Grève

Météo France : sale temps pour les prévisionnistes

, Valérie Forgeront

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Photo : G. Ducrot

Ils ont fait grève le 24 novembre et un préavis court jusqu’au 18 décembre. Les personnels de l’établissement Météo-France s’élèvent contre un contrat d’objectifs qui d’ici 2021 supprimera encore des effectifs et détériorera la qualité des services apportés aux usagers.

Trois syndicats de Météo France dont le SNITM-FO (techniciens et ingénieurs de la Météo) appelaient à une grève le 24 novembre. Largement suivi notamment dans les régions (jusqu’à 30% de grévistes à Rennes, 26% à Lyon, 24% à Strasbourg…) le mouvement visait à contester les mesures du Contrat d’objectifs et de Performance (COP) 2017-2021.

Un contrat d’objectif qui pourrait être signé d’ici la fin de cette année et qui prévoit, entre autres, de nouvelles suppressions d’effectifs au sein de l’établissement publique administratif.

Validé le 25 novembre par le conseil d’administration de Météo France, le COP pourrait en effet être bientôt paraphé par la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Mme Ségolène Royal indique Jérôme Lartisant, le secrétaire général du SNITM-FO.

Toujours en conflit avec la direction de Météo France à propos de ce contrat d’objectifs et afin d’en bloquer la signature (le conseiller social du ministère ayant précisé que rien ne serait signé tant que le conflit perdurerait), les syndicats dont FO (deuxième syndicat chez les techniciens et troisième au conseil d’administration) ont déposé un préavis de grève de ce lundi 28 novembre jusqu’au 18 décembre.

Plus aucun recrutement de techniciens

L’humeur des personnels n’est pas au beau fixe en effet. De 3 700 agents en 2008, l’effectif a été ramené à 3 000 en 2015. A travers son plan, la Direction prévoit de le réduire encore à 2650 agents en 2021. On constate une baisse des effectifs de 2.5% par an s’inquiète Jérôme Lartisant. Dans dix ans, un millier de postes pourraient avoir disparu à Météo France.

A court terme, via ce plan d’austérité s’irrite le SNITM-FO, les perspectives s’annoncent déjà moroses. Ainsi quatre-vingt-onze postes de prévisionnistes seraient supprimés dans les régions dès 2019. Pour ce faire, la direction compte ainsi ne pas remplacer les départs en retraite. Déjà indique Jérôme Lartisant depuis deux ans, il n’y a plus aucun recrutement de techniciens. Quant-au recrutement d’ingénieurs, s’il n’est pas encore tari, il s’effectue au compte-gouttes.

Depuis 2012, Météo France vit ainsi au rythme des restructurations. Un centre départemental Météo sur deux a été supprimé entre 2012 et 2016 souligne le secrétaire général du SNITM-FO. Le maillage départemental de l’établissement a donc diminué de moitié. La réduction de voilure n’est pas finie.

La Direction vise d’ici 2021 à vider de leurs effectifs les centres météo dans les régions explique Jérôme Lartisant. Les agents craignent qu’il ne reste dans dix ans que le centre national de prévisions de Toulouse et les sept autres centres en régions, comptant de moins en moins de personnels.

Le tout automatique

Par quel outil la direction compte-t-elle réaliser une si vaste restructuration ? Par l’automatisation. Jusqu’à présent le centre national de Toulouse effectue les analyses et réalise des modèles de prévisions. Ce cadrage est ensuite envoyé aux sept régions, lesquelles modulent les prévisions à l’échelon local. Le contrat d’objectifs prévoit lui une tout autre méthode de travail.

La prévision nationale de la météo sera issue d’une machine laquelle générera des prévisions algorithmiques s’inquiète le SNITM-FO. Ce système porte-t-il en lui un risque d’erreurs de prévisions ? Oui. D’ailleurs souligne le syndicat FO, sachant que le nombre d’incohérences de prévisions est évalué à 70 cas/an, la direction dit qu’elle prend le risque d’assumer ces problèmes.

Pour FO, ce prochaine système automatique s’annonce très dangereux pour la prévision. C’est ainsi seulement en cas d’alerte vigilance (orange, rouge) que l’humain interviendra pour rectifier ou affiner la prévision automatique. Toutefois, malgré cette intervention visant à ce que la prévision colle au plus près de la situation réelle, le site internet de Météo France affichera lui toujours… La prévision automatique qui pourrait se situer loin de la réalité pourrait ainsi induire en erreur les usagers.

Les clients et les autres...

Dans ce cas de figure, que deviendront les prévisionnistes basés dans les directions ? Selon ce projet, entre sept et quatorze agents par direction verraient leurs postes évoluer indique Jérôme Lartisant. Ainsi explique le militant, ces agents seraient mutés sur des postes de prévisionnistes conseils. Ils feront de l’expertise pour fournir aux clients des explications sur les prévisions météo.

Ces clients, payant un service à Météo France, peuvent être les sociétés d’autoroutes, les conseils départementaux, EDF… Ces clients auront des données de meilleure qualité que l’usager lambda souligne Jérôme Lartisant. La précision du service apporté diffèrera donc selon que l’on est client, payant, ou pas.

Alors que Météo France assure une mission climatologique d’État à travers un réseau de bénévoles qui réalisent des observations locales, ce qui a permis à l’établissement au fil du temps de renforcer son maillage d’observation, le projet du contrat d’objectifs prévoit de tout arrêter Cela sera remplacé par un système automatique et celui-ci induit une réduction de moitié du maillage actuel d’observations s’insurge le SNITM-FO.

Jusqu’à 49h de travail par semaine

Au-delà de leurs inquiétudes concernant l’avenir des missions de l’Etablissement et de la qualité de service apportée aux usagers, les personnels de Météo France –qui attendent toujours d’être reçus par Mme Ségolène Royal, indique FO- s’élèvent contre ce plan d’austérité qui menace d’entraîner de nouvelles dégradations des conditions de travail.

La Direction a ainsi décidé depuis cette année de stopper l’octroi des mesures sociales (primes revalorisées de 1% à 2% par an). Les personnels redoutent que les missions des développeurs informatiques soient sous-traitées. Ils craignent aussi notamment que la réflexion sur l’aménagement du temps de travail menée par la Direction ne conduise à un régime d’astreintes pour les prévisionnistes.

La direction semble vouloir adapter les effectifs aux périodes de l’année explique Jérôme Lartisant. En période « calme » par exemple l’été, les heures de travail diminueraient et quelques agents seraient placés sous astreinte. En périodes de forte activité (période de neige, pluie…) lesquelles sont nombreuses, les prévisionnistes opérationnels pourraient être contraints de travailler davantage encore que la loi le permet actuellement.

Or indique le secrétaire général du SNITM-FO ces personnels peuvent effectuer déjà quatre vacations de douze heures et quinze minutes par semaine…. Soit quarante-neuf heures.

En décembre, la direction de Météo France devrait apporter aux syndicats des éléments d’information sur ce chantier « temps de travail ».

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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