1er Mai : des manifestations en France et dans le monde

Emploi et Salaires par Valérie Forgeront

Article publié dans le Dossier Loi Travail

Des dizaines de milliers de manifestants en France, mais aussi en Espagne, en Italie, en Corée du Sud, en Pologne, au Salvador... Ce 1er mai, les salariés célébraient la solidarité des travailleurs dans des dizaines de pays. Petit tour d’horizon de rassemblements parfois à hauts risques et durement réprimés.

En France ou dans quelques soixante-dix autres pays, ce 1er mai 2016 s’est inscrit plus que jamais dans la revendication.

En France où la journée avait pour fil conducteur la mobilisation pour le retrait du projet de loi Travail, les salariés, étudiants et lycéens se sont retrouvés dans plus de 280 manifestations et rassemblements sur le territoire.

Des dizaines de milliers de personnes ont participé à ces actions à l’appel notamment des organisations FO, CGT, FSU et Solidaires.

Des meetings traditionnels étaient aussi organisés par les Unions departemtales FO dans plusieurs départements comme à Toulouse, Marseille ou encore Dijon.

« La balle est dans le camp du Parlement et du gouvernement »

Dans le cortège parisien qui a rassemblé plus de 70 000 manifestants, le secrétaire général de la Confédération FO a souligné que « la balle est dans le camp du Parlement et du gouvernement. Tant qu’ils n’auront pas accédé à nos revendications, on maintiendra la mobilisation. »

Le projet de loi, dont le texte prévoit de donner l’avantage à la négociation dans l’entreprise au détriment de la négociation de branches (inversion de hiérarchie des normes) ou encore de faciliter les licenciements, arrive ce mardi 3 mai pour examen devant l’Assemblée nationale.

3 mai - meeting rassemblement près de l’assemblée nationale, place des invalides à Paris

Les organisations opposées au projet ont prévu de tenir un meeting public près de l’assemblée nationale. Jean-Claude Mailly y prendra la parole pour FO. Il mettra en garde les députés à l’orée du débat parlementaire. Ne pas restaurer le principe de faveur c’est revenir sur un acquis majeur du Front populaire sur le développement des conventions collectives a déjà prévenu la confédération. Hasard du calendrier, chargé de symbole, ce 3 mai sera le 80e anniversaire de la victoire du front populaire au second tour des législatives en 1936 !


D’Espagne en Corée

En Espagne à Madrid, à l’appel des deux organisations syndicales UGT et CCOO, des milliers de travailleurs se sont élevés contre « la pauvreté salariale et sociale ». En Italie à Gênes, une manifestation a réunis plus de 5 000 salariés à l’initiative de trois syndicats (CGIL, CISL, Uil).

En Corée du Sud, des dizaines de milliers de salariés ont protesté contre une réforme des conditions de travail annoncée par le gouvernement conservateur. Cette réforme envisagerait de faciliter les conditions de licenciements…

Tandis qu’en Pologne des centaines de salariés manifestaient à Varsovie, au Salvador, des milliers de travailleurs ont manifesté pour meilleurs salaires. Au Brésil, des milliers de travailleurs ont organisé des manifestations dans plusieurs villes du pays.

En Turquie ce 1er mai a donné lieu à une répression violente par la police. Le gouvernement du président Erdogan avait interdit les rassemblements dans deux villes (Adana et Sanliurfa) et toute manifestation sur la place centrale Taksim à Istanbul, lieu historique des rassemblements de contestation (comme en 2013 contre le gouvernent Erdogan) entraînant parfois une répression sanglante comme en 1977.

Cette année, si les organisations syndicales ont pu négocier l’autorisation d’organiser un rassemblement, ce regroupement était tenu à l’écart du centre-ville d’Istanbul, dans le quartier excentré de l’aéroport.

Des milliers de travailleurs turcs ont participé à ce rassemblement et beaucoup ont voulu rejoindre le centre d’Istanbul. La police (25 000 agents déployés pour l’occasion) a fait alors une démonstration de force, utilisant gaz lacrymogènes et canons à eau. Un homme est mort, écrasé par un camion de police.

Depuis 1884 à Chicago...

Ce drame s’ajoute aux nombreux autres qui ont émaillé l’histoire du 1er mai depuis sa « création » en 1884 à Chicago (États-Unis). Les travailleurs revendiquaient alors la journée de travail de huit heures.

En France où le 1er mai est fêté depuis 1891, la première célébration se termina dans un bain de sang à Fournies dans le Nord.

L’armée tira sur les ouvriers grévistes qui manifestaient en revendiquant la journée de huit heures et la hausse des salaires. Neuf ouvriers dont des adolescents trouvèrent la mort, trente-trois furent blessés.

Plus de cent ans après, les salariés de France et d’ailleurs célèbrent toutefois toujours le 1er mai, désormais déclaré jour férié, chômé et payé en France.

Les revendications sont loin d’être taries. Rien qu’en termes de conditions de travail, la confédération syndicale internationale (CSI) rappelait en ce 1er mai 2016 qu’un travailleur meurt tous les quinze secondes dans le monde à cause de la négligence d’un employeur.

Un travailleur meurt tous les quinze secondes

« Plus de deux millions de travailleurs meurent inutilement tous les ans parce que leur lieu de travail est poussiéreux, sale et dangereux. Les risques sont aussi évidents qu’évitables, qu’il s’agisse de chutes, de surcharge de travail ou d’exposition à des produits chimiques. Chaque décès est lié à l’inaction d’un employeur » indique ainsi la secrétaire générale de la CSI Sharan Burrow soulignant par ailleurs que nombre d’études ont prouvé « que la présence de syndicats sur un lieu de travail a d’importants effets positifs sur la santé du personnel et l’économie ».


Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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