Croissances régionales, la crise amplifie les inégalités

Une et indivisible par Valérie Forgeront

En 2011, si l’Île-de-France reste la région française la plus riche en PIB par habitant, la Corse abandonne la dernière place du classement au profit du Limousin.

Une étude publiée par l’Insee le 4 juin montre l’aggravation des disparités régionales depuis une vingtaine d’années. Alors que le gouvernement ouvre le débat sur la réorganisation territoriale, depuis vingt ans les inégalités se sont creusées, tant en termes de population que de richesse par habitant.

Cette étude distingue deux périodes, la première commence après la récession de 1993 et s’achève avant celle de 2007 et la seconde court jusqu’en 2011. Elle montre tout d’abord que, pour toutes les régions, la récession de 1993 fut plus courte et moins intense que celle de 2008-2009. Pour autant, si à la suite de la crise de 1993 la croissance repart jusqu’en 2007, celle-ci est hétérogène selon les régions : +1,3% par an en Picardie en moyenne contre +2,8% en Corse.

Puis survient la crise de 2007 qui amplifie fortement ces inégalités de croissance et dessine deux France. D’un côté celle qui n’avait pas encore renoué en 2011 avec son PIB d’avant la crise (le quart nord-est du pays et le Centre), la Picardie connaissant par exemple entre 2008 et 2011 une récession moyenne de -1,2%. De l’autre, celle dont l’activité économique a rapidement redémarré : l’Île-de-France, Rhône-Alpes et la façade atlantique (Pays de la Loire, Aquitaine, Poitou-Charentes), ou plus lentement (Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Bretagne). La Corse est la seule région à ne pas être entrée en récession en 2008-2009. L’institut de statistiques observe qu’hormis cette dernière, les régions ayant renoué le plus rapidement avec la croissance sont aussi celles qui comptent les plus grandes métropoles.

LES RÉGIONS PUISSANTES SE RENFORCENT

Pour l’Insee, ces évolutions différenciées de croissance ne sont pas liées aux activités spécifiques de ces régions, mais à des dynamiques propres et notamment démographiques. Concernant le quart nord-est du pays par exemple, l’Insee note : « Les effets des restructurations industrielles ou des fermetures de sites ont certes joué un rôle, mais le facteur principal tient à des facteurs propres négatifs. En particulier, la croissance de leur population est plus lente que dans de nombreuses régions. » A contrario, la progression démographique favorise la croissance des régions atlantiques et méditerranéennes. L’activité tendant à se « développer davantage dans les territoires où il faut répondre aux besoins d’une population croissante ».

Ce sont donc les régions les plus puissantes qui continuent de se renforcer, tandis que les plus fragiles voient leur activité économique et leur population partir. C’est à l’État de garantir l’égalité entre ses citoyens sur tout le territoire, or l’austérité aujourd’hui appliquée ne fait qu’amplifier les inégalités préexistantes.

Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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