Éducation : Avec la crise, le gouvernement déréglemente à tous les niveaux, estime Clément Poullet (FNEC FP-FO)

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

F.Blanc

Lors de sa conférence de rentrée, le 9 septembre, la fédération FNEC FP-FO a dressé le panorama des problèmes qui se posent dans l’Education nationale. En cette rentrée scolaire, et alors que s’organise la mobilisation, les inquiétudes des personnels sont patentes tant au plan de la gestion de l’épidémie qu’en ce qui concerne les réformes structurelles de plus en plus nombreuses.

Alors que la rentrée scolaire se déroule dans un contexte inédit de crise sanitaire, Emmanuel Macron a d’ores et déjà dessiné son projet d’école du futur lors de son discours du 2 septembre, soulignait Clément Poullet, secrétaire général de la FNEC FP-FO, lors de la conférence de presse de rentrée organisée par la fédération le 9 septembre. Ce projet, on le voit à travers l’expérimentation de la privatisation des écoles qui sera lancée à Marseille. Une expérimentation bien loin des préoccupations actuelles et quotidiennes des écoles de cette ville qui connaissent des problèmes de locaux mais aussi de recrutement des enseignants, comme partout en France, précise le militant.

Dans son discours, le président de la République proposait d’expérimenter dans Marseille une école qui n’existe pas en France, dans laquelle les directeurs pourront choisir leur équipe pédagogique et associer des acteurs extrascolaires au projet pédagogique.

Pour Clément Poullet, cela signe une remise en cause des enseignants comme cadres de la fonction publique : On met en place une école territorialisée où les directeurs occupent des postes de chefs d’entreprises, avec un management privé qui s’instaure. Et cela risque d’aggraver la concurrence entre les établissements : les écoles moins bien loties recevront moins de candidatures que les autres.

Le secrétaire général de la fédération voit cette mesure dans la droite ligne de l’allocution du 12 juillet dernier où le chef d’État avait annoncé le Passe sanitaire. En utilisant la crise sanitaire actuelle comme prétexte, le gouvernement déréglemente à tous les niveaux, analyse-t-il.

la FNEC n’acceptera aucune mise à pied, aucune sanction

Pour cette rentrée, il y a les sujets propres à l’épidémie, comme la vaccination ou le protocole sanitaire, lequel inquiète par ses menaces. La fédération interroge ainsi : Quid de l’exclusion des effectifs alors que certains postes de l’éducation nationale sont concernés par l’obligation vaccinale pour le 15 septembre, notamment les personnels de la médecine scolaire ? Comment peut-on menacer de suspendre ces personnes alors que l’on manque de personnel ?, s’indigne Clément Poullet. Lors d’une réunion du groupe de travail du ministère sur le sujet, la FNEC FP-FO a répété son opposition à la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : la fédération revendique l’accès à la vaccination pour tous les personnels qui le souhaitent mais n’accepte aucune mise à pied, aucune sanction pour les personnels qui ne souhaiteraient pas être vaccinés.

La rentrée se dessine aussi sous le signe des problèmes d’effectifs, alors que le gouvernement a maintenu la suppression de plus de 1 800 postes dans le second degré. Du côté de l’école maternelle et primaire, 300 postes n’ont pas été pourvus à la suite de la session du concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE) de 2021. Signe d’un métier qui souffre d’un manque d’attractivité, notamment par des rémunérations faibles. Les questions salariales sont au cœur des préoccupations des collègues. Personne ne voit dans les mesures du Grenelle une véritable valorisation des salaires. Ce sont des primes ridiculement faibles et que ne toucheront que certains personnels, indique Clément Poullet.

Quid de l’exclusion des effectifs alors que certains postes de l’éducation nationale sont concernés par l’obligation vaccinale pour le 15 septembre, notamment les personnels de la médecine scolaire ? Comment peut-on menacer de suspendre ces personnes alors que l’on manque de personnel ?, s’interroge le militant. Lors d’une réunion du groupe de travail du ministère sur le sujet, la FNEC FP-FO a répété son opposition à la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : la fédération revendique l’accès à la vaccination pour tous les personnels qui le souhaitent mais n’accepte aucune mise à pied, aucune sanction pour les personnels qui ne souhaiteraient pas être vaccinés.

Bac, contractuels… des réformes qui inquiètent

Outre les préoccupations propres à la crise sanitaire, cette rentrée signe aussi la mise en place de la réforme de la formation des enseignants. Pour pallier les suppressions de postes dans l’éducation le gouvernement a choisi de faire appel à des étudiants, futurs enseignants, qui ont le statut de contractuels-alternants et seront payés 670 euros par mois. Cette réforme place le concours à la fin du master 2, rendant possible la titularisation qu’après le Bac + 6, souligne Christophe Lalande, secrétaire fédéral. Cela organise un assèchement artificiel du vivier des candidats : avec des études de maths à niveau bac +6, qui voudrait devenir professeur pour gagner le Smic en début de carrière ?.

La réforme du Bac, pour sa deuxième année de mise en place, suscite également des inquiétudes : le ministère a acté que le contrôle continu serait placé sous la houlette du projet pédagogique de l’établissement, explique Clément Poullet. Selon les dernières modifications apportées à cette réforme par le gouvernement, les épreuves communes n’existent plus et les 40 % de la note du baccalauréat évalués par contrôle continu correspondent donc seulement aux notes figurant sur le livret scolaire. La fédération a signé avec d’autres organisations, le 12 juillet, un communiqué refusant la généralisation de ce contrôle continu. Nos organisations réaffirment leur attachement à un baccalauréat national, avec des épreuves nationales, terminales et anonymes, seule organisation des examens gage d’égalité entre les élèves. Elles en demandent le rétablissement pour la session 2022, précise le texte de l’intersyndicale.

Un automne sur le signe de la mobilisation

La fédération invite par ailleurs les acteurs de l’éducation mais aussi les parents à se mobiliser pour une meilleure prise en compte de sujets éducatifs. Sur la question de l’inclusion, on voit des mobilisations mixtes, souvent lancées par les parents d’élèves, pour demander la revalorisation des accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), note le secrétaire général. Alors que le nombre d’élèves en situation de handicap augmente, celui des AESH chute. Le métier n’attire pas car les salaires y sont très faibles, et face à des conditions de travail difficiles, beaucoup d’accompagnants démissionnent. La FNEC FP-FO participera d’ailleurs à la convention nationale des AESH le 15 septembre.

Plus largement, les personnels de l’Education nationale inscrivent l’automne sous le signe de la mobilisation. Une intersyndicale à laquelle participe la fédération revendique un plan d’urgence dans l’éducation pour les postes, les salaires et l’amélioration des conditions de travail. Un appel à la grève a été lancé pour le 23 septembre, ainsi qu’une participation à la mobilisation interprofessionnelle le 5 octobre.

 

Une rentrée universitaire en présentiel
Sur la rentrée universitaire, le gouvernement a annoncé le retour en présentiel des étudiants dans les campus et les amphithéâtres. Toutefois, la circulaire du ministère de l’Enseignement supérieur précise que cela n’entrave pas l’autonomie des établissements qui sont les seuls à même s de décider du présentiel, note Clément Poullet, secrétaire générale de FNEC FP-FO qui souhaite une réouverture totale et une rentrée en présentiel pour tous les étudiants.
La fédération demande des moyens supplémentaires pour rattraper les cours perdus, autant pour les étudiants de master que pour ceux qui entrent en L1 et étaient au lycée les années précédentes. Selon les calculs, il faudrait 9 000 postes supplémentaires juste pour garantir l’accueil des néo-bacheliers dans le supérieur. Or, Frédérique Vidal a annoncée seulement 720 postes pour cette année. La charge de travail va encore retomber sur les titulaires qui devront faire des heures supplémentaires et sur les vacataires...

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