Emploi et Salaires

Air France : appel à la grève du 23 au 26 juin

, Valérie Forgeront

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© Laurent GRANDGUILLOT/REA

Réunie ce vendredi 8 juin, l’intersyndicale d’Air France composée de dix organisations dont FO (pour les navigants commerciaux et les salariés au sol) s’est prononcée pour un mouvement de grève du 23 au 26 juin. Les personnels de la compagnie demandent toujours que la direction entende leur revendication salariale, une augmentation générale pour 2018. Au mois de mai, l’intersyndicale demandait une augmentation de 5,1%. La direction avait fait une proposition beaucoup faible et visait un accord de modération salariale sur trois ans. Lors d’une consultation des salariés initiée par la direction, cette proposition avait été rejetée à 55,44% et le P-DG avait démissionné. La présidente par intérim, M. Anne-Marie Couderc, a adressé ce 8 juin une lettre aux organisations syndicales. Elle indique que la prochaine direction devra apporter« des réponses concrètes » aux salariés. La présidente compte présenter le 14 juin lors d’un comité central d’entreprise des « actions et mesures à mettre en œuvre ». Rien de précis ni d’immédiat estiment les salariés d’Air France qui après quinze journées de grèves entre février et mai n’ont toujours pas reçu de réponse à la hauteur de la revendication. Un nouvel appel à la grève est donc lancé.

L’intersyndicale d’Air France appelle à un mouvement de grève du 23 au 26 juin. Réunies ce 8 juin, les dix organisations qui composent cette intersyndicale -dont FO (pour les navigants commerciaux/PNC et les personnels au sol)- se prononcent pour de nouvelles actions. Objectif : que la direction ouvre des négociations et entende, enfin, la revendication d’une augmentation générale et substantielle des salaires en 2018.

Depuis février, le climat social au sein de la compagnie s’est dégradé plus qu’il ne l’était déjà. La direction a cherché en effet à nier l’attente salariale de l’ensemble des catégories de personnels (navigants commerciaux/PNC, pilotes et personnels au sol). Elle en est pour ses frais.

Les trois catégories de personnels ont effectué 15 journées de grèves entre février et mai. Pour autant, la direction qui se lamente du coût global du conflit (plus de 300 millions d’euros) n’a pas cherché à répondre à la revendication légitime des salariés.

Les personnels d’Air France ont subi en effet six années de gel des salaires entre 2012 et 2017 et ont vu fondre leur pouvoir d’achat. Celui-ci a reculé de 6%. Ils demandent donc un juste retour de leurs efforts au plan salarial, sans compter les efforts fournis dans le cadre des restructurations entamées en 2012 et qui ont entraîné la suppression de milliers d’emplois.

La revendication d’une augmentation générale des salaires est d’autant plus légitime rappellent encore les syndicats que la compagnie a enregistré de très bons résultats en 2017. Le groupe Air France-KLM a réduit sa dette et a affiché un bénéfice d’exploitation en hausse de 42% à 1,48 milliards d’euros (dont près de 600 millions d’euros pour Air France) contre 1,04 milliard un an plus tôt.

Toujours rien de concret

Un peu plus d’un mois après la démission du P-DG, M. Jean-Marc Janaillac, lequel avait mis son poste dans la balance dans le cadre de la consultation des salariés sur la proposition salariale faite par la direction, le dialogue social dans l’entreprise est pour le moins défaillant.

Nommée présidente par intérim le 15 mai dernier par le conseil d’administration, M. Anne-Marie Couderc, qui ne dispose d’aucun pouvoir exécutif, avait indiqué le 30 mai aux syndicats, dont à FO, qu’elle ne détenait pas de mandat de la part du conseil d’administration pour négocier sur le sujet NAO (négociations annuelles des salaires) ». Le 31 mai dernier, comme les neuf autres syndicats, FO prévenait que « sans réponses concrètes il y aurait une reprise du chemin de l’action ».

La présidente qui a reçu ces derniers jours l’ensemble des syndicats, dont FO, lors de rencontres bilatérales, avait signifié de nouveau son impuissance à agir dans le cadre de son mandat.
Changement ce 8 juin, jour de la tenue d’une réunion de l’intersyndicale... La présidente a adressé un courrier à chaque organisation, annonçant que des « actions et mesures à mettre en œuvre » seraient présentées lors d’un comité central d’entreprise le 14 juin. Pour la présidente, il y a bien un « malaise » social à Air France et « des réponses concrètes doivent être apportées » aux salariés par la prochaine gouvernance (direction). Traduction, lorsque la compagnie aura trouvé un nouveau P-DG… Ce qui n’est pas le cas pour l’instant.

Des salariés toujours très déterminés

Par ce nouvel appel à la grève, l’intersyndicale signifie elle que les promesses, floues, ne sont pas satisfaisantes. Dès le 4 juin, se heurtant toujours au mutisme de la direction, les dix organisations avaient indiqué leur volonté de « ne pas en rester là », sous-entendu ne pas se contenter de cette absence de réponse qui plus est après un mouvement de grèves de près de trois mois.

Le secrétaire général du syndicat FO-Air France, Christophe Malloggi avertissait alors qu’en l’absence d’initiative salariale de la part de la direction, « tout ce joli monde devra assumer l’été houleux qui s’annonce ». Le nouvel appel à la grève est donc une première réponse… Karim Belabbas pour FO indiquait lui que « si la présidente n’a pas les moyens d’agir, c’est au conseil d’administration de prendre ses responsabilités et de faire en sorte que des négociations puissent s’ouvrir rapidement ».

La nécessité d’une négociation sur le dossier des salaires est d’autant plus patente que le résultat de la consultation des salariés lancée par la direction entre le 26 avril et le 4 mai a acté un résultat on ne peut plus clair : 55,44% des personnels ont rejeté l’offre d’une augmentation salariale limitée à 2% en 2018 et étalée dans le temps (+1,6% en avril et + 0,4% en octobre). Cette proposition s’accompagnait d’un plan triennal de modération salariale. La direction proposait une augmentation générale de 5% mais étalée sur trois ans (2019-2021), autrement dit une hausse limitée à 1,65% par an.

La direction est la seule responsable de la situation

Le rejet de cette proposition, d’abord par l’intersyndicale puis par l’ensemble des salariés a eu l’effet d’un camouflet pour la direction. Certes et c’est bien elle qui est responsable de cette situation « et non les syndicats » rappelle FO-Air France.

Par ailleurs, et à l’inverse de l’actuelle direction par intérim, le mandat du syndicat FO est « clair » : il s’agit plus que jamais « de négocier et d’aboutir à une proposition d’accord NAO décente qui réponde à la demande des salariés ».

A la fin du mois d’avril, l’intersyndicale avait accepté de faire des efforts en ramenant la revendication d’une augmentation générale des salaires de 6% à 5,1% en 2018. Les dix organisations proposaient même un versement en deux temps : +3,8% en avril et +1,3% en octobre. La direction avait toutefois campé sur ses positions, estimant que sa proposition de modération salariale constituait une « ultime proposition ».

Le rejet des propositions indécentes

Début février, la même direction, par décision unilatérale, avait repris les termes de l’accord issu de la NAO 2018 et venant d’être signé par deux syndicats (CFDT et CFE-CGC). Or, cet accord était devenu caduc par la contestation de plusieurs autres syndicats, dont FO. La direction décidait néanmoins d’une augmentation minimaliste de 1% et en deux temps (+0,6% en avril et +0,4% au 1er octobre 2018) accompagnée d’une enveloppe de mesures individuelles tout aussi minimalistes et contestées par les organisations non signataires de l’accord. Pas de quoi enrichir le dialogue social dans l’entreprise.

L’intersyndicale avait bien sûr rejeté cette proposition qui dans les faits équivalait à une augmentation générale des salaires de 0,55% sur douze mois. Autant dire des miettes en regard de la perte de pouvoir d’achat chiffrée à 6%. La direction accusait les syndicats de vouloir mettre l’avenir d’Air France en péril par le maintien de la revendication salariale jugée « irresponsable ». Elle avait alors présenté une nouvelle proposition "indécente" car très insuffisante encore.

Bref, prenant le risque d’un conflit long et coûteux, la direction d’Air France a cherché depuis le mois de février à minimiser la revendication salariale… Mal lui en a pris. Par l’annonce de ce nouveau mouvement de grève du 23 au 26 juin, les salariés montrent en effet leur détermination à obtenu leur dû.