Entre Militants

XVIIe congrès de la Fédération de l’Action sociale FO : Contrer la destruction des métiers et des conditions de travail

, Françoise Lambert

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Photographies : F. Lambert

Deux cent soixante-dix délégués ont participé au XVIIe congrès de la Fédération nationale de l’action sociale FO, qui s’est tenu à La Pommeraye, près d’Angers, du 11 au 14 octobre 2016. Lors d’un congrès revendicatif, qui a réélu Pascal Corbex jusqu’en 2019 à la tête de la fédération, les participants ont fait état de leur volonté de lutter contre la destruction des métiers et de celle des conditions de travail dans leurs branches professionnelles du social et du médico-social à but non lucratif.

Blocage des salaires, attaques contre les conventions collectives, manque de moyens humains et financiers entraînant une baisse de la qualité de prise en charge des personnes accompagnées : Lors du XVIIe congrès de la Fédération nationale de l’action sociale FO (FNAS-FO), à La Pommeraye, près d’Angers (Maine-et-Loire), les travailleurs des secteurs social et médico-social à but non lucratif ont témoigné de la destruction à l’œuvre de leurs métiers et dénoncé une dégradation sans précédent de leurs conditions de travail.

Ne pas laisser faire

Ils ont exprimé leur volonté de ne pas laisser faire. S’ils sont salariés dans différents types de structures, comme les établissements pour personnes handicapées, les foyers pour enfants, adolescents ou adultes, les associations d’aide à domicile, les chantiers d’insertion ou encore les missions locales, leurs préoccupations sont communes.

« Ni austérité, ni flexibilité »

Les banderoles tapissant les murs de la salle du congrès donnaient le ton des revendications reprises dans les résolutions du congrès : « Ni austérité, ni flexibilité », « Aide à domicile : un vrai métier, un vrai salaire » ou encore « Augmenter les salaires, exiger des emplois qualifiés, améliorer nos conventions collectives nationales de travail ». Des conventions collectives nationales, comme la CCN 51 (hospitalisation privée non lucrative) ou la CCN 66 (établissements pour personnes inadaptées et handicapées) qui sont sur la sellette, et plus que jamais avec la loi Travail.

Loi Travail : « Une loi scélérate et ultra minoritaire »

De nombreux intervenants ont d’ailleurs dit leur volonté de continuer à combattre « une loi scélérate et ultra minoritaire », comme l’a qualifiée Catherine Rochard, secrétaire de l’Union départementale du Maine-et-Loire, venue souhaiter la bienvenue aux congressistes de l’Action sociale. Une militante qui est par ailleurs responsable de la Santé privée au sein de la fédération FO Santé et entretient donc à ce titre des relations rapprochées avec la fédération de l’Action sociale (FNAS-FO), dont les métiers sont connexes.

Pascal Corbex réélu à la tête de la FNAS-FO

Des débats riches à la tribune du congrès, avec pas moins de trente-et-un intervenants, ont suivi la présentation de l’activité des trois précédentes années de la fédération par Pascal Corbex, secrétaire général de la fédération. Celuj-ci a été réélu à la tête de la FNAS-FO pour un troisième mandat, à l’issue des débats sur le rapport d’activité. Lequel a été adopté à l’unanimité.

Détérioration de la prise en charge des personnes accompagnées

La dégradation sans précédent des conditions de travail dans les différentes branches professionnelles des secteurs sociaux et médicaux-sociaux à but non lucratif a été au centre des discussions, ainsi que son corollaire : la détérioration de la prise en charge des personnes accompagnées, bien souvent les plus fragiles de la société.

Un désengagement des financeurs

Gwenola Gayet, aide à domicile dans les Côtes d’Armor, a déploré « le désengagement des financeurs », qui sont essentiellement les départements. « Il nous faut aider les usagers avec deux fois moins de temps qu’auparavant », a-t-elle indiqué. Véronique Menguy, qui travaille dans la branche professionnelle des ateliers et chantiers d’insertion, s’est inquiétée de la « lente asphyxie » du secteur et de l’arrivée du secteur marchand « qui veut sa part du gâteau », notamment dans les ateliers de recyclage des métaux ou du textile.

Déqualification des postes

Le secteur de la protection de l’enfance n’est pas épargné non plus, comme l’a souligné Jean-Philippe Barlouis (Maine-et-Loire). Le conseil départemental y a baissé d’un tiers le budget du service dédié à la prévention de la délinquance chez les enfants et adolescents. « Une des conséquences, c’est la déqualification des postes, les éducateurs spécialisés étant remplacés par des moniteurs-éducateurs, explique le militant FO, et c’est le prélude à de nouvelles suppressions de postes et à des licenciements ».

Pour le maintien des diplômes nationaux

Si une déqualification des postes des travailleurs de l’Action sociale est à l’œuvre sur le terrain, Pascal Corbex et plusieurs délégués de la FNAS-FO ont rappelé le combat en cours contre un projet de « refonte » des diplômes envisagée par les pouvoirs publics depuis l’année dernière. Un projet qui, s’il était mené à bout, remettrait en cause les diplômes d’État, avec des dispositions favorisant la polyvalence et l’interchangeabilité des postes, voire des statuts des travailleurs.

Augmentation des fusions-absorptions

Les réductions de budgets décidées par les conseils départementaux conduisent à des fermetures de structures, ainsi qu’à une importante augmentation des fusions-absorptions. Ces bouleversements amènent « à la dénonciation d’accords d’entreprise et à la signature d’accords à la baisse », a dénoncé Christine Blanchet (Côtes d’Armor).

Redonner du sens pour contrer le mal-être des aidants

Eric Strobbe (Nord), travailleur social et médico-social depuis trente ans, a dénoncé le poids de plus en plus important des tâches administratives, et notamment des rapports écrits, au détriment des missions essentielles d’accompagnement des personnes. Il a fait état et s’est alarmé de la non-reconnaissance de la souffrance et du mal-être des aidants. « Il y a une urgence à penser nos métiers et à redonner du sens à notre travail », a-t-il souligné.

Les salaires aussi en souffrance

Du côté des salaires, les travailleurs de l’Action sociale ne sont pas à la fête quel que soit leur secteur d’origine. Les rémunérations des aides à domicile n’ont pas été revalorisées depuis 2008, ni leurs frais professionnels, a souligné Gwenola Gayet (Côtes d’Armor).

Monique Genêt (Maine-et-Loire), qui travaille dans le secteur de la protection de l’enfance, a calculé qu’ « en 20 ans, le Smic a augmenté de 45% alors que les salaires dans la CCN 66 (convention collective du secteur, ndlr) n’ont évolué que de 19% ». Résultat, de nombreux coefficients du bas de la grille salariale se retrouvent en-dessous du Smic.

Des coefficients en-dessous du Smic

C’est notamment le cas des surveillants de nuit non qualifiés ou des agents de jour. Un agent débutant de jour, qui percevait un salaire brut mensuel de 1225 euros en 1996 (soit 254 euros de plus de que le Smic) devrait en théorie recevoir en 2016 un salaire de 1387 euros brut mensuels, soit 79 euros de moins que le Smic. Un montant qui est toutefois porté au montant du Smic (1466,62 euros brut) come la convention collective du secteur le stipule.

Des complémentaires santé obligatoires critiquées

De nombreux congressistes ont aussi dénoncé la mise en place par les employeurs de complémentaires santé obligatoires, bien souvent « mal négociées, sans moyens financiers ». Isabelle Roudil, aide à domicile dans le Tarn-et-Garonne, a estimé que la complémentaire santé obligatoire mise en place en 2012 constitue « une charge supplémentaire » et « contribue à diminuer le pouvoir d’achat », dans un contexte où aucune augmentation de salaire n’est intervenue…

Motion de soutien à Michel Poulet, un des six de Haguenau

Outre des résolutions qui fixent les orientations de la fédération pour les quatre prochaines années (lien vers l’interview de Pascal Corbex), le congrès a également adopté une motion de soutien à Michel Poulet, salarié dans une association d’aide aux personnes en grande précarité et secrétaire départemental de la fédération de l’Action sociale dans le Bas-Rhin.

L’homme par ailleurs secrétaire général adjoint de l’UD-FO du Bas-Rhin, est poursuivi en justice avec cinq autres militants syndicalistes de Haguenau, pour avoir participé à un barrage routier filtrant le 19 mai, lors d’une des journées de mobilisation nationale contre la loi Travail. L’audience doit se tenir au Tribunal de Grande instance de Strasbourg le 9 novembre. « A travers moi, c’est nous tous que l’on attaque », a indiqué Michel, dénonçant « la répression du mouvement syndical » à l’oeuvre.

Face aux attaques contre les travailleurs, le congrès a rappelé dans sa résolution générale la nécessité de développer le syndicat. Pour « revendiquer, se mobiliser, négocier, contester et résister ».