Grève à Hollywood : les acteurs en passe de rejoindre les scénaristes

Les articles de L’InFO militante par Fanny Darcillon

Billy Bennight/ZUMA-REA/ZUMA-REA

Le syndicat des comédiens américains a annoncé l’échec des négociations avec leurs employeurs, ouvrant la voie à une grève conjointe à celle des scénaristes. Les artistes demandent une meilleure rétribution des contenus du streaming, et des garanties face à l’arrivée de l’intelligence artificielle.

Hollywood peut s’attendre à un été très perturbé : la SAG-AFTRA, syndicat qui représente 160 000 acteurs aux États-Unis, a annoncé que les négociations avec l’AMPTP, alliance défendant les intérêts des studios et des plateformes telles que Netflix, Disney+ ou Apple TV, n’ont pas trouvé d’issue satisfaisante avant la date limite, fixée au mercredi 12 juillet à minuit. Le comité de négociation du syndicat a donc voté unanimement en faveur d’une déclaration de grève, qui doit être confirmée en bureau national ce jeudi.

Les réponses de l’AMPTP aux propositions les plus importantes du syndicat ont été insultantes et irrespectueuses de nos contributions massives à cette industrie, ont asséné les négociateurs de la SAG-AFTRA.

Cet échec des discussions survient alors que la grève des scénaristes de cinéma et de télévision, entamée le 2 mai, est entrée dans son troisième mois sans perspective de résolution à court terme. Plus de 11 000 scénaristes représentés par leur syndicat, la Writers Guild of America (WGA), ont posé leur plume pour revendiquer des salaires à la hauteur et des réponses aux nouveaux enjeux auxquels fait face l’industrie, tels que la diffusion en streaming et l’intelligence artificielle.

Vers un accord transformateur

Une grève massive est donc en passe de paralyser Hollywood pour les semaines à venir, entraînant le report de nombreux tournages. En effet, des acteurs se sont déjà publiquement prononcés en faveur d’une grève dans l’hypothèse où les négociations ne mèneraient pas à une avancée significative. Dans une lettre ouverte à leur syndicat, 400 personnalités parmi lesquelles Jennifer Lawrence, Ben Stiller et Meryl Streep, ont appelé leurs représentants à écrire l’histoire en obtenant les protections que l’on mérite. Ces artistes ne veulent rien de moins qu’un accord transformateur : Ce n’est pas le moment de faire des compromis, écrivent-ils.

Outre une revalorisation salariale pour faire face à l’inflation, les scénaristes et les acteurs demandent ainsi un calcul plus avantageux des rémunérations dites résiduelles, liées à la rediffusion des œuvres, source de bénéfices importants pour les producteurs. Lors du passage de son film à la télévision, un artiste touche une somme importante, mais celle-ci est réduite à peau de chagrin dans le cadre des plateformes de streaming, où les vidéos sont disponibles en continu pendant des années. A travers la question de ces droits d’auteur, c’est aussi le respect dû à la création culturelle à l’ère des nouvelles technologies que défend le syndicat.

Limiter le recours à l’intelligence artificielle

Autre pierre d’achoppement entre le patronat, les acteurs et les scénaristes : l’arrivée progressive de l’intelligence artificielle (IA) dans le milieu. Début mai, le producteur de cinéma Todd Lieberman avait déclaré : Dans les trois prochaines années, vous verrez un film écrit par l’IA, […] un bon film. Un affront pour les scénaristes grévistes, qui refusent la possibilité que les robots intelligents soient utilisés pour générer des idées de scénarios ou les développer.

Plus précisément, la WGA cherche à obtenir la garantie que les contenus produits par l’IA ne puissent pas être considérés comme des productions littéraires ou source, étiquettes qui déclenchent le versement de royalties. Le syndicat refuse également que les scénarios écrits par ses adhérents soient utilisés pour entraîner des IA. Dans leur lettre ouverte, les 400 acteurs qualifient pour leur part l’intelligence artificielle de game changer (une petite révolution), une menace à nos moyens de subsistance, dont on doit se préoccuper maintenant.

Face à ces enjeux loin de se cantonner au secteur du cinéma, deux points clés se détachent, souligne Branislav Rugani, secrétaire confédéral du secteur international : La régulation de l’IA au travail doit passer par la négociation collective, et à la fin, l’humain doit toujours garder la main.

En 2007-2008, la WGA avait déjà mené une grève de plus de trois mois, anticipant le bouleversement lié aux nouveaux modes de distribution tels que le streaming, alors que Netflix et consorts n’en étaient encore qu’à leurs balbutiements. Le mouvement avait coûté deux milliards de dollars à l’industrie du cinéma. Si les acteurs et les scénaristes venaient cette fois-ci à faire front commun, il s’agirait alors de la plus grande grève à Hollywood depuis 1960, où leur alliance avait permis la victoire.

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