« Une organisation syndicale n’est indépendante que si elle est faite d’hommes et de femmes libres »

Marc Blondel par Yves Veyrier

Libre, militant, humaniste, républicain, socialiste, laïque, syndicaliste : beaucoup penseront, beaucoup raconteront Marc Blondel ainsi, tant il incarnait ces valeurs.

Internationaliste ! L’Organisation internationale du travail (OIT) lui était une véritable passion. Il y siégea de 1981 à 2008 comme membre de son conseil d’administration (à l’exception d’un intermède de trois années).

Cette passion, c’était celle de la liberté syndicale. Il l’a portée au plus haut lorsqu’il prit l’initiative, le 16 juin 1982, lors de la 68e session de la Conférence internationale du travail, de déposer formellement une plainte contre le gouvernement polonais de Jaruzelski pour violation des conventions 87 et 98 de l’OIT. Celui-ci avait décrété la loi martiale le 13 décembre 1981, suspendant les activités syndicales et le droit de grève, et emprisonnant les militants de Solidarnosc. Passion de la liberté qui l’amena, plus tard, à expliquer à Lech Walesa que bien que ne partageant pas sa conception du syndicalisme, il militait et militerait pour qu’il puisse l’exercer librement.

« Tu verras, demain, ici, ce sera la Babel syndicale » : c’est ainsi qu’il présentait le Palais des Nations et l’immeuble du BIT (Bureau international du travail) à Genève, qui fourmillent chaque année durant trois semaines, en juin, des quelque trois mille délégués de la Conférence.

Rebelle, il affectionnait au plus haut point ce trait de caractère qu’il nourrissait ostensiblement, jusque dans les moindres aspects de la vie courante. Il refusait, par exemple, d’utiliser le badge magnétique qui permet de passer les portiques d’entrée du BIT, invitant systématiquement les personnels de sécurité à déclencher manuellement l’ouverture des portes. Il voulait leur signifier qu’il entendait ainsi préserver leur emploi.

Il répugnait, pour la même raison, à porter autour du cou le badge de délégué à la Conférence : « Nous ne sommes pas des vaches ! », tonnait-il par allusion taquine aux clarines des vaches suisses.

La révolte permanente et le « non » de Camus étaient Marc Blondel

Parce que cet homme qui dit non, comme l’avaient caricaturé certains lors des grandes grèves de novembredécembre 1995, était celui qui refusait toute forme de pensée imposée, ou pensée unique, cette pensée « qui va de soi ». Dans son discours à la tribune de la Conférence internationale du travail en 1982, il citait Rosa Luxembourg pour qui la liberté était « le droit de penser autrement ».

Marc Blondel le répétait inlassablement, une organisation syndicale n’est indépendante que si elle est faite d’hommes et de femmes libres, autonomes de pensée, qui ne subissent pas. Il expliquait encore que dire non c’est défendre, a priori, son libre arbitre, s’assurer que l’on ne dira éventuellement oui qu’en connaissance de cause. Il appelait chacune et chacun à aller voir ce qui se trouvait derrière l’affiche, à ne pas se limiter au slogan, mais à chercher à comprendre qui en était à l’origine et pourquoi.

Parce que dire non c’est en appeler à la connaissance et à l’apprentissage de la pensée, l’instruction publique était aussi un de ses combats incessants et intransigeants, à côté de celui pour la Sécurité sociale, essentielle aussi à l’émancipation des travailleurs.

Son discours de 1982 devant la Conférence demeure aussi, malheureusement, d’une grande actualité sur le chômage et ses conséquences sociales et politiques. Ainsi, alertant sur « le chômage des jeunes [qui] constitue à nos yeux l’élément le plus dramatique des années quatre-vingts », Marc Blondel mettait en garde sur cette situation qui conduisait, déjà, à « d’autres difficultés pour les pays industrialisés, désignant par là les risques de xénophobie et de discrimination [qui] se multiplient ».

Viscéralement attaché à l’OIT, Marc Blondel avait projeté d’accréditer l’association de la Libre Pensée, comptant ainsi pouvoir encore intervenir à la tribune de la Conférence en 2014.

Yves Veyrier, vice-président Travailleur, Comité de la liberté syndicale de l’OIT

 Voir en ligne  : C’était Blondel - supplément à FO Hebdo n°3110 du 20 mars 2014 [PDF]

Yves Veyrier Secrétaire général de Force Ouvrière

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