Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI (Confédération syndicale internationale)

« L’action climatique est une affaire syndicale car il n’y a pas d’emplois sur une planète morte »

, Evelyne Salamero

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F. Blanc / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0

Face à la transformation industrielle qui s’annonce pour lutter contre le réchauffement climatique, Le mouvement syndical international attend des engagements pour les emplois, le partage des technologies, les compétences et la protection sociale, explique Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI.


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Jean-Claude Mailly
Secrétaire général de Force Ouvrière. F. Blanc / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0

Lire interview de Jean-Claude Mailly : « La conférence sur le climat doit intégrer une dimension sociale forte et ambitieuse »

FO Hebdo : En quoi la question du climat est-elle une question syndicale ?

Sharan Burrow : L’action climatique est une affaire syndicale car il n’y a pas d’emplois sur une planète morte. Il s’agit là de bien plus qu’un slogan pour les syndicats. Nous constatons déjà des pertes de vies et de moyens de subsistance. Les impacts climatiques frappent avant tout les travailleurs. Au-delà, les événements climatiques extrêmes, le bouleversement des saisons et la hausse du niveau de la mer impactent des communautés entières. Les travailleurs sont donc vulnérables à la fois dans leurs entreprises et aux côtés de leurs familles, dans leurs communautés. De plus, afin de stabiliser le climat, nous devons changer profondément nos systèmes énergétiques – et donc tous nos secteurs économiques. Les travailleurs se trouvent ainsi de nouveau en première ligne, en termes cette fois d’investissements et donc d’emploi dans le secteur des énergies renouvelables, dans la création d’infrastructures écologiques, de nouvelles technologies de fabrication dans une économie circulaire, de transports à énergie propre, d’une agriculture durable, de services et bien plus encore.


FO Hebdo : Le mouvement syndical international demande une « transition juste ». Qu’entendez-vous par là ?

Sharan Burrow : La transformation dans les secteurs de l’énergie, les technologies de chauffage, les transports, l’agriculture, les services de recyclage des déchets et dans beaucoup d’autres secteurs exige une transformation industrielle, pas moins. Dans les syndicats, nos membres sont engagés dans tous les aspects de ce défi. Nous avons des millions de militants qui luttent pour l’action climatique. Nous rassemblons des centaines de milliers de travailleurs dans des secteurs énergétiques nouveaux et dans les nouvelles industries de services qui y sont reliées. Et nous sommes profondément fiers des travailleurs du secteur des énergies fossiles qui ont contribué à la prospérité actuelle. Nous savons que nos fils et nos filles travailleront peut-être dans le secteur de l’énergie plus tard, mais s’ils ne travaillent pas dans le secteur des énergies fossiles, nous exigeons que les travailleurs qui nous ont apporté la prospérité actuelle soient traités avec le respect qui leur est dû et que la transition soit pour eux et leurs communautés une transition juste. Les travailleurs et les syndicats exigent le dialogue qui assurera l’existence de plans de transformation industrielle aux niveaux national, des branches industrielles et des entreprises afin que la transition soit juste. Les travailleurs et leurs syndicats exigent et acceptent la responsabilité de ce dialogue nécessaire au développement et à la mise en œuvre de ces plans d’une transition juste.


FO Hebdo : Quel doit être selon vous le rôle de la puissance publique ?

Sharan Burrow : Les travailleurs ont le droit de savoir, le droit de connaître les plans de leurs gouvernements et de leurs employeurs en matière de décarbonisation de l’économie et de leurs lieux de travail et en matière de protection des emplois et des retraites, le droit de savoir dans quoi leurs plans de retraite sont investis. Au niveau national, les gouvernements et les institutions publiques doivent engager un dialogue afin d’assurer cette planification, premier pas qui génèrera la confiance nécessaire à l’appropriation de ce changement structurel. Cela nécessite une planification répondant à des exigences temporelles pour que la transition énergétique assure un calendrier défini avec des garanties salariales et la sécurité de l’emploi pour les salariés concernés, des retraites garanties pour les salariés les plus âgés de ces branches industrielles et le développement et le réinvestissement des compétences ainsi que des alternatives en termes de travail décent pour les jeunes salariés. Il faut aussi prévoir des mesures de protection sociale permettant de soutenir les populations pendant cette transition et un investissement permettant les changements qu’implique pour la communauté le passage aux énergies renouvelables, à la fois dans la construction et dans les services associés.

De même, le dialogue social et la négociation collective au niveau de l’entreprise et des branches sont essentiels afin d’assurer la transformation industrielle requise pour un futur zéro carbone. Et le gouvernement et les autorités publiques devraient promouvoir, si ce n’est réglementer, les consultations nécessaires.

Nous savons tous que la COP21 ne résoudra pas la question du changement climatique mais l’accord de Paris peut prendre des décisions qui encadreront la transition vers des émissions zéro. Nous interviendrons auprès de tous les gouvernements pour obtenir davantage d’ambition et d’actions avant 2020. Nous exigeons un processus obligatoire de suivi afin de s’assurer que le défi de limiter la hausse des températures à 2 degrés soit respecté.

Et nous attendons fermement l’intégration des problématiques des « Objectifs du millénaire pour le développement » à celles de l’action climatique afin d’assurer à la fois le zéro carbone et le zéro pauvreté. Le message clef dont nous avons besoin pour les travailleurs du monde entier, en termes d’engagements pour les emplois, le partage des technologies, les compétences et la protection sociale, restera lettre morte sans l’engagement pour une transition juste.