien, les véhicules jaunes, ne sont pas de la première jeunesse.

Les effectifs ont reculé de 30%



Auparavant, ils étaient changé à 300 000 km. Désormais, à 600 000 km. La réfection des chaussées autoroutières ne s’effectue plus tous les huit ans mais désormais tous les douze ans explique encore le militant. Au plan social, La privatisation n’a pas profité non plus aux salariés aux prises avec des dénonciations d’accords. Les déclarations des syndicats sont difficilement écoutés s’inquiète Patrick Levasseur. De 19 500 salariés en 2006, le nombre des salariés travaillant pour des sociétés d’autoroutes a reculé à 13 300 actuellement. Cette baisse de 30% des effectifs s’est notamment réalisé par la fusion de services ou leur suppression. Chacun a remarqué ainsi que les péages sont désormais déserts, il n’y a plus de personnel en poste.

Sphère publique : les réformes qui pèsent

Les fonctionnaires du secteur de l’Équipement et de l’environnement vivent dans un contexte social où tous les coups sont permis explique François Deneux du SNPEE-FO, jeune syndicat créé en 2015. Des nouvelles étapes de la réforme territoriale assorties d’une baisse des effectifs, de transferts de missions à la réforme Rifseep (régime indemnitaire obligatoire depuis ce 1er janvier) applicable aux agents en passant par le PPCR (protocole sur les carrières et rémunérations) qui allonge les carrières et ne remplit pas ses promesses au plan des rémunérations qu’il individualise davantage encore… Il s’agit de faire des fonctionnaires des boucs émissaires à coup de RGPP, de MAP et autres réformes de réformes… Il est donc essentiel que les militants relèvent la tête.

Ils l’ont d’ailleurs déjà fait indique en substance le militant citant de récents appels à la grève dans le secteur des Parcs et Ateliers. Pour François Deneux il est indispensable que la fonction publique de l’État soit dans l’action le 7 mars (grève et manifestations à l’appel, initial, des personnels de Santé, Ndlr). Les restrictions de moyens et les déréglementations impactent aussi le secteur des Affaires maritimes. La France est la deuxième puissance maritime mondiale mais l’État s’occupe peu de la mer explique Selim Mentalecheta. Peu aussi des agents des affaires maritimes. Depuis quatre ans, on tente de ramener le temps de travail dans le droit chemin ironise le militant.

On manque cruellement d’inspecteurs

Grace à un long combat de FO, les agents qui travaillent sur les navires la nuit et le week-end sont enfin rémunérés. Ils perçoivent ainsi de 250 à 400 euros de plus par mois. Désormais, ces fonctionnaires-marins s’investissent dans un nouveau combat : celui de la reconnaissance de la pénibilité de leurs métiers ainsi que l’amélioration du régime indemnitaire. Les insuffisances de moyens se sont sentir aussi dans le secteur de l’Agriculture et de l’Environnement (35 000 agents) explique Jean-Christophe Leroy pour le syndicat des ingénieurs de ce secteur (IAC-FO).

Par la baisse des budgets ministériels, nous sommes dans une situation critique pour parvenir à assurer les missions explique le militant évoquant un développement de la souffrance au travail. Il manque cruellement d’inspecteurs et de contrôleurs. Ce déficit atteindrait 700 postes. Au sein de l’établissement Voies navigables de France (VNF), les personnels conjuguent aussi leur quotidien de travail sur le mode des restrictions.

250 postes ont été supprimés depuis 2013 au nom de l’austérité budgétaire indique pour FO Henvard Richard. Les postes de titulaires sont remplacés à la haute saison par des postes précaires de saisonniers explique le militant soulignant un recul de 20 millions des crédits de l’établissement. Si VNF ne bénéficie pas d’un plan d’urgence de 900 millions, l’établissement ne sera plus en capacité de continuer à assurer ses missions.

Sur tous les fronts

Du côté de Serena, cartel public regroupant depuis 2014 huit services centraux du ministère du développement durable, l’heure est aux désillusions explique pour FO Sylvain Guerrini. On croyait que ce protocole aurait permis une sanctuarisation des moyens… On a été bernés. Le militant décrit une baisse de subvention de 4%, un recul des effectifs, 2 800 agents aujourd’hui contre 3300 en 2014… Cela aurait pu être pire indique-t-il. Nous avons dû lutter pour éviter les suppressions de sites.

Chez les ingénieurs des travaux publics de l’État (ITPE-FO), l’heure est aussi à la mobilisation contre les réformes qui impactent dangereusement la fonction publique et ses agents et éloignent les services du territoire des citoyens. Fusions de services, de management, mobilités imposées aux agents… FO occupe l’ensemble de ces fronts indique Abdallah El Adj.

Les fronts de lutte pour faire entendre la voix des agents sont en place aussi à l’office de la chasse (ONCFS). FO y a créé une section juste avant les élections professionnelles de 2014 explique Olivier Auge. Dans ce service du ministère de l’Environnement comptant un millier d’agents, il y a peu d’années encore, le 1er mai n’était pas un jour férié !.

Au sein des Directions interdépartementales des routes (DIR), les personnels craignent eux une disparition pure et simple de leurs services. Il y avait 45 000 agents des routes au moment du transfert (de décentralisation, Ndlr), il reste aujourd’hui 5 000 agents répartis dans onze DIR indique Dominique Moutaud. Il y a aujourd’hui un abandon de l’entretien des routes. Il est réalisé par des sociétés privées relève le militant notant que certaines DIR perdent des kilomètres de routes… livrées au secteur privé. Pour Dominique Moutaud, l’existence des DIR est véritablement en danger nous entendons parler de la création d’un établissement à la place des DIR s’inquiète-t-il.