Communiqué de FO

Arrêt maladie : Carence de bon sens et sens de la carence

, Serge Legagnoa

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© Patrick ALLARD/REA

Depuis que le Premier ministre a comparé l’augmentation du nombre des arrêts de travail à l’équivalent d’un jour de congés supplémentaire cet été, le Président du Medef se sent pousser des ailes pour proposer comment limiter l’envol du nombre d’indemnités journalières, c’est-à-dire le maintien du revenu pendant l’arrêt de travail.

Pour Force Ouvrière, il faut cesser la stigmatisation tant des prescripteurs, les médecins, que l’on ramène faussement à la complaisance de situations pourtant médicalement établies, et des travailleurs, encore une fois ramenés faussement à des profiteurs oisifs pourtant en situation réelle de maladie ou de souffrance au travail. D’ailleurs, un contrôle accru tel que prôné actuellement de la prescription ne ferait qu’accroître le mal-être des médecins et la perte de sens de leur métier, en plus de pouvoir aggraver l’état de santé des travailleurs en leur refusant leur droit à l’arrêt de travail.

Des jours de carence supplémentaires seraient particulièrement néfastes pour les travailleurs précaires, qui bien souvent ne bénéficient pas d’un statut protecteur comme une convention collective prenant en charge les jours de carence. En outre, cela participerait à l’accroissement des inégalités hommes-femmes, celles-ci étant majoritaires dans la précarisation de l’emploi, et irait donc à l’encontre de la volonté du gouvernement de faire de la lutte contre ce type d’inégalités une grande cause du quinquennat. Pour Force Ouvrière, il est impératif de cesser le discours contre les droits sociaux et contre les statuts, qui sont les fondements de la protection des travailleurs et de la lutte contre la précarisation du travail.

Pour Force Ouvrière, dans le secteur public (qui a également son lot de travailleurs précaires) comme dans le secteur privé, la notion et l’existence de jours de carence est à supprimer, et il faut rétablir la cotisation Maladie des travailleurs pour qu’ils puissent de nouveau se secourir mutuellement, et non pas dépendre de la volonté ou non de leur employeur ou de l’État de décider à la place des médecins. En ce sens, FO s’oppose à ce que l’employeur prenne en charge les arrêts courts quand ils ne résultent pas de sa responsabilité et demeure favorable à une prise en charge par l’assurance sociale que doit redevenir l’Assurance maladie.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Serge Legagnoa

Secrétaire confédéral au Secteur de la Protection Sociale Collective


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Éphéméride

16 janvier 1870

Les ouvriers du Creusot réclament la gestion de la caisse de solidarité
En décembre 1869, les ouvriers du Creusot réclament la gestion de la caisse de solidarité. Le 16 janvier 1870, une forte majorité souhaite la gestion de la caisse de secours par les ouvriers. La grève est alors générale. Article de René Gibère paru dans Force Ouvrière n°477, daté du 31 mars 1955. Dans (...)

En décembre 1869, les ouvriers du Creusot réclament la gestion de la caisse de solidarité. Le 16 janvier 1870, une forte majorité souhaite la gestion de la caisse de secours par les ouvriers. La grève est alors générale.

Article de René Gibère paru dans Force Ouvrière n°477, daté du 31 mars 1955.

Dans l’histoire du mouvement corporatif, les grèves qui se sont produites dans les usines du Creusot, en janvier et en mars 1870, retiennent l’attention par les faits particuliers qui en furent la cause.

Ces deux grèves, par leur caractère et par leur évolution, reflètent indubitablement l’état d’esprit du patronat de l’époque et le comportement psychologique des travailleurs qui étaient arrivés à un degré plus élevé de la conscience syndicale.

En 1870, dans les usines Schneider, il régnait d’étranges habitude, qui a juste raison, révoltaient les travailleurs : le mouchardage était organisé et imposé par la direction. Édouard Dolléans raconte que « le règlement d’atelier prévoyait une amende de 50 francs à un ouvrier pour n’avoir pas dénoncé un camarade ».

Mais l’origine de la grève de janvier était la Caisse de secours, gérée par la direction, et fournie par une retenue de 2,5% sur le salaire de tous les ouvriers. Elle décida de la confier aux travailleurs, ceux-ci désignèrent leur camarade Assi, pour transformer la Caisse de secours en Société de secours mutuels. M. Schneider, pour montrer sa désapprobation, licencia Assi, et les ouvriers, par solidarité avec leur camarade, quittèrent l’atelier. Une délégation de grévistes fut reçue par l’industriel qui leur reprocha leur « esprit l’opposition » et leur annonça qu’il refusait de discuter avec eux, « sous l’influence de la pression ». Pour assurer sa sécurité, M. Schneider fit venir au Creusot 4.000 hommes de troupe et, devant cette provocation, les travailleurs décidèrent la poursuite de la grève.

Le 23 janvier 1870, la Marseillaise écrivait : « Faire grève est chose terrible ; pour un rien, on fusille et l’on assomme. Les ouvriers du Creusot organisent le refus du travail, assument la responsabilité de la faim et de la misère, et cela, en silence, sans tumulte, sans bruit, sans émeute. »

Cependant, les Sociétés ouvrières de Paris et les sections parisiennes avaient réagi vigoureusement en publiant dans la Marseillaise un manifeste, signé par Varlin et Benoît Malon, sur la vérité de la grève. Quelques jours après, dans le même journal, la Chambre syndicale des Ouvriers mécaniciens de Paris faisait un appel pressant pour aider matériellement les grévistes du Creusot.

En février, le travail reprit, mais, le 22 mars, la direction opéra une diminution de 30 à 60 centimes par jour, pour rattraper le profit perdu pendant la première grève. Les travailleurs ripostèrent aussitôt par la cessation du travail. M. Schneider, furieux, déclara : « Je ne parlementerai pas avec ces voyous. » Et le tribunal d’Autun, au service du patronat, condamna 24 grévistes à 298 mois de prison.

Mais les travailleurs en grève au Creusot n’étaient pas abandonnés à leur sort douloureux dans ces jours difficiles. La solidarité jouait en leur faveur. La Chambre fédérale de Paris fit une souscription. La Chambre fédérale de Marseille, les Sociétés ouvrières de Lyon, les travailleurs de Mulhouse les avaient secourus généreusement.

À propos des grèves du Creusot, le manifeste de la Section internationale de Rouen, signé par Aubry, et adressé aux ouvriers du département, est significatif : « Des milliers d’ouvriers réclament au nom de la loi des coalitions, une augmentation de la part qu’ils apportent dans la production de la richesse... Un seul homme, manipulateur de plusieurs millions, abuse de sa position et dédaigne toute conciliation. »

Si les grèves échouèrent, le mécontentement continuait à gronder ; la conscience ouvrière était en marche. On était à la veille de graves événements et à un tournant décisif dans l’histoire de France.