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Budget 2015 : de l’austérité à la louche

, Valérie Forgeront

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Le ministre des Finances a annoncé 21 milliards d’économies au total. © HAMILTON/REA

Le gouvernement a dévoilé, le 1er octobre, le projet de loi de finances pour 2015. Tandis que les recettes de l’État s’affaissent, la poursuite de la baisse des dépenses est annoncée.

Le ministre des Finances, Michel Sapin, et le secrétaire d’État chargé du Budget, Christian Eckert, ont présenté, le 1er octobre, le projet de loi de finances (PLF) pour 2015. Alors que les indicateurs économiques sont au rouge, le projet parie sur une meilleure conjoncture. La construction budgétaire proposée s’établit sur une croissance à 1 % du PIB l’an prochain (contre 0,4 % en 2014) et sur une inflation à 0,9 %, contre 0,5 % cette année. Pour le Haut Conseil des finances publiques, ces prévisions sont trop « optimistes ». De son côté, le gouvernement confirme la révision à la baisse de l’objectif de réduction du déficit budgétaire. Initialement prévu à 3 % du PIB en 2015, le déficit sera de 4,3 %, indique-t-il en réaffirmant la programmation des 21 milliards d’économies à réaliser.

Décryptage : Pour FO, ce projet va « à contresens »
L’austérité est encore au menu pour ce projet de loi de finances qui répond aux « injonctions européennes », regrette la confédération FO. « Cette politique d’austérité conduit à la récession et à une croissance quasi nulle. Or, comme le gouvernement le reconnaît lui-même, la faiblesse de la croissance conduit à moins de recettes fiscales. » Ce projet qui va « à contresens » ressemble à de « l’austérité schizophrène », indique FO, jugeant que la hausse des salaires est « indispensable » pour relancer la consommation, de même que le renforcement des régimes sociaux et des services publics serait « source de croissance ».

Du côté des recettes, le gouvernement prévoit 292,6 milliards d’euros en 2015, soit une baisse de 5,6 milliards en comparaison de celles inscrites dans la loi de finances initiale de 2014. La collecte de l’impôt sur le revenu est estimée à 69,5 milliards. Un rendement en diminution de 4,9 milliards par rapport à 2014. La suppression de la première tranche du barème induira à elle seule un manque à gagner de 3,2 milliards pour l’État. L’impôt sur les sociétés, dont le produit est évalué à 33,1 milliards pour 2015, accusera lui une baisse de rendement de 5,8 milliards sur un an… ou de plus de 14,1 milliards depuis 2013.

Double hausse du gazole

Le produit de la TVA, impôt payé par tous les consommateurs, devrait lui être en hausse de plus de 3 milliards, à 142,6 milliards d’euros. Pour doper les recettes, le gouvernement annonce 4 milliards de cessions d’actifs (immeubles, participations), soit plus du double des montants annuels de cessions réalisées depuis deux ans. Cette recette ira au remboursement de la dette. Alors que la dotation de l’État à l’audiovisuel public sera abaissée de plus de 35 % (103 millions d’euros) l’an prochain, le projet de loi annonce une hausse de 3 euros de la redevance en métropole. Elle s’établirait ainsi à 136 euros. De leur côté, les automobilistes paieront plus cher le gazole. S’ajoutant à la hausse de 2 centimes de la taxe carbone prévue au 1er janvier 2015, le projet de loi annonce une hausse de 2 centimes par litre de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, taxe non appliquée aux entreprises de transport. Cette hausse, qui doit pallier l’absence de l’écotaxe, devrait générer 800 millions de recettes supplémentaires pour financer des infrastructures de transport.

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Valérie Forgeront

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Éphéméride

13 décembre 1980

État de guerre en Pologne
Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste. Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en (...)

Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste.

Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en 1970, lorsque, à Szczecin la grève paralyse les chantiers navals et qu’un comité de grève est élu démocratiquement avec à sa tête Edmund Baluka.

En juillet 1980, des grèves éclatent dans tout le pays suite à l’augmentation de 100% du prix de la viande. Mais l’étincelle vient d’un fait beaucoup plus mineur. Le 13 août, Anna Walentynowicz, une syndicaliste est licenciée des chantiers navals Lénine de Gdansk. Le lendemain, les 16.000 ouvriers débrayent, demandant la réintégration de l’ouvrière et une augmentation de 130 francs par mois.

Le 16 août, tous les ports de la Baltique sont touchés et un comité de grève interentreprises (MKS) est fondé. Les transports en commun entrent à leur tour dans la danse. Le patron du parti communiste polonais, Edward Gierek, annonce le 20 août quelques « réformettes » économiques et en même temps fait arrêter une vingtaine de dissidents. La grève générale touche alors tout le pays. Affolé, le pouvoir négocie avec le leader du MKS, un électromécanicien de 37 ans ayant déjà fait ses classes dans les grèves de 1970 : Lech Walesa, renvoyé en janvier 1980 pour fait de grève.

Débordé, le gouvernement cède. Les fameux accords de Gdansk sont signés le 31 août. Pour la première fois dans le bloc communiste, des syndicats indépendants sont reconnus. Solidarnosc, Solidarité rurale et l’Association indépendante des étudiants compteront dix millions d’adhérents à la fin de l’année.Face à ce raz-de-marée, Edward Gierek passe à la trappe en septembre et le général Jaruzelski devient Premier ministre en février 1981. Moscou, à l’époque d’un brejnévisme vieillissant, mise sur ce général aux lunettes noires et fait parvenir le 4 mars à Varsovie le message suivant :« Il faut renverser le cours des événements ».

Le premier congrès de Solidarnosc, réuni à Gdansk, du 5 au 10 septembre et du 26 septembre au 7 octobre, exige des élections libres. L’agence soviétique Tass parle alors« d’orgie anti-soviétique ». Jaruzelski confirme sa position en prenant la tête du parti le 2 octobre. Contrairement à ce qu’il racontera ensuite pour se dédouaner, Jaruzelski déclare l’état de guerre, sur ordre de Moscou, le 13 décembre 1981. Solidarnosc est décapité ; Walesa est en résidence surveillée puis en prison. Les communistes pensent avoir remporté la partie. Erreur, une direction clandestine, la TKK, est mise sur pied et organise efficacement une société parallèle bénéficiant de l’aide des syndicats libres de l’occident dont FO, qui d’ailleurs portera plainte auprès du Bureau international du travail contre l’interdiction officielle de Solidarnosc en octobre 1982.

L’avènement du gorbatchévisme, la pression américaine et l’exceptionnelle résistancede la population obligent legénéral Jaruzelski à composer. Entre février et avril 1989, une table ronde réunit pouvoir et opposition. Aux élections semi-libres de juin, Solidarnosc obtient 161 sièges à la Diète. Peu après, le symbole de Gdansk, Lech Walesa, est élu président de la République. Mais alors commence une autre histoire...