A la veille de la rentrée scolaire, état des lieux d’une poudrière

Education nationale par Evelyne Salamero

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Sebastien ORTOLA/REA

Rencontres bilatérales avec les organisations syndicales, annonce de la création de comités de suivi pour l’application des réformes spécifiques à l’Education nationale, mais aussi de groupes de travail, notamment sur les questions de la retraite et des rémunérations… En cette veille de rentrée scolaire, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer s’évertue à apaiser la colère des personnels. Il se pourrait fort en effet que les vacances n’y aient pas suffi… Il n’est pas sûr du tout non plus qu’un changement de méthode dans la communication du gouvernement suffise à effacer du tableau de cette rentrée, les réformes, les suppressions de postes, les fermetures d’écoles, de classes, les fusions de services administratifs et la mutualisation des moyens, du moins ce qu’il en reste … Deux mois après la grève inédite des enseignants correcteurs du bac, les conséquences des décisions gouvernementales pourraient perturber, cette fois, la rentrée des classes.

Quelque 12,4 millions d’élèves et 870 000 enseignants feront leur rentrée des classes le 2 septembre.

Il y a deux mois, à la fin de l’année scolaire, une grève inédite de centaines d’enseignants correcteurs du bac éclatait et se poursuivait malgré la menace du gouvernement de recourir aux forces de l’ordre et de sanctionner les grévistes. Ceux-ci, faute d’être entendus depuis plusieurs mois, s’opposaient ainsi aux réformes du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, en particulier celle du bac et du lycée qui, entre autres, met fin au caractère national du diplôme en introduisant le contrôle continu dans la notation finale. Cette réforme sera finalisée en 2021, mais les mesures concernant les élèves de 1re s’appliquent dès cette rentrée 2019.

Ce mouvement, qui a défrayé la chronique, s’est ajouté à la mobilisation de milliers d’autres enseignants qui dès le mois de mars s’étaient mis en grève, reconductible dans plusieurs établissements, pour exiger le retrait du projet de loi pour une école de la confiance. Cette dernière, connue sous le nom de « loi Blanquer » a été adoptée le 4 juillet et promulguée le 26 du même mois.

Des comités de suivi et des groupes de travail pour une bonne application des réformes, y compris celle des retraites

Pour éviter que le feu ne reparte en cette rentrée, le ministre a annoncé ce mardi 27 août la création de trois comités de suivi de l’application de ses réformes, auxquels les organisations syndicales sont invitées à participer. Ces structures suivront la mise en œuvre de la réforme du bac et du lycée, celle de l’enseignement professionnel, et la mise en place des INSPE (Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation) créés par la loi pour une école de la confiance en vue de remplacer les Espe (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation).

Le ministre a aussi annoncé la création de groupes de travail, que les organisations syndicales sont également conviées à intégrer, sur les conditions de travail des enseignants, leurs rémunérations et leurs retraites. Ils travailleront aussi sur l’évolution des actuelles commissions administratives paritaires (CAP) qui n’auront plus de compétences sur le mouvement (mutations) des personnels, dans le cadre de la réforme générale de la Fonction publique.

Rémunérations : tant que le point d’indice restera gelé...

Au passage, Jean- Michel Blanquer se saisit donc de la question de la retraite des enseignants... S’appuyant sur le constat du Haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, que la réforme des retraites pénalisera les catégories qui perçoivent peu de primes, comme les enseignants, le ministre de l’Education nationale propose aux organisations syndicales de travailler sur la question des rémunérations et annonce aussi la tenue de futures réunions avec M.Delevoye.

Simultanément ou presque, il a pris soin d’indiquer que des mesures de revalorisation des carrières étaient déjà prévues pour 2019 et 2020 dans le cadre du PPCR (parcours professionnel, carrières et rémunérations).

Des revalorisations dont il convient de rappeler qu’elles sont largement insuffisantes pour compenser la hausse de l’inflation et encore moins la baisse du pouvoir d’achat cumulée depuis des années du fait du gel du point d’indice depuis 2011.

Quant à la hausse du budget de l’Education nationale envisagée pour 2020, au-delà des mesures PPCR, elle sera destinée à financer le développement du service national universel, des mesures classiques de déroulement de carrière et la montée en charge de la prime pour les personnels en zone d’éducation prioritaire.

La Fnec-FP FO a déposé un préavis de grève et appelle à multiplier les assemblées générales

« Ce serait une erreur de croire que les personnels seraient plus favorables aux réformes une fois les textes publiés », avertissait la Fnec-FP FO (enseignement, culture, formation professionnelle) dans sa déclaration devant le Conseil supérieur de l’éducation du 4 juillet, le jour même où la loi pour une école de la confiance était définitivement adoptée.

Reçue par le ministre le lundi 26 août dans le cadre des rencontres bilatérales de cette rentrée, la Fnec-FP FO a clairement expliqué au ministre, en réponse à la mise en place des comités de suivi et des groupes de travail, qu’« il est exclu qu’on lui fasse dire aujourd’hui dans ce cadre qu’elle approuve des réformes qu’elle combat depuis toujours », résume Clément Poullet, secrétaire fédéral.

Pour la Fnec-FP FO qui revendique le retrait de ces « contre- réformes », les « problèmes posés par les enseignants grévistes avant l’été subsistent à cette rentrée ». Elle a donc déposé un préavis de grève pour le mois de septembre et appelé à multiplier les assemblées générales dans les établissements.

Les dégâts de la loi Blanquer pour une école de la confiance

La mobilisation des enseignants du secondaire dès le mois de mars 2018 a contraint le gouvernement à reculer sur un point important de la loi pour une école de la confiance : la possibilité pour les collectivités territoriales de regrouper plusieurs écoles élémentaires d’un « même bassin de vie » avec un collège, dans le cadre d’établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF), histoire de « mutualiser » les moyens, a été retirée de la loi avant son adoption.

Mais, les fondements de la loi subsistent : elle remet toujours en cause le statut des personnels et, pour les élèves, l’égalité d’accès à l’enseignement. Ainsi, le recrutement d’assistant d’éducation (AED) -contractuels- pour enseigner si besoin à la place de professeurs sous statut, est autorisé dès cette rentrée. Cette mesure s’insère d’ailleurs dans la réforme plus large de la Fonction publique visant à contractualiser davantage les personnels. Ainsi aussi, le nombre d’heures consacrées aux matières pourra à terme varier d’un établissement à l’autre.

Dès cette rentrée aussi, l’âge de l’instruction obligatoire est abaissé à trois ans (au lieu de six ans). Seule une minuscule minorité des enfants seront concernés par ce changement puisque plus de 98 % d’entre eux sont déjà scolarisés à l’école maternelle à cet âge-là.

Le gouvernement met en avant l’importance de cette mesure pour des territoires d’Outre-mer comme Mayotte ou la Guyane. En réalité, cela permet d’imposer aux communes de participer au financement des écoles maternelles privées pour les enfants de trois à six ans. De fait, cela étendrait à ces établissements l’application de la loi Debré de 1959 qui a autorisé le financement public de l’enseignement privé pour les écoles primaires et les établissements du secondaire.

De plus, les jardins d’enfants, payants, conçus pour la garde d’enfants sont autorisés à scolariser les enfants dès cette rentrée, au même titre que les écoles maternelles publiques, gratuites et conçues elles pour commencer à transmettre à l’enfant de premières connaissances, avec un personnel formé pour cela.

L’école primaire, « priorité » du gouvernement ? 400 écoles ferment en zone rurale

L’école primaire reste la priorité du gouvernement stipule la circulaire envoyée fin mai aux recteurs, inspecteurs et directeurs d’établissements. Mais 400 écoles élémentaires vont fermer en zone rurale.

Le 25 avril, en conclusion du Grand débat, le président Emmanuel Macron, avait affirmé vouloir ne plus voir d’écoles mettre la clé sous la porte… « Sans l’accord des maires ». Des maires bien souvent étranglés par la politique d’austérité budgétaire conduite par le gouvernement. Le résultat était donc prévisible. Et sur les 400 fermetures, 150 relèvent d’une décision de l’Education nationale, antérieure à la déclaration du président, mains maintenue ensuite. A titre d’exemple, dans la Somme, une trentaine d’écoles n’ouvriront pas leurs portes en cette rentrée, dont trois sur décision prise par l’État.

Le gouvernement met aussi en avant la réduction des effectifs à 24 élèves par classe dans toutes les classes de CP, grande section de maternelle et CE1 d’ici la fin du quinquennat. Pour ce faire, le gouvernement dédouble les classes. Logiquement, il faudrait donc aussi doubler le nombre d’enseignants concernés par ces classes, ce qui est bien évidement exclu par temps d’austérité budgétaire. Le nombre de postes était d’ailleurs en deçà des nécessités avant ce changement. On peut donc s’attendre à une aggravation des sureffectifs dans les autres classes, sans parler du manque de locaux qui bloque déjà le processus en divers endroits, comme en Seine-Saint-Denis et à Marseille.

Le gouvernement entend également concrétiser son plan sur les violences dans les établissements scolaires. A toutes les annonces faites à ce sujet, FO oppose des chiffres implacables : en 2019 2600 postes d’enseignants vont être supprimés dans les lycées et collèges, alors que 40 000 élèves de plus sont attendus. Pas moins de 400 postes administratifs vont également disparaître dans l’ensemble de l’Education nationale.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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