Communiqué de FO

Délibération de la Commission exécutive confédérale FO du 17 octobre 2018

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Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Les récentes déclarations de Monsieur Delevoye sur les retraites confirmant la préparation d’un régime universel par points, les annonces de Monsieur Pépy confirmant la volonté de destruction du statut des cheminots, prélude à la destruction de tous les statuts, la précarisation accélérée dans toutes les entreprises, qui sont la marque de toute la politique du quinquennat et des gouvernements précédents sous l’égide de l’Union européenne, confirment si besoin était, la force et la justesse de l’orientation décidée au dernier congrès confédéral, encore confirmée et précisée dans toutes les déclarations des commissions exécutives (21 juin, 6 septembre) et dans la résolution du CCN des 26 et 27 septembre dernier, toutes adoptées à l’unanimité.

La CE se félicite que ces décisions unanimes aient permis la journée du 9 octobre avec la participation de tous les militants FO sur des revendications nettes et précises. Elle entend poursuivre dans ce sens. Face aux défis posés par l’ensemble de ces mesures rétrogrades qui provoquent désarroi et refus dans toutes les couches de la société, en particulier parmi les salariés, pour poursuivre l’orientation votée par nos instances démocratiques et souveraines, notre confédération se doit d’être irréprochable, en ordre de marche et unie sur nos valeurs fondamentales pour aider tous à riposter et à se reconnaître dans nos valeurs.

Cet enjeu qui dépasse même notre confédération nous oblige à préciser un certain nombre de questions pour préserver notre confédération, conforter nos adhérents et contrecarrer l’odieuse campagne dont nous sommes l’objet. Nous ne sommes pas dupes, d’où qu’elle vienne, avec des cris d’orfraies ou des larmes de crocodiles, cette campagne vise à nous affaiblir en cherchant à nous ranger dans les « tous pourris ».

La CE déclare clairement et sans la moindre ambiguïté :

  • il ne s’agit pas de remettre en cause les orientations du congrès, de la CE et du CCN ;
  • la méthode des fichiers dénonçant le genre, l’appartenance politique, tout comme les jugements diffamatoires et les appréciations tendancieuses, est étrangère à Force ouvrière. L’émotion légitime soulevée dans nos rangs, la stupéfaction et la colère en témoignent. Fichage d’autant plus inquiétant qu’il a ouvert la voie à cette campagne contre nous, jusqu’à permettre une intervention de la Cnil au siège de l’avenue du Maine. La CE décide la mise à l’écart des responsables de cette situation. Notre confédération est issue d’une scission en réaction à la mainmise des staliniens sur la vieille CGT. La CE rappelle que dès son origine et dans toute sa tradition, notre confédération, se constituant contre ces méthodes, a toujours défendu et combattu pour la liberté, la liberté de pensée et de choix individuel, politique, philosophique et religieux de chaque militant. La CE fait sienne la déclaration des membres du bureau confédéral du lundi 15 octobre.
  • La CE condamne la prétention de qui que ce soit, fût-il dans l’entourage immédiat du secrétaire général, ou du secrétaire général lui-même, à s’ériger, en dehors de toute instance, en juge ou directeur de cabinet pour infliger des sanctions du type « avertissement », pour organiser une valse des attributions et des fonctions, pour licencier, digne de critères en vigueur dans le management des entreprises. Et cela d’autant que cela vise en particulier d’autres membres du bureau confédéral. La CE rappelle que les membres du bureau confédéral et de la commission exécutive ont la même légitimité démocratique. Ils sont tous élus par le CCN et ont comme mandat, chacun à leur place dans le respect des instances, d’administrer la confédération. Ils sont à égalité, pairs parmi les pairs.
  • La CE estime qu’aucune pression n’est acceptable, sous prétexte de difficultés financières, pour remettre en cause le fédéralisme et la capacité des ud et fédérations à agir.

La CE estime que ces agissements totalement contraires à nos valeurs fondamentales doivent être immédiatement stoppés et qu’un fonctionnement conforme à nos traditions doit être immédiatement rétabli.

C’est pourquoi la CE désigne une commission chargée d’aider et d’assister le bureau confédéral pour éradiquer ces méthodes et prendre toute décisions utiles à cet objectif. Cette commission est composée de Franck Bergamini, Gabriel Gaudy, Frédéric Homez, Yves Kottelat, Michel Le Roc’h, Hubert Raguin et Jacques Techer. Elle siègera avec le bureau confédéral jusqu’au prochain CCN. La CE décide la convocation d’un CCN extraordinaire les 21 et 22 novembre 2018 prenant acte de la démission du Secrétaire Général qui permettra à la représentation de toute l’organisation de juger, d’apprécier la mise en œuvre de ces mesures et de décider de la suite.

Plus que jamais, résister, revendiquer, reconquérir.

Adhérez aux syndicats Force Ouvrière

Votée à l’unanimité moins 3 (trois) voix contre.

 

A Paris, le 17 octobre 2018
Le Président, Sébastien Busiris

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Éphéméride

16 janvier 1870

Les ouvriers du Creusot réclament la gestion de la caisse de solidarité
En décembre 1869, les ouvriers du Creusot réclament la gestion de la caisse de solidarité. Le 16 janvier 1870, une forte majorité souhaite la gestion de la caisse de secours par les ouvriers. La grève est alors générale. Article de René Gibère paru dans Force Ouvrière n°477, daté du 31 mars 1955. Dans (...)

En décembre 1869, les ouvriers du Creusot réclament la gestion de la caisse de solidarité. Le 16 janvier 1870, une forte majorité souhaite la gestion de la caisse de secours par les ouvriers. La grève est alors générale.

Article de René Gibère paru dans Force Ouvrière n°477, daté du 31 mars 1955.

Dans l’histoire du mouvement corporatif, les grèves qui se sont produites dans les usines du Creusot, en janvier et en mars 1870, retiennent l’attention par les faits particuliers qui en furent la cause.

Ces deux grèves, par leur caractère et par leur évolution, reflètent indubitablement l’état d’esprit du patronat de l’époque et le comportement psychologique des travailleurs qui étaient arrivés à un degré plus élevé de la conscience syndicale.

En 1870, dans les usines Schneider, il régnait d’étranges habitude, qui a juste raison, révoltaient les travailleurs : le mouchardage était organisé et imposé par la direction. Édouard Dolléans raconte que « le règlement d’atelier prévoyait une amende de 50 francs à un ouvrier pour n’avoir pas dénoncé un camarade ».

Mais l’origine de la grève de janvier était la Caisse de secours, gérée par la direction, et fournie par une retenue de 2,5% sur le salaire de tous les ouvriers. Elle décida de la confier aux travailleurs, ceux-ci désignèrent leur camarade Assi, pour transformer la Caisse de secours en Société de secours mutuels. M. Schneider, pour montrer sa désapprobation, licencia Assi, et les ouvriers, par solidarité avec leur camarade, quittèrent l’atelier. Une délégation de grévistes fut reçue par l’industriel qui leur reprocha leur « esprit l’opposition » et leur annonça qu’il refusait de discuter avec eux, « sous l’influence de la pression ». Pour assurer sa sécurité, M. Schneider fit venir au Creusot 4.000 hommes de troupe et, devant cette provocation, les travailleurs décidèrent la poursuite de la grève.

Le 23 janvier 1870, la Marseillaise écrivait : « Faire grève est chose terrible ; pour un rien, on fusille et l’on assomme. Les ouvriers du Creusot organisent le refus du travail, assument la responsabilité de la faim et de la misère, et cela, en silence, sans tumulte, sans bruit, sans émeute. »

Cependant, les Sociétés ouvrières de Paris et les sections parisiennes avaient réagi vigoureusement en publiant dans la Marseillaise un manifeste, signé par Varlin et Benoît Malon, sur la vérité de la grève. Quelques jours après, dans le même journal, la Chambre syndicale des Ouvriers mécaniciens de Paris faisait un appel pressant pour aider matériellement les grévistes du Creusot.

En février, le travail reprit, mais, le 22 mars, la direction opéra une diminution de 30 à 60 centimes par jour, pour rattraper le profit perdu pendant la première grève. Les travailleurs ripostèrent aussitôt par la cessation du travail. M. Schneider, furieux, déclara : « Je ne parlementerai pas avec ces voyous. » Et le tribunal d’Autun, au service du patronat, condamna 24 grévistes à 298 mois de prison.

Mais les travailleurs en grève au Creusot n’étaient pas abandonnés à leur sort douloureux dans ces jours difficiles. La solidarité jouait en leur faveur. La Chambre fédérale de Paris fit une souscription. La Chambre fédérale de Marseille, les Sociétés ouvrières de Lyon, les travailleurs de Mulhouse les avaient secourus généreusement.

À propos des grèves du Creusot, le manifeste de la Section internationale de Rouen, signé par Aubry, et adressé aux ouvriers du département, est significatif : « Des milliers d’ouvriers réclament au nom de la loi des coalitions, une augmentation de la part qu’ils apportent dans la production de la richesse... Un seul homme, manipulateur de plusieurs millions, abuse de sa position et dédaigne toute conciliation. »

Si les grèves échouèrent, le mécontentement continuait à gronder ; la conscience ouvrière était en marche. On était à la veille de graves événements et à un tournant décisif dans l’histoire de France.