50 ans du Smic : l’anniversaire s’annonce sans cadeau

Emploi et Salaires par Elie Hiesse

Alors que 2020 marquera les 50 ans du Smic, le groupe d’experts a conseillé au gouvernement de n’accorder aucun coup de pouce au 1er janvier. Une nouvelle fois, le Smic ne devrait connaître que sa revalorisation automatique.

Les cinquante ans du Smic en 2020 s’annoncent comme un anniversaire sans aucun cadeau. Un anniversaire passé même sous silence, pourrait-on dire. En effet, le groupe d’experts sur le « salaire minimum de croissance », consulté avant chaque revalorisation, a conseillé au gouvernement de ne pas dispenser de coup de pouce supplémentaire en 2020. Et le 9 décembre, le ministre de l’Economie Bruno Lemaire s’est lui-même prononcé pour la revalorisation légale a minima. Un décret publié le 19 décembre au journal officiel prévoit ainsi une revalorisation minimale de 1,2% au 1er janvier prochain. Ce qui portera le Smic horaire brut à 10,15 euros contre 10,03 euros actuellement.

Le calcul de cette revalorisation automatique est basé sur deux critères : l’inflation constatée pour les 20% de ménages aux plus faibles revenus et la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier et employé (SHBOE).

La position « dogmatique » du groupe d’experts

Depuis sa création en 2008, les propositions du groupe d’experts sont défavorables au coup de pouce au Smic. Leur préconisation est généralement retenue : depuis 2008, l’évolution du Smic a toujours été due à sa seule revalorisation automatique, excepté en 2013, où François Hollande a fait un petit geste dans la foulée de son élection.

Cette année, pour justifier son positionnement, le groupe d’experts évoque un taux de chômage encore très haut (8,3% fin 2019). L’argument servant à justifier l’augmentation a minima du Smic est, encore et toujours, le même : l’augmentation du coût du travail aurait un effet négatif sur l’emploi, commente Karen Gournay, secrétaire confédérale du secteur de la négociation collective et des salaires, qui souligne le caractère dogmatique du discours tenu par le groupe d’experts. Ses membres réitèrent chaque année les mêmes recommandations guidées par le seul objectif de réduction des coûts pour les entreprises , explique-t-elle.

Celles-ci craignent l’impact d’une augmentation du Smic sur la pyramides des salaires : les salaires plus élevés s’en servent pour négocier leur propre rémunération à la hausse.

Donner du pouvoir d’achat aux bas salaires

Sans surprise toujours, le groupe d’experts a défendu l’accroissement de revenus de transfert, comme la prime d’activité, plutôt qu’une revalorisation significative du Smic. Pour eux, la revalorisation exceptionnelle de la prime d’activité, à hauteur de 90 euros en 2019, a davantage contribué à réduire la pauvreté qu’un relèvement du Smic de la même valeur. Le ministre de l’Economie Bruno Lemaire a utilisé ce même argument pour expliquer son refus d’un coup de pouce en 2020.

Pourtant, de nombreuses études montrent qu’une hausse du salaire minimum ne nuit pas à l’emploi. Force Ouvrière rappelle que le moyen le plus simple et le plus rapide de donner du pouvoir d’achat aux bas salaires, c’est un coup de pouce significatif donné au Smic, ainsi que la création de vrais emplois (CDI ou statutaires pour le secteur public). La solution ne saurait se trouver dans l’institutionnalisation d’un complément salarial telle la prime d’activité. Car celle-ci encourage, en la subventionnant, la pauvreté salariale. Elle est le reflet même de politiques insuffisamment contraignantes vis-à-vis des entreprises.

Le 19 décembre, l’organisation n’a pas manqué de rappeler sa position et ses revendications, lors de la réunion de la CNNCEFP [1] relative à la revalorisation du salaire minimum : il faudrait augmenter le Smic à hauteur de 80% du salaire médian ce qui le porterait à plus de 1 400 euros nets, contre environ 1 200 euros actuellement.

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