Bientôt la psychiatrie hospitalière ambulatoire à 80 % ?

Le chiffre par Michel Pourcelot

© Nicolas TAVERNIER/REA

Redéployer 80% des moyens de l’hôpital psychiatrique sur l’ambulatoire, telle est l’une des propositions du rapport d’une mission parlementaire relative à l’organisation territoriale de la santé mentale, présenté le 18 septembre 2019. C’est du moins l’option défendue par l’une de ses deux auteures, qui appartient à la majorité gouvernementale. Les deux députées se rejoignent pour considérer la situation actuelle comme tout à la fois inefficiente et inefficace et au bord de l’implosion, mais concernant le nombre de lits l’autre se positionne différemment : l’augmentation des lits et celle du nombre de soignants à l’hôpital psychiatrique sont, à court terme au moins, une nécessité absolue. Or, comme le note le rapport le nombre de lits d’hospitalisation en psychiatrie par habitant a diminué de moitié depuis les années 90, faisant que le nombre de lits d’hospitalisation pour 100 000 habitants a baissé de moitié, entre 1990 et 2016.

En 2009, un rapport parlementaire sur l’état des lieux de la psychiatrie en France considérait que ce transfert des traitements de l’hôpital à la ville ne peut avoir de sens que s’il s’accompagne d’un soutien aux proches sur lesquels il fait peser de fait la charge du malade.

Un sens surtout comptable : un objectif national des dépenses de psychiatrie devrait d’ailleurs figurer dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2020, ont annoncé, le 20 septembre dernier, des membres de la task force réforme du financement du système de santé missionnée par le chef de l’exécutif.

Humanisme et austérité

La veille, 19 septembre, une grève illimitée avait démarré à l’hôpital psychiatrique du Rouvray, à Rouen, marqué par une grève très médiatisée en 2018, année qui avait vu de nombreuses mobilisations à travers le pays.

En janvier dernier, ce sont des centaines d’infirmiers, de médecins ou proches de malades qui ont manifesté à Paris, réclamant davantage d’effectifs pour une psychiatrie plus humaniste et protestant contre l’austérité budgétaire. Déjà en septembre 2013, la commission nationale Force ouvrière (FO) de psychiatrie avait dénoncé l’objectif financier qui consiste à opérer un transfert du secteur sanitaire vers le champ social et médico-social moins onéreux. La folie du chiffre ?

Michel Pourcelot Journaliste