À la veille des révolutions de 1848

Histoire par Christophe Chiclet, L'Info Militante

Pierre GLEIZES/REA

1848 est marquée par la première révolution à caractère ouvrier avec l’apparition du drapeau rouge sur les barricades. C’est aussi l’époque de l’émergence d’un capitalisme sauvage.

La deuxième partie de la monarchie de Juillet (1830-1848) est qualifiée d’ère Guizot. François Guizot (1787-1874), protestant, est un orléaniste (partisan de Louis-Philippe) convaincu, mais surtout un ultra libéral, tant au niveau politique, qu’économique. Il est le chantre du capitalisme naissant. En 1833, ministre de l’instruction publique, il met en place une école normale dans chaque département, un collège dans chaque ville de plus de 6.000 habitants et une école élémentaire dans chaque commune.

De 1840 au renversement de la monarchie en février 1848, il est l’homme fort du régime, ennemi personnel d’Adolphe Thiers, devenant Président du conseil et ministre des affaires étrangères de septembre 1847 à février 1848. C’est l’homme de la fameuse formule Enrichissez-vous par le travail, l’épargne et la probité à destination de la bourgeoisie. Cet enrichissement s’est fait sur le dos du prolétariat naissant !

En 1846, Paris dépasse le million d’habitants, Lyon, Marseille et Bordeaux atteignent les 100.000, et il y a déjà 1.600 km de chemin de fer. Dans le Nord, entre 1830 et 1845, le nombre de machines à vapeur sextuple et la consommation de houille quadruple. Ainsi les villes du Nord se développent : Roubaix passe de 13.000 à 25.000 habitants.

Misère ouvrière

Cet essor capitaliste à ses débuts s’accompagne d’une grande misère ouvrière que révèlent les enquêtes du docteur Villermé en 1840. La journée de travail va de 16 à 17 heures par jour, les enfants travaillent dès 6 ans, les salaires sont médiocres rendant toute épargne impossible, le chômage est fréquent. Le parlement se moque de cette situation et le gouvernement repousse toute intervention contraire aux lois de l’économie libérale.

C’est à cette période qu’apparaît l’opposition ouverte entre la classe ouvrière et la bourgeoisie au pouvoir. Le socialisme naissant commence à s’opposer au libéralisme, d’autant qu’en 1846 et 1847 les récoltes sont très mauvaises dans toute l’Europe. Les faillites industrielles se multiplient et les prix baissent. Il s’agit là de la première crise du capitalisme que les jeunes socialistes espèrent être mortelle.

Le 12 mai 1847, au marché de Lille, les ménagères ne trouvent que très peu de choses à acheter. Elles rejoignent leurs hommes à la sortie des usines. On chante La Marseillaise et les boulangeries sont pillées. La police débordée fait appel à la garde nationale. Cette dernière, devant le flot et l’ardeur des manifestants, préfère organiser une distribution de pain de crainte d’une explosion violente et incontrôlable. Mais dès les jours suivants les arrestations se multiplient dans les maisons ouvrières. Des enfants sont condamnés à des mois de prison pour avoir ramassé des miettes de pain, des femmes à plusieurs années pour avoir pillé des boulangeries. Un ouvrier désespéré se suicidera même en plein tribunal. Des émeutes contre la pauvreté, l’exploitation et la famine ont lieu aussi à Marseille et ses environs, tout comme en Allemagne, en Italie et en Autriche. Il s’agit bien là des prémices des révolutions de 1848 qui vont secouer l’ensemble de l’Europe de Paris à Varsovie, de Berlin à Rome. En France ce sera la révolution bourgeoise-républicaine de février 1848, puis la révolution prolétarienne de juin 1848, la première du genre, mais pas la dernière.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

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