[Exposition] : Bicentenaire de la révolution grecque au Louvre

Culture par Christophe Chiclet, L’Info Militante

Il y a deux cents ans, les Grecs débutaient leur guerre de libération nationale contre le joug ottoman. De nombreuses manifestations étaient prévues en Grèce pour cette commémoration, mais la pandémie a réduit la voilure. En revanche grâce à la coopération franco-grecque, le Louvre présente une exposition absolument magnifique à ne pas manquer.

L’exposition met en évidence les liens culturels, historiques et artistiques entre les deux nations. Ironie de l’histoire, des archéologues français découvrent la Vénus de Milo en avril 1820. Cette dernière arrive au Louvre le 1er mars 1821. Le 25 du même mois, les révolutionnaires grecs lancent l’appel à la lutte de libération.

Du Péloponnèse à la Valachie, en passant par Chypre et la mer Noire, les insurgés s’organisent et prennent les armes. Klephtes et Armatoles descendent des montagnes et attaquent les gendarmes et soldats ottomans. La Sublime porte, qui va devenir « l’homme malade de l’Orient », répond en pendant les élites religieuses et politiques grecques à Constantinople, Smyrne, Nicosie (2). Cette lutte durera jusqu’en 1832 avec la création de l’État grec moderne.

Ce combat sera ponctué de guerres civiles inter-grecques entre la paysannerie révolutionnaire et la bourgeoisie marchande des îles et de la diaspora, sans oublier les interventions des Puissances (Angleterre, France, Russie) et l’utilisation de supplétifs égyptiens et albanais par le sultan (3).

Pourquoi 1675-1919 ? L’année 1675 marque l’arrivée de l’ambassadeur de Louis XIV à Athènes, alors qu’il se rendait à Istanbul. À l’époque, il s’agit d’une bourgade en ruines habitée par quelques bergers arvanites (albanais plus ou moins hellénisés, chrétiens orthodoxes). En 1846, l’École française d’Athènes est fondée et commence ses fouilles à Délos, Delphes, Santorin, sur l’Acropole d’Athènes et sur l’art byzantin. Ces premières trouvailles seront présentées à l’exposition universelle de Paris en 1900.

La Grèce redécouverte (4)

L’exposition est déclinée en sept sections chronologiques : « La Grèce révélée 1675-1821 : une province de l’Empire ottoman » qui met en valeur l’art byzantin et post-byzantin, ainsi que les recherches de l’archéologue Louis François Sébastien Fauvel.

La section 2, « La guerre de libération et le philhellénisme 1821-1833 » met en avant l’aide française aux insurgés, militaire mais aussi scientifique. La section 3 : « Athènes, nouvelle capitale : un néo classicisme grec 1834-1878 » révèle le rôle de l’École française d’Athènes. Section 4 : « Identité de la Grèce moderne : photographies et littérature », section 5 : « L’époque des grandes fouilles archéologiques 1873-1903 », section 6 : « Une autre Grèce : couleurs et identité nationale », section 7 : « Athènes fin de siècle et l’art nouveau : 1878-1920 ».

C’est la première fois qu’un musée français présente une exposition sur la Grèce moderne de cette importance et de cette qualité, d’autant qu’outre les tableaux, les photos, les sculptures, les dessins, les costumes, le Louvre présente un cycle de conférences, de films et de concerts.

On peut regretter malgré tout qu’il n’y ait pas un chapitre sur l’armée française d’Orient à Salonique en 1917-1918, l’aide de la France à Vénizélos et les relations entre les Français libres d’Athènes (Octave Merlier et Roger Milliex) durant la Deuxième guerre mondiale. Il n’empêche que cette exposition est exceptionnelle.

Paris-Athènes. Naissance de la Grèce moderne 1675-1919. Musée du Louvre, Hall Napoléon, jusqu’au 7 février 2022, 9h-18h sauf le mardi, sur rdv à louvre.fr Catalogue de l’exposition, 560 illustrations, 504 p., 39 euros.

(2) Olivier Delorme : « La Grèce et les Balkans du V° siècle à nos jours », Paris, Gallimard, Folio poche, 2013, 3 tomes.
(3) Edmond About : « Le roi des montagnes », Paris, Hachette, 1925.
(4) Nicole Dubois-Tartacap : « Kaliméra. Séjours et songes en terre grecque », Paris, ed. Transboréal, 2017, 432 p.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

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