Face à la précarité qui augmente, des réponses inadaptées

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

© Jean-Claude MOSCHETTI/REA

Parmi les cicatrices sociales que laissera le Covid, celle de la précarité est la plus inquiétante. Signe révélateur : plus d’un Français sur deux connaît quelqu’un de son entourage en situation de pauvreté. Dès lors, apportées cet été, les récentes réponses politiques apparaissent comme malheureuses telle la proposition du Sénat visant à conditionner le RSA au patrimoine ou celle du gouvernement qui reporte la création du chèque alimentaire durable.

S’il n’existe pas encore de chiffres consolidés sur l’évaluation de la précarité pour l’année 2021, les premières tendances laissent présager du pire. La crise du Covid va, sans aucun doute, laisser des traces au plan social, en particulier pour ceux qui étaient déjà en situation de précarité. Le constat dressé par le Conseil national de la lutte contre la précarité et l’exclusion sociale (CNLE) dans son rapport remis à Matignon en mai dernier est sans appel : dans l’hexagone, la pauvreté a été exacerbée par la pandémie.

En 2019, 9,1 millions de français vivaient sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1 070 euros par mois. À la suite du premier confinement, le taux de chômage a augmenté de 6,3 % en 2020. Selon le 15e baromètre de l’Ipsos/Secours Populaire, portant sur l’année 2021, 55 % des interrogés déclarent connaître une personne pauvre dans l’entourage familial ou amical. Autre élément révélateur : le nombre de demandeurs du RSA a augmenté de 4,8 % en une année, dépassant le million d’allocataires.

Renationaliser et conditionner le RSA ?

Le gouvernement a annoncé l’expérimentation, pour 2022 et durant 5 ans, d’une « renationalisation » de cette aide en Seine-Saint-Denis. A termes, l’État devrait prendre en charge la gestion du RSA qui relève pour l’instant du département. La Seine-Saint-Denis, en proie à d’importantes difficultés économiques, sociales et budgétaires, compte 90 000 allocataires pour une enveloppe annuelle de 550 millions d’euros, dont 220 millions à la charge du département. Cette expérimentation, est notamment prévue dans le projet de loi 3DS qui est actuellement examiné au Parlement et concerne déjà Mayotte et la Guyane depuis 2019 et 2020.

Mais re-centraliser ne veut pas dire distribuer : lors de l’examen de cette loi, le Sénat a d’ailleurs introduit la possibilité de conditionner le RSA non plus seulement aux ressources mais à a un niveau de patrimoine. Il s’agit simplement de dire à ceux qui sollicitent le RSA et qui disposent d’une épargne importante, c’est-à-dire supérieure au plafond du livret A, qu’ils doivent recourir à leurs propres moyens avant de faire appel à la solidarité nationale, a expliqué le sénateur des Républicains Philippe Bas qui a fait adopter cet amendement en commission. Il s’agit donc, encore et toujours, de vérifier que les plus pauvres, bénéficiaires des aides, ne commettent pas d’abus…

Le chèque alimentaire attendra 2022 ...

De son côté, le gouvernement prend son temps pour mettre en place des mesures d’aides aux foyers les plus démunis. Il vient d’annoncer le report de la mise en place des chèques alimentaires durables destinés aux ménages précaires pour l’achat de produit locaux, durables voire bio. Cette mesure n’interviendra donc pas avant 2022, a indiqué Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, à RMC/BFMTV le 6 septembre, tandis que le gouvernement attend que lui soit remis deux rapports sur le sujet. La création de ce chèque avait été annoncée mi-décembre 2020 par Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat avant que son instauration soit définitivement adoptée en juillet dans la loi climat et résilience.

Selon le baromètre Ipsos/Secours Populaire, 30 % des personnes sondées précisent avoir des difficultés à se procurer une alimentation saine et équilibrer pour faire 3 repas par jour. Un Français sur 5 saute un repas, faute d’argent et cela concerne plus de 30 % des jeunes de moins de 35 ans.

C’est pour ces raisons que FO, avec d’autres organisations syndicales, appelle, avec les organisations de jeunesse, à la mobilisation le 5 octobre.

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