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Grand froid : pas de coupures en vue pour l’instant mais on aura eu chaud

, Evelyne Salamero

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La vague de froid qui s’est abattue sur le pays ne devrait pas égaler celle de l’hiver 2012, ni en intensité, ni en durée. Pourtant, en dépit des déclarations volontaristes de la Ministre de l’Energie, l’équilibre du réseau électrique reste particulièrement précaire. La situation est même « beaucoup moins confortable qu’en 2012 », témoigne un agent de RTE, responsable FO.

Si la situation pour ce mercredi est repassée au vert compte tenu de températures moins glaciales que prévues, RTE maintient toutefois son dispositif de vigilance en matière d’approvisionnement électrique jusqu’à vendredi.

La filiale d’EDF qui gère le réseau public de transport d’électricité « pourrait être amené à utiliser une partie des solutions graduelles exceptionnelles anticipées pour assurer l’alimentation électrique, en fonction de l’évolution des températures », précise-t-elle.

En clair, sous réserve que les températures ne baissent pas davantage que prévu, les coupures semblent à ce jour pouvoir être évitées. En revanche, d’autres mesures pourraient être prises comme des baisses de tension (qui feront par exemple que les ampoules éclaireront plus faiblement ou que les radiateurs électriques auront moins de puissance), ou encore une augmentation des importations en provenance d’Allemagne [1] commencées il y a quelques jours.

De l’utilité des centrales nucléaires et thermiques…

Sur le terrain la situation apparaît particulièrement tendue. « Alors que la consommation est inférieure à celle enregistrée pendant l’épisode de froid de l’hiver 2012, nous avons beaucoup moins de marge de manœuvre que cette année-là, notamment parce que nous avons moins de production nucléaire », explique un représentant FO en poste chez RTE Exploitation.

Cinq réacteurs nucléaires sont actuellement à l’arrêt pour des contrôles. Deux autres, dans les centrales de Tricastin et Civaux devaient l’être à partir de cette semaine, mais l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) a jugé possible de reporter l’échéance, le temps de faire face à l’épisode de grand froid.

Une autre différence de taille avec 2012 est la diminution de la production des centrales thermiques, notamment au fuel, du fait de la décision du gouvernement de fermer plusieurs tranches dans le cadre de la transition énergétique (plusieurs ont déjà été fermées, d’autres le seront d’ici 2018).

En effet, si les centrales thermiques ont toujours représenté moins de 10% de la production d’électricité en France en temps normal, ce chiffre peut doubler très rapidement si besoin, comme en ce moment (17% de la production totale hier à 11h30, source RTE). En comparaison avec le nucléaire, le thermique à flamme présente l’avantage d’un démarrage facile et rapide. Cette énergie, beaucoup plus modulable que le nucléaire est donc particulièrement bien adaptée pour faire l’appoint lorsqu’il faut gérer des pointes journalières ou saisonnières.

D’ailleurs, la mise à l’arrêt de quatre tranches de la centrale thermique de Porcheville a aussi été stoppée le temps de passer la vague de froid, fait remarquer Serge Gianorci délégué syndical central FO à EDF.

Et les énergies renouvelables ?

La ministre Ségolène Royal a déclaré ce 18 janvier au matin : « Malgré l’indisponibilité de six réacteurs nucléaires, il n’y aura pas de coupure d’électricité, parce que (…) aujourd’hui, avec les très bonnes conditions météorologiques, les énergies renouvelables, l’éolien et le solaire, vont produire l’équivalent de huit réacteurs nucléaires » (source AFP).

Qu’il n’y ait pas de coupures d’électricité du fait d’une météo moins sévère que prévue et des mesures exceptionnelles prises par EDF, RTE et l’ASN, cela reste tout à fait possible.

Que l’éolien et le solaire apporte la solution… Il suffit d’un coup d’œil à la carte des vents de Météo France pour les prochains jours, aux chiffres de RTE sur la production des différentes filières d’énergie et d’une petite dose de bon sens pour refroidir d’un coup l’optimisme de la Ministre.

Pour FO, il y a nécessité d’un mix énergétique « réaliste »

Le soleil ne brille pas aux heures où le besoin d’énergie est le plus fort (tôt le matin et en fin de journée) et il n’y a pas de vent fort en prévision.

Hier à 7 h du matin, l’énergie éolienne contribuait à 5,4% de la production d’énergie totale et l’énergie solaire à 0% (source Eco2mix RTE).

Pour FO, qui s’oppose à l’objectif de la loi de transition énergétique de réduire de 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici à 2025 [2], ainsi qu’aux fermetures annoncées de plusieurs centrales thermiques et à la privatisation des centrales hydrauliques, il faut tenir compte de « l’état actuel des connaissances scientifiques et des ressources naturelles » pour bâtir un « mix énergétique réaliste ». Un mix énergétique dans lequel –toutes les énergies – auraient leur place et conçu en fonction des besoins des usagers.