Paroles de militants

« Ce projet de loi ? Je n’en veux pas ! »

, Valérie Forgeront

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Ce 31 mars, ils ont bravé le mauvais temps et sont descendus dans les rues pour demander le retrait du projet de loi Travail. Paroles de manifestants en colère.

Isabelle, auxiliaire de vie à domicile ; Jacques, éducateur spécialisé

Ce projet de loi nous fait bondir. On le situe dans Top 5 des pires projets présentés ces dernières années ! On conteste notamment la possibilité qu’aurait un employeur de déroger à la hiérarchie des normes et d’imposer ainsi par des décisions prises à l’échelon de l’entreprise des modifications sur l’organisation du temps de travail ou sur la nature même du contrat de travail.

Vouloir faciliter les licenciements est choquant et les propositions du projet traduisent une volonté de contourner les syndicats et d’affaiblir leur influence.

Par ailleurs, dire que cette loi travail permettrait de résorber le chômage relève d’une vaste fumisterie.
Paris le 31 mars 2016. Photographie : F. Blanc / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0 - flickr.com/force-ouvriere
Alain, salarié de l’entreprise 3M (secteur Chimie)

Les possibilités de modulation du temps de travail ou encore les facilités offertes aux employeurs de licencier sont inadmissibles.

Ce sont les salariés qui ont besoin de davantage de protection et non les employeurs ! Dans mon entreprise qui délocalise de plus en plus ses activités dans des pays à faible coût de main d’œuvre, telle la Pologne, il y a des plans de licenciements depuis des années. C’est ce dumping social qui permet aux actionnaires de se gaver !

En octobre et alors que 3M est l’une des boîtes les plus riches sur la place boursière de New York, on nous a annoncé 1 500 suppressions de postes dans le groupe... Lequel prévoit cependant de grossir son bénéfice par action de 3% à 11% d’ici 2020.

Aujourd’hui, mes collègues et moi sommes inquiets. Nous craignons tout le temps de perdre notre emploi. On s’inquiète aussi pour nos enfants car il ne leur est proposé qu’une voie sans issue au plan de l’emploi. Ils ne vivent que la précarité à travers l’intérim, les contrats précaires ou les vacations. C’est ce que vit ma fille. Or on ne peut pas construire une vie dans le cadre de cette pauvreté sociale ! Ce n’est pas avec trois jours de travail dans le mois qu’on peut payer un loyer et consommer.

Alors oui je déclare qu’il y a une situation d’urgence sociale. L’emploi aujourd’hui est déjà trop précaire, il n’est nul besoin d’aggraver cette situation à travers une loi qui ne permettra pas de résorber le chômage.

Noëlle, professeur retraitée

Dire que cette loi permettrait d’abaisser le niveau du chômage… Mais c’est du pur mensonge ! Je manifeste en mémoire des ouvriers mineurs qui se sont battus et parfois se sont fait tuer pour que le droit du travail existe !

Ce projet de loi est une atteinte totale au code du travail, il vise à supprimer les acquis des travailleurs et pour les jeunes, l’entrée en vigueur d’une telle loi serait une catastrophe. Ma fille qui est titulaire de diplômes de l’Enseignement supérieur dans le domaine de l’Ecologie vient seulement, à 27 ans, de décrocher un CDI. Pour cela elle a dû se reconvertir et aller vers l’informatique.
Jérôme, personnel navigant commercial à Air France

Je suis particulièrement choqué par cette volonté de modifier la loi et d’imposer une inversion de la hiérarchie des normes en privilégiant des accords d’entreprise. Notre profession de stewards et hôtesses serait alors particulièrement exposée car nous n’avons pas de convention collective, nous n’avons pas de texte supérieur à l’accord collectif.

Actuellement, nous devons déjà tous nous accrocher aux accords collectifs que nous négocions périodiquement dans toutes les compagnies aériennes françaises. Une inversion de la hiérarchie des normes pourrait entrainer des accords moins disant.

Le danger de ce projet me parle notamment au niveau de la précarisation des emplois. En tant que PNC, nous travaillons tous dans des grands groupes. Or, donner de l’importance à des licenciements indexée à des résultats économiques non nationaux mais internationaux pourrait amener à précariser nos contrats de travail et amènerait des licenciements.

Aujourd’hui Air France n’a qu’une ambition c’est d’externaliser son activité. Nous avons encore des contrats de travail CDI de droit français mais nos dirigeants rêvent de ne plus à avoir à embaucher des stewards et des hôtesses en CDI !

Ce projet est très dangereux et je n’en veux pas. Salarié PNC depuis une vingtaine d’années, je fais déjà les frais de réformes nocives pour la profession telle la loi Diard (sur l’organisation du service dans les entreprises de transport aérien, 2012) contre laquelle FO s’est battu. Nous supportons aussi depuis 2013 les règles FTL (nouvelle organisation des temps de vols), des réglementations européennes qui régissent les règles du travail des personnels navigants et ont déchiré nos conditions sociales en bouleversant notre modèle social professionnel.
Teddy, salarié de la société de transport logistique Gefco

Avec cette loi on retournerait 50 ans en arrière. Les entreprises pourraient licencier à tout va.

Dans notre entreprise on a eu des plans sociaux mais si ce projet était adopté, les plans pourraient être accélérés et on pourrait être licenciés du jour au lendemain. Ce n’est pas possible de vivre avec cette peur au ventre.

S’il faut redescendre dans la rue et faire grève à nouveau pour le retrait de ce projet de loi, je suis prêt.
Marc, agent du ministère de l’Environnement

Ce projet de loi est uniquement fait pour partager la misère, asservir un peu plus encore le salarié, le rendre plus malléable et moins vindicatif.

Aujourd’hui le code du travail est menacé, demain cela peut être le statut général de la fonction publique. Que l’on soit fonctionnaire ou salarié du privé, ce sont en effet les mêmes menaces qui planent en matière de précarisation des emplois.

Ce projet de loi privilégie la négociation d’entreprise et non de branches… De son côté, la réforme territoriale organise elle désormais une déconcentration des services de l’État et de la gestion des personnels au niveau des départements et des régions. Cela constitue une menace réelle sur le statut général et les statuts particuliers.

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Sur l’auteur

Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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