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Les vrais enjeux de la réforme du collège

, Evelyne Salamero

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©Nicolas TAVERNIER/REA

Si elle voyait le jour, la réforme de la ministre Najat Vallaud-Belkacem ne serait jamais que la dixième depuis la création du collège unique en 1975. Une simple réforme de plus ? Pas si sûr.

Pas moins de cinq syndicats, à commencer par FO, ont appelé à la grève le 19 mai pour obtenir le retrait du projet de réforme du collège. Qu’entraînerait-elle ?

À l’heure actuelle, les élèves de 6e n’ont déjà plus que 25 heures d’enseignement disciplinaire (contre 27,5 en 1972), dont 1 heure et demie seulement en demi-groupes (contre 10 heures en 1972), temps pourtant précieux pour les travaux pratiques et le soutien. À ces heures d’enseignement disciplinaire s’ajoutent 2 heures d’« accompagnement personnalisé », jamais aussi peu personnalisé en réalité puisqu’il s’effectue dans des classes entières de plus en plus surchargées et sans forcément de lien direct avec les matières (méthodologie, prise de notes…).

Le projet actuel ne prévoit plus que 23 heures de cours disciplinaires et 3 heures d’accompagnement personnalisé pour les 6e. Le volume d’heures d’enseignement disciplinaire baisserait aussi en 5e, 4e et 3e. L’enseignement des langues diminuerait par exemple de 108 heures au total sur les quatre années.

Inédit : des programmes variables d’un collège à l’autre

Par ailleurs, l’enseignement du grec et du latin en tant qu’options dotées de 2 heures spécifiques, en plus du reste de l’emploi du temps, serait supprimé. Il devrait désormais être organisé dans le cadre de l’horaire global, c’est-à-dire au détriment des autres matières. Il pourrait aussi être dilué dans le cadre d’un « enseignement pratique interdisciplinaire » (EPI) autour d’un des huit thèmes définis par le ministère : « Langues et cultures de l’Antiquité »… À condition que l’établissement offre cette possibilité.

Pour la première fois en effet, les programmes de la 5e à la 3e ne seraient plus seulement déterminés nationalement, mais aussi localement, établissement par établissement. Chaque collège devrait consacrer 20 % de l’emploi du temps aux EPI, dont le contenu devrait être déterminé par son conseil d’administration. Certains thèmes au programme deviendraient facultatifs, au choix du collège, comme, en histoire, celui de l’étude de la « société et des cultures au temps des Lumières ». Enfin, le nombre d’heures consacrées à chaque matière ne serait plus fixé nationalement par niveau de classe (pour la 5e, la 4e, la 3e), mais modulable sur l’ensemble des trois années du cycle en fonction de ce que déciderait le conseil d’administration du collège. Par exemple, certains collèges pourraient proposer moins d’heures d’histoire en 5e, mais se « rattraper » en 4e ou en 3e. Ou l’inverse. Et tant pis pour ceux qui déménageront en cours de scolarité. 

Décryptage : Vous avez dit liberté pédagogique ?
Selon le ministère, la réforme accroît la liberté pédagogique « donnée aux équipes éducatives ». Jacques Paris, du syndicat FO des lycées et collèges, explique : « La liberté pédagogique est une liberté – individuelle – sur la manière de transmettre les connaissances dans le cadre de programmes nationaux. » En revanche, la réforme augmente bel et bien le pouvoir des conseils d’administration présidés par les chefs d’établissement, dans lesquels siègent aussi les représentants des parents d’élèves et des élus locaux et à qui il reviendra désormais de déterminer une bonne part du contenu des programmes.

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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